samedi 28 juillet 2007

JARDINS DU MONDE


 ARTS ET TECHNIQUES JARDINS DU MONDE
                                          SHARON HOBBY 


Prise de Notes du Cursus Formation Continue
ENSP 06-07 + Documentation personnelle


ESQUISSES JARDINS DU MONDE
SHARON HOBBY

Les dessins coloriés sur calque tracent le fil d'une histoire
poétique des Jardins...
Calques dessinés et Colorés par SHARON HOBBY

L'étude des jardins historiques fait apparaître deux tendances, des jardins aux contours définies comme les jardins persans, égyptiens, arabes, romains, ceux du moyen âge, de la renaissance et du grand siècle français, et ceux du début du XX ème siècle inspirés du cubisme ou du 'revival' classique français ;  et des jardins aux contours flous comme les grecques, chinois et anglais...
Certains jardins persans, bien que très dessinés laissent la place à l'expression d'un foisonnement végétal.


Jardin Persan



Jardin Moyen Âge


Jardin Renaissance Italienne



Jardin Classique Français



Jardin Chinois


Jardin Chinois




Jardin Japonais



Jardin Japonais



Jardin Japonais




Jardin Rocaille



Jardin Rocaille



                                          Dessins couleurs d'après calques Sharon HOBBY



JARDINS GRECS ET LATINS

COURS PHILIPPE NYS




La Ligne du Temