vendredi 17 août 2007

HISTOIRE DE l'EAU À PARIS




Une Brève Histoire de l’Eau de Paris
Sharon HOBBY









I Une Brève Histoire de l’Eau à Paris
I-1 Géologie du Bassin Parisien
I-2 Les Porteurs d’Eau
I-3 Époque Gallo-Romane
I-4 L’Ancien Régime
I-5 Premier Empire
I-6 La Restauration
I-7 Le Deuxième Empire
I-8 La Notion d’Eau Pure au XIXe siècle
I-9 La Nouvelle République

II-3 Le Bassin de la Villette
II-4 Le Canal de l’Ourcq
II-5 Le Canal St Denis
II-6 Le Canal St Martin
II-7 La Rentabilité des Canaux
II-8 La Fontaine aux Lions
II-9 Les Transformations Sociologiques au XIXe siècle
L’Eau à Paris
Une Brève Histoire de l’Eau de Paris
Géologie du Bassin Parisien
Le Bassin Parisien est un bassin sédimentaire constitué d’un empilement de 17 couches géologiques. Les couches inclinées vers le centre du Bassin forment la Cuvette Parisienne.
En alternance on y trouve du calcaire et du grès ou bien des marnes et des argiles.
À la fin de l’Ère Primaire, le Bassin Parisien s’entoure d’un relief montagneux composé par les Ardennes, les Vosges, le Morvan, le Massif Central et le Massif Armoricain qui lui dessinent son paysage géographique.
Le Bassin Parisien a été submergé par différents cycles marins d’une durée de plusiers millions d’années.
La Ville de Lutèce est une île fondée sur des alluvions du Quaternaire.
Le sous-sol parisien offre du calcaire et de la pierre à bâtir dans les 5, 6, 7, 12, 13, et 14 èmes arrondissements, des sables dits de Beauchamp, des gisements de gypse à Monmartre et aux Buttes-Chaumont qui produisent le plâtre de Paris aux vertus ignifuges.
Le gypse lié aux marnes glaises permettent la fabrication de tuiles et de briques comme dans le vingtième arrondissement.
La Seine traverse Paris sur une longueur de 13 km.
Les Berges de la Seine totalisent 31 km dans Paris intra-muros. À l’Ouest, elle longe sur 3 km le Bois de Boulogne.
À l’origine de sa formation, Paris comptait plusieurs îles qui ont été intégrées aux berges voisines comme l’île de Louviers, l’île Merdeuse, l’île Maquerelle ou l’ancienne allée des Cygnes qui a été empierrée et maçonnée sous Louis XIV.
Sur ses Berges, on rencontre la végétation habituelle des lieux humides comme les Aulnes Alnus glutinosa, les Lycopes Lycopus europaeus, les Salicaires Salicaria, les Joncs Juncus, les Scrofulaires aquatiques Scropularia auriculata, les Bidents tripartite Bidens tripartita, les Scutellaires, Scutellaria galericulata, les Épiaires Stachys palustris ainsi que certaines échappées des jardins comme les Mufliers Antirrhinum majus, les Roses trémières Alcera rosea, les Buddléias Buddleja davidii, les Tomates Lycopersion esculentum, les Laitues Lactuca sativa et quelques espèces remarquables comme les Rostrarias, Rostraria cristata, les Sisymbres irio Sisymbrium irio, les Capillaires de Montpellier Adiantum capillus, les Vallisnéries en spirale Vallisneria spiralis, les Lepidium ruderales et des espèces protégées comme les Cardamines impatiens Cardamine impatiente, les Cusartas europaea, les Méliques ciliées Melica ciliata, les Polystics à aiguillons Polysticum aculeatum, les fougères des Marais Thelypteris palustris.
Quant à la faune aquatique, les poissons sont de retour dans l’eau de la Seine, on y pêche le Gardon Rutilus cristata, la Brême commune Abramis brama, la Perche Perca fluviatillis, le Rotengle Scardinius erythrophthalmus, l’Ablette Alburnus alburnus, la Carpe Cyprinus carpio, le Brochet Esox lucius, l’Anguille Anguila anguilla, et la Silure glane Silurus glanis.
Jusqu’au Moyen Âge, les Parisiens s’abreuvent essentiellement de l’eau de la Seine et des eaux de pluies puis l’extension parisienne a neccesité le creusement de puits privés dans les demeures ecclésiastiques et aisées.
Hormis les rares eaux minérales de l’Île St Louis, de Passy, d’Auteuil, de Belleville, de Vaugirard, l’eau des puits est impropre à la consommation, il y a eu de grandes épidémies de peste et de choléra à Paris jusqu’au début du XXe.
Dés le XVI ème siècle Bernard Palissy remarque «leurs eaux sont égouts continuels des pluies qui se rendent petit à petit en bas à travers les terres. Elles sont aisées à empoisonner…»
Il faut imaginer le Paris ancien où les eaux usées étaient jetées à même le sol nu et les fosses septiques n’étaient pas étanches d’où une pollution de la nappe phréatique...

Les Porteurs d’Eau
Au XIIe siècle, il n’y a que 3 ou 4 fontaines pour le Paris de l’époque.
Et c’est depuis des siècles que les cris des Porteurs d’Eau : «À l’eaüe, À l’eaüe…» retentissaient entre les murs de Paris…
Les Porteurs d’eau sont nommés populairement ‘Anglais’, mais ce sont les Auvergnats qui s’imposent dans le métier.
En 1292, le Livre de la Taille dénombre nominativement 58 porteurs d’eau, et en 1313 seulement une vingtaine mais à partir du XVIIe siècle ils sont très nombreux et omniprésents dans la vie parisienne et ils sont souvent à l’origine de nombreux troubles de l’ordre public…
En 1599, 5 000 Porteurs d’eau se partagent 16 fontaines.
Les porteurs d’eau à bretelles portent une courroie de cuir passée derrière leur cou et aux extrémités se suspendent les sceaux d’eau.
Au XVIIIe, la bretelle est remplacée par une sorte de balancier de bois, le courbe, et à la fin du XVIIIe les Porteurs d’Eau circulaient dans les rues avec des tonneaux d’eau montés sur roue.
Certains sont salariés par les maisons bourgeoises à 2F/mois. (souvent, les prix indiqués ne mentionnent pas de comparaison en donnant d’autres chiffres, le prix du pain en exemple)
En 1801, les métiers de Porteurs d’Eau, Glaciers-Limonadiers, Conducteurs de Fiacre deviennent très prospères et en 1803 un contrôle officiel encadre la profession…
La réglementation imposait aux Porteurs d’Eau de prendre l’eau à 6 m soit à 3 toises du bord de la rivière et ils avaient l’interdiction de puiser au-dessous des bateaux de tripiers, teinturiers ou lavandières.
C’est une eau non filtrée qui est distribuée aux Parisiens, la première eau filtrée viendra des bassins de décantation à la fin du XVIII ème siècle.
Et dans la même notion d’hygiène publique Binet obtint de faire jeter sur la Seine des petits pontons de bois pour le puisement au milieu du fleuve d’une eau moins polluée, puis les frères Vachettes en 1763 prirent l’eau avec des pompes installées sur des bateaux.
Avant les grands travaux du XIXe, 1 253 Porteurs d’Eau assuraient la distribution de l’eau dans les foyers parisiens… Le sceau d’eau de Seine se vend à 6 liards.
En 1860, la recette des fontaines marchandes est de 700 000 Frs, en 1882 elle est de 40 000 Frs.
Le Petit Journal du 15 août 1905 mentionne 10 fontaines marchandes dont une, rue d’Allemagne, l’actuelle Jean Jaurès. Un sceau de 10 litres coûtait un centime.
Les porteurs d’eau disparaissent sous la 3e République.

Époque Gallo-Romaine
Les Romains prenaient l’eau des hauteurs de Monmartre, de Belleville et de Ménilmontant.
Au IIe siècle, les eaux de sources de Rungis, puis celles des sources de Chilly, sont captées par l’Aqueduc Romain sur un parcours de 16 kilomètres jusqu’aux Termes de Cluny.
Il y avait aussi des petits collecteurs d’eau sur la Bièvre, l’Orge, la Seine, l’Yvette…
Un Aqueduc capture les eaux de sources qui sont réunies dans un réservoir donnant sur un aqueduc souterrain qui débouche dans un château d’eau d’où part un système de canalisations pour distribuer l’eau dans la cité.
Le réservoir est un bassin «le carré» de 4 m de côté et de 1 m 70 de hauteur, il est bâti en petits moellons.
Les matériaux utilisés pour la construction des rigoles en forme de ‘U’ sont en béton de cailloux et mortier, et de chaux. Les rigoles sont recouvertes d’une couverture en dalle de ciment très fin,ou des dalles de calcaires brutes. Les fondations des piles du pont-acqueduc étaient peu profondes.
En 1544 les vestiges de l’aqueduc romain ont été mis à jour.
En 1875 l’Ingénieur Belgrand reconstitue le tracé initial sur 300 m de long sur une hauteur de 14 mètres en un seul étage ainsi que «le carré», des rigoles secondaires et les sources captées par les ingénieurs de Marie de Médicis…


L’Ancien Régime
En 1182, Philippe Auguste achète l’aqueduc souterrain des actuelles avenues Jean Jaurès, La Fayette, des Faubourgs St Martin et St Denis et crée l’Aqueduc de Belleville qu’il prolonge jusqu’aux Halles. Avec l’extension de la Ville, les Parisiens se groupaient autour des points d’eau privés et ecclésiastiques.
Au XIIe siècle, les moines chevaliers de Saint-Lazare construisent l’Aqueduc du Pré St Gervais.
Et au début du XIIIe siècle, Paris disposait de 4 600m3/jour.
Catherine de Médicis fait construire par Bernard Palissy l’Aqueduc de Chaillot pour la desserte des Tuileries entre 1560 et 1566.
Henri IV demande à François Miron d’améliorer le service des eaux parisiennes, celui-ci supervise la création de la Pompe de la Samaritaine par le Flamand Jean Lintlaër qui fournit 700m3/jour en 1608.
Marie de Médicis fait construire l’Aqueduc de Rungis-Arcueil d’une longueur de 13 Km pour alimentation du Luxembourg, du réservoir de la Montagne Sainte Geneviève et des 14 fontaines publiques du quartier. Elle fait également réaliser l’Aqueduc de l’Hay-les-Roses.
La Pompe Notre Dame fut construite en 1670 en deux parties par Jacques de Manse et Daniel Jolly et mise en service à partir de 1672, la Pompe fournit 1 600m3/jour.
La distribution des Eaux sous l’Ancien Régime est divisée en deux, les Eaux du Roi viennent de la Pompe de la Samaritaine et de l’Aqueduc d’Arcueil et Les Eaux de la Ville proviennent des sources du Nord et de la Pompe Notre Dame.
À la fin du règne de Louis XVI, les Parisiens bénéficient des eaux puisées par les «pompes à feu» des frères Perrier, comme celle de la Pompe de Chaillot en 1781 ou celle du Gros Caillou mise en service en 1788 mais abandonnée en 1851 en raison des difficultés de fonctionnement...
Fin XVIIIe, un décret royal réunit toutes les Eaux de Paris administrées par le Préfet de la Seine, sous la surveillance du Directeur Général des Ponts et Chaussées et du Ministère de l’Intérieur.

Premier Empire
En 1799, 75 fontaines desservent l’alimentation en eau parisienne, elles sont fermées la nuit et ouvertes partiellement en journée pour certaines, car elles sont souvent en panne.
En 1801, une étude fait l’inventaire de la présence de l’eau à Paris : l’Aqueduc de Belleville,
l’Aqueduc de Rungis alimenté par le faible ruisseau construit par Marie de Médicis sur le tracé de l’ancien Aqueduc Romain et les 50 fontaines publiques alimentées par la Pompe de la Samaritaine et la Roue à Aubes de Notre Dame…
Au Premier Empire, le ministre de l’Intérieur Chaptal aménage les quais de la Seine et organise la capitalisation de l’eau, en raison d’une grande pénurie…
Bonaparte décide de faire creuser le Canal de l’Ourcq qui sera mis en eau en 1808 et mis en service en 1809. Napoléon, par le décret du 2 mai 1806, oblige les fontaines à couler jour et nuit et crée 15 nouvelles fontaines dessinées par Bralle dont la Fontaine Égyptienne de la rue de Sèvres et la «Fontaine du Palmier» place du Châtelet, avec l’objectif «que l’on cesse d’y vendre de l’eau et que chacun en puisse prendre autant qu’il en veut».
La plupart de ces fontaines disparaissent pendant les travaux du Second Empire.

La Restauration
Sous Louis-Philippe, le Préfet Rambuteau organise le système des égouts et l’enlèvement des ordures ménagères, plante des arbres pour éviter les eaux stagnantes devant les maisons, crée des trottoirs en asphalte et teste le macadam. En 1833, il installe 6 nouveaux réservoirs avec 200 kilomètres de circuit de distribution et pose 1 700 bornes-fontaines.
En 1836, 1 545 hectares parisiens sont asséchés et assainis.
La même année, les Parisiens découvrent le jet d’eau du Puits Artésien de Grenelle d’une hauteur de 43 mètres, le puits alimente le réservoir du ‘Panthéon’ mais le débit, qui à l’origine fournissait 900m3/jour ne cesse de diminuer pendant la durée de son exploitation jusqu’à se tarir en 1903.
Le Deuxième Empire
Au début du Second Empire Paris compte 1 Million 200 000 habitants.
En 1850, la Société des Eaux de Paris débite 112 000 m3/jour dont 105 000 viennent de l’Ourcq, une eau polluée comme la Seine par l’activité industrielle.
Le décret du 26 mars 1852 stipule que «toute construction nouvelle située dans une rue avec égout devra s’équiper d’une évacuation des eaux pluviales et ménagères».
En 1853, le Canal de l’Ourcq fournit 60 000 m3/jour, la Seine 19 000 m3/jour, Arcueil 300 m3/jour, Grenelle 900 m3/jour et les sources du Nord 2 000 m3/jour.
Haussmann depuis le début de sa carrière administrative s’interresse aux eaux publiques et a étudié les grands travaux hydrauliques des Romains avant sa nomination en 1853 à l’Hôtel de Ville par Napoléon III. Il s’associe à Belgrand en mars 1855 et ensemble ils mettent au point leur conception :
-La séparation des services publics et privés. Le Canal de l’Ourcq va être utilisé pour l’alimentation des grandes fontaines, pour le lavage des rues et le service des égouts.
-La recherche des eaux de source pour le secteur privé, ces travaux seront quelque peu ralentis par les prises de position du Directeur des Services des Eaux, partisan des eaux de rivière.
-Le projet de doubles canalisations.
Les besoins en eau du service public était de 56 000 m3/jour pour l’arrosage, l’alimentation des bouches d’incendie, des bornes-fontaines, des bornes sous trottoirs et des fontaines monumentales.
Les besoins en eau pour le secteur privé s’élevaient à 30 000 m3/jour.
Cette évaluation était sous-estimée car elle n’a pas pu prévoir la croissance subite de la population parisienne puis une nouvelle estimation sera faite pour 110 000 m3 /jour pour le service public et 90 000 m3/jour pour le privé. La difficulté de trouver de l’eau potable parisienne vient du sous-sol qui corrompt l’eau de toutes les sources entre Château-Thierry et Melun. Il y avait un passage possible pour l’eau par Fontainebleau mais le débit était trop faible.
La solution Haussmann/Belgrand propose d’amener l’eau des sources de la Champagne, puis
les eaux de Dreux en 1893 par l’aqueduc de Dhuys créé en 1865 sur une longueur de 130 Km, l’aqueduc fournit 100 000 m3 depuis les hauteurs de Belleville jusqu’au réservoir de Ménilmontant situé à 57m au-dessus du niveau de la Seine. Ensuite sont créées en 1874 la dérivation de la Vanne, à 70 m d’altitude et la dérivation des eaux du Sourdon, de la Vallée de la Bièvre.
L’eau est desservie par le système gravitaire au moyen d’aqueducs.
Il est entrepris la création d’une dérivation de l’eau de la Loire par un canal jusqu’à Paris, une reprise du projet Riquet, sous Louis XIV.
En mai 1859, le projet Somme-Soude est ajourné en raison de la sécheresse de la Région en 1857, d’une surévaluation de Belgrand sur le volume d’eau prévisionnel et de la vigueur des partisans des eaux de rivière.
En 1868, les eaux de la Vanne dans l’Aube sont conduites par un aqueduc de 173 Km qui prend à Arcueil l’antique tracé des Romains et de Marie de Médicis pour remplir le réservoir de Montsouris.
Le Préfet Haussmann sépare les eaux de source destinées à la consommation ménagère d’avec l’eau destinée aux soins publics par des conduits distincts.
Il faudra attendre l’Équipe de Pasteur et leur procédé pour rendre l’eau potable en 1884.
Les usines de traitement de l’eau, filtration et stérilisation, sont rachetées par l’Etat comme celles de la Marne, de la Seine, de St Maur, des Maisons-Alfort, de St Ouen, de Port à l’Anglais, qui alimentent les réservoirs des Buttes-Chaumont, de Gentilly et de Charonne.
En 1854, outre les problèmes rencontrés dans tous les réservoirs alimentés en eau de rivières dues à la présence de moisissures et des crustacées, sauf celui de l’Observatoire alimenté en eau d’Arcueil, l’eau ne desservait que le cinquième des maisons parisiennes soient 6 229 unités et n’atteignait que les habitations des premiers et deuxièmes étages, des robinets d’eau étaient placés dans les cours.
L’eau de l’Ourcq au niveau du Basin de la Villette est à une hauteur de 52 m et les sols à desservir, à l’altitude de la rue de Rivoli sont situés à 35 mètres.
Les 7 633 abonnements reçoivent 17 824 m3 réparties en 6 229 particuliers, 1 165 industries, 137 établissements de bains et 102 lavoirs.

La Notion d’Eau Pure au XIXe
La définition ancienne de l’eau consommable avait des critères liés à la fraîcheur de l’eau, à sa limpidité et à son goût savoureux.
Les premières épidémies de choléra sont inexplicables par le milieu scientifique, il en est de même pour la typhoïde, bien qu’il existât une corrélation entre la consommation de l’eau de l’Ourcq et la typhoïde… En 1834, une commission de 10 sommités du monde médical analyse les causes des épidémies sans se référer à l’eau.
En 1880 le Major Britannique Blanc expose une origine hydrique aux épidémies ainsi qu’une étude antérieure du Docteur Snaw qui en fait le même constat.
L’étude de la bactériologie de l’eau fait remarquer que le bacille d’Eberth ne se détruit pas par ébullition. Un malacologiste Lyonnais Arnauld Locard révèle la présence de toxines dégagées par la putréfaction des 44 espèces de mollusques présents dans les canalisations de Paris.
Un arrêté préfectoral daté du 14 mai 1900 crée le Service de Surveillance Locale et Médical des Sources.

La Nouvelle République
En 1872 après le Siège et La Commune, Sir Richard Wallace offre à la Municipalité de Paris 50 fontaines d’eau potable. La première fontaine est placée en septembre 1872, Boulevard de la Villette et est alimentée par les eaux de la Dhuys.
Les travaux d’adduction en eau se poursuivent avec les eaux du Arve qui viennent de la dérivation de Verneuil puis s’ajoutent les eaux de l’Eure et de l’Eure-et-Loir conduites par un aqueduc de 102 Km, celui-ci rejoint l’aqueduc de la Vanne en forêt de Fontainebleau pour aboutir au réservoir de Montretout à St Cloud en 1893 et fournit 90 000m3/jour.
La mise en place du tout-à-l’égout en suppression des fosses d’aisances date de 1894.
Sous la III ème République se construisent des Usines de Traitement des Eaux à Joinville en 1896 et à Ivry sur Seine en 1900.
De 1919 à 1921, les eaux de Montereau, de St Pierre les Nemours, de Provins sont captées par les trois aqueducs de Voulzie, de Le Loing et de Le Lunain, qui arrivent jusqu’à Desquinemare en forêt de Fontainebleu.
La javellisation systématique de l’eau date de 1928.
En 1936, 1955 et 1970 se réalise un ancien projet de Riquet, l’adduction des eaux de Val de Seine...
Le Bassin de la Villette
La présence de la Rotonde à l’extrémité du Parc de la Villette a contribué à inscrire la totalité du site du Bassin de la Villette d’une superficie de 16 hectares représentée par l’espace des bassins et des quais ainsi que les espaces publics adjacents à l’Inventaire des Sites Protégés.
La Rotonde de Ledoux classé en 1907 est entourée d’un Jardin depuis 1934.
La Rotonde a servi de casernement aux gardes de la barrière, et son site est le ‘lieu du crime’ de nombreux faits divers et de romans policier qui s’en inspirent.
La Rotonde est aujourd’hui occupée par le Service des Fouilles Archéologiques, un projet de restaurant est à l’étude en 2007.
Crée en 1806 le Bassin de la Villette mesure 700 m de long sur 70 m de large, d’une profondeur de 23 m pour un volume de est un plan de retenue d’eau bordé des quais de Seine, de Loire, de l’Oise et de la Marne. Il reçoit son alimentation en 1808 et sera mis en service le 15 août 1809. Le Bassin est le terminus de l’Ourcq et la tête d’alimentation pour les canaux St Denis et St Martin.
À la jonction nord du Bassin, le tronçon commun Ourcq-St Denis porte le nom de ‘bassin élargi’, il mesure 600 m sur 30 m et il se termine à la gare tournante au carrefour du Canal St Denis.
Quand on mentionne bassins au pluriel, cela signifie Bassin de la Villette et le Bassin élargi.
En 1882, le tonnage de marchandise est identique à celui du port de Dunkerque.
La distribution de l’eau du Bassin de la Villette se fait par l’aqueduc dit de ‘Ceinture’ ou du ‘Nord’ avec des conduits et sous conduits de 4 033 mètres.
L’aqueduc démarre dans le Bassin de la Villette et se termine au réservoir de la barrière Monceau, situé près de la place au croisement du boulevard des Batignolles et de la rue de Constantinople.
Cet aqueduc s’ouvrait sur 3 regards fournissant chacun une galerie principale à quatre canalisations qui alimentaient des réservoirs.
La Galerie St Laurent : Château d’eau de Bondy, place de la République ; Place des Vosges ; Marché des Innocents, École de Médecine ‘Racine’ ; Quartiers St Denis, du Temple, Hôtel de Ville.
La Galerie des Martyrs : Bonne Nouvelle ; Carrousel du Louvre ; Place Vendôme ; Quartiers Monmartre, Palais Royal, Louvre.
La Galerie de Monceau : Tuileries ; Concorde ; l’Étoile ; Champs Elysées puis Grenelle, Place de Breteuil ; Quartiers Tuileries, Fbg St Honoré, Invalides.
La Galerie St Antoine prend son eau directement dans le Bassin de la Villette puis elle suit le tracé du Canal St Martin jusqu’à l’Arsenal, trois conduits desservent les fontaines de la Bastille et le réservoir St Victor, près des arènes de Lutèce.

Le Canal de L’Ourcq
Au XVIe, il y a eu des tentatives pour construire des écluses sur l’Ourcq, elles ont échoué pour des raisons liées à la nature des terrains mais grâce à une longue période de sécheresse permettant une stabilité du sol c’est Fouligny et Arnould qui les construisent.
En 1661, Louis XIV offre l’Ourcq à son frère Philippe d’Orléans.
Les premiers travaux de dérivation sont menés par Pierre-Paul Riquet en 1676, mais une polémique en arrête le cours.
Suite à un très ancien projet royal datant de François 1er puis repris successivement par Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, c’est finalement Napoléon Bonaparte qui le réalise en s’impliquant personnellement dans le projet du tracé, 500 hommes s’emploient à creuser le Canal.
Le Canal de l’Ourcq est un canal de dérivation pour apporter les eaux de la rivière Ourcq dans le Bassin à la Villette. L’Ourcq est une petite rivière qui prend sa source en amont de Fère-en-Tardenois et se jette dans la Marne à Lizy entre Meaux et la Ferté-sous-Jouane après un parcours de 85 km. Le cours de l’Ourcq est tapissé de marais et de tourbières, et son eau a mauvais goût.
Le Canal mesure 96 km, il prend son eau à Mareuil et reçoit dans son parcours les rivières de la Collinance, du Clignon, de la Gergone, de la Thérouenne, toutes des affluents de l’Ourcq sauf la rivière Beuvronne, un affluent de la Marne.
La trop forte pente du tracé du canal nécessite la création de 5 écluses : Mosloy, Ferté Million, Marolles, Queue d’Ham et Mareuil.
L’eau saine de l’Ourcq est conduite par un aqueduc couvert et non par le Canal. Outre l’approvisionnement en eau de Paris dont l’eau des fontaines parisiennes devient gratuite à partir de 1812, le Canal avait un but navigable pour ravitailler Paris en blé du Valois…
Les Mariniers redoutaient le passage de la Marne, et la Seine était à l’époque très encombrée de pompes, de moulins et d’activités diverses ce qui les obligeait à faire le détour de la Seine entre Paris et Conflans.
En 1822 le Canal s’ouvre à la circulation fluviale, la largeur maximale des bateaux nommés ‘flûtes’ est de 3 m 17 pour un tirant d’eau de 0 m 80 à 0 m 90 en charge et de 0 m 20 à 0 m 30 à vide. Le coût de la tonne est de 0, 018 fr. alors que sur la Seine, les Canaux du Nord et de l’Est, le coût à la tonne est de 3 à 4 centimes.
La cunette du canal de forme trapézoïdal a 3 m 50 de profondeur, 7 m 70 en gueule et 1 m 40 en hauteur. La vitesse du courant, 0,30m/s à 0,40m/s ne nécessite pas la force des cheveux pour tirer les bateaux dans la descente. À la remontée, un seul cheval suffit car les bateaux sont vides de marchandise ou n’en ont que très peu.
Le Canal charrie le plus gros de son trafic en tonnage sur les vingt derniers kilomètres.
Au Second Empire les 2/3 de l’apport d’eau vient de l’Ourcq qui fournit une eau potable, une voie de navigation, un habitat permanant pour des mariniers, une exploitation industrielle…
En 1876 l’État rachète la concession du Canal de l‘Ourcq dont le mauvais état général provoque de nombreux accidents, comme celui du 26 septembre 1883, alors à la fin du XIXe siècle, une série de travaux de restauration est entrepris.
L’étude de M. Humblot, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, chargé du service des Canaux et de l’Assainissement de Paris relate les problèmes de déperditions dues à la nature des terrains, aux bancs de roche fendillés, aux sables fins et mouvants, aux infiltrations, à l’usure du revêtement, à la corrosion des parties supérieures, au dépôt de vase qui a élevé le niveau de l’eau, aux mousses visqueuses ; seules les dragues à cuillère bivalve sont efficaces pour les faire disparaître.
Pour parer à la perméabilité des terrains est posé un corroi en terre argileuse compactée d’un mètre d’épaisseur jusqu’au niveau des chemins de halage.
Dans la perspective d’un trafic fluvial vers le Havre et le Nord de la France, le Conseil Municipal décide le 30 décembre 1880 de porter la profondeur du Canal à 3 mètres comme la Seine.
À cette occasion les Ponts de la Villette ont été remplacés par des poutres métalliques qui franchissent le Canal sans point d’appui intermédiaire ainsi que la réalisation de nombreux travaux de modernisation sur le site du Bassin.

Le Canal St Denis
Crée en 1802 et terminé en 1826, il prend son départ à l’embranchement de la rive droite du Canal de l’Ourcq sur une longueur de 6 650 mètres, avec une pente de 28 m 50 pour 12 écluses et rejoint la Seine à St Denis. Sa cuvette a 15 m de largeur au plafond, 25 m en moyenne à la ligne de flottaison et un tirant d’eau de 2 mètres.
À l’origine le Canal St Denis devait acheminer à La Villette les marchandises apportées par la Seine et les voies navigables du Nord.
Le Canal dessert trois ports : St Denis, Aubervilliers et Gare d’Aubervilliers et réalise la jonction de la Seine Supérieure à la Seine Inférieure via le Canal St Martin.

Le Canal St Martin
D’une longueur de 4 530 mètres, le Canal St Martin part du Bassin de la Villette et finit à l’Arsenal, les travaux débutent en 1814 et seront achevés en 1825.
À l’origine de sa création, le Canal St Martin est entièrement à l’air libre puis sera partiellement recouvert par le boulevard Richard Lenoir sur une longueur de 1 850 mètres.
Sa pente est de 24 m 56 pour 9 écluses, la largeur de la cuvette entre les murs de quai est de 27 m.
Le projet initial était de faire la jonction avec St Denis, de la Seine à la Seine.
300 bateaux empruntent le trajet St Denis-Arsenal, dont la moitié à vide.
De nombreux problèmes sont liés à un trafic urbain qui s’intensifie et à la nature des sols qui provoque un affaissement dans les parties remblayées, des zones de tassement dans le gypse et l’inondation des caves du voisinage… Ces problèmes sont à l’origine des travaux entrepris dans le quartier du Canal, notamment une fouille sous la partie abîmée, la pose d’une nouvelle couche de béton recouverte d’une couche de terre argileuse épaisse de 0 m 50 dans le but de parer aux inévitables fissures dues aux mouvements du remblai sur lequel le béton repose, mais dont la couverture d’argile empêchera l’eau de s’infiltrer…

La Rentabilité des Canaux
Les principales sources de revenues proviennent des droits de navigations, de la chasse et de la pêche, des cessions temporaires de terrains pour le dépôt des marchandises, des locations pour le stationnement des bateaux, des herbages, des coupes d’arbres comme celles des Peupliers qui se pratiquent tous les 25 à 30 ans ou de l’utilisation des chutes d’eau…
À la fin du XIXe siècle, le prix de revient au mètre cube d’eau était estimé à 0, 0173 fr.

La Fontaine Aux Lions
La Fontaine aux Lions de Nubie est construite d’après les plans de Girard, elle est alimentée en eau non potable.
L’inauguration a eu lieu le 15 août 1811 à l’emplacement actuel de la place de la République et était le point de rencontre des conscrits et des bonnes d’enfants.
L’ensemble a une forme de pyramide circulaire dont le sommet est terminé par une gerbe d’eau qui retombe en cascade. Les huit lions de Nubie commémorent la bataille d’Egypte, ils jettent simultanément l’eau par leur gueule.
Dimensions de la Fontaine : trois socles circulaires, 4 m de rayon pour 50 cm de hauteur, 6 m 50 de rayon pour 50 cm de hauteur et le dernier 7 m 50 de rayon pour 1 m 50 de hauteur au-dessus du fond du bassin.
La vasque centrale et les lions sont en fonte, chaque lion pèse 1 450 kg.
La Fontaine se remplit par la vasque supérieure, son jet a une hauteur de 1 m 50.
Le 23 octobre 1867 les Grands Travaux Haussmanniens sont à l’origine du déplacement de la Fontaine aux Lions depuis la place de la République vers le Marché des Bestiaux, au centre de la place d’une superficie de 20 900 m2.
Son grand bassin de 26 m de diamètre sert d’abreuvoir les jours de marché.
La Fontaine est vidée deux fois par semaine les mercredis et dimanches, et son eau est renouvelée les lundis et jeudis, les jours de grands marchés.
En 1933 un tassement de l’ouvrage et des infiltrations entraînent la rupture des canalisations.
Les travaux de rénovation de 1978 : les surfaces ont été métallisées au zinc 120 microns et ont reçu 2 couches de peinture au chromate de zinc et 2 couches de peinture époxy au zinc et les faces internes ont été traitées avec une peinture caoutchoutée.
Auparavant l’ensemble a été sablé, les fissures et les porosités ont été bouchées par soudure à l’arc, meulage et limage. Les déversoirs sont approfondis de 15 cm et le chapeau circulaire du jet central a été refaçonné en planche de cuivre rouge.
Les blocs de pierres défectueux ont été remplacés dans la masse en pierres de Souppes comme à l’origine, et non par plaquettes rapportées. Les mouvements d’eau sont assurés par deux pompes de 50 CV.
Une réserve d’eau de 70 cm de profondeur, soit 40 m3, amorce la première pompe, puis la seconde se met automatiquement en marche.
L’eau est filtrée quotidiennement pour éviter la formation de micro-organismes.
Dans la vasque et dans chaque déversoir, un brise-lame diminue les effets de turbulence dûs à la chute de l’eau et permet la formation d’un mur d’eau continu avec une nappe déversante de 2 mm d’épaisseur.
Il est possible de programmer la Fontaine en petites eaux.
Des projecteurs encastrés et scellés sont répartis en 7 groupes sont programmés par des cellules photo-électriques.
À la fin des travaux, la Fontaine aux Lions de Nubie est alimentée en eau industrielle non recyclée, et 164 poissons rouges fêteront l’événement.
La Fontaine aux Lions, La Grande Halle ainsi que les deux Pavillons qui l‘encadrent sont inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, depuis le 2 mars 1979.
Bibliographie
Fonds Villette


Les canaux de Paris à la fin de 1884 de M. Humblot, imprimerie Chaix.
La Fontaine aux Lions Parc de la Villette éditions SEMVI
La Fontaine aux Lions, sous la direction de Michel Borjon, manuscrit Grahal.
Cigre 1986 de Fabienne Cardot, juillet 86, presses de l’Imprimerie Union à Paris.
Le XIXe du Bassin de la Villette, monographie d’Emmanuelle François. Université Paris 7 Octobre 1984.
Fonds Bibliothèque Historique de Paris
L’Eau à Paris de Laure Beaumont-Maillet.
Fonds Bibiothèque Municipale du 4ème Arrondissement
Paris Haussmann de Jean Descars. Édition Picard/Parution de l’Arsenal.
L’Eau de Paris de Marc Gaillard et Claude Abron. Édition Martelle.
La Ville et son Eau de Michel Belloncle. Édition Serg.
Sur les traces des Enceintes de Paris de Renaud Gagneux et Emmanuel Gaffard. Édition Laurence Solnais et Denis Prouvost.
Fonds Personnel
Botanica. Édition Place des Victoires.

Remerciements à Michèle Zazzaron (phototèque de la Villette)


2 commentaires:

Anonyme a dit…

enfin un site pour les petits espaces de verdure en ville, pour les amoureux des fleurs, de la chlorophile et des cactus
bravo

Anonyme a dit…

Bravo pour votre site, qui est une véritable mine d'or.
Je suis loin de la campagne sans voiture, alors je viens prendre en plus un bon bol d'air.
A bientôt, à la boutique,

merci.

Jeanne - Paris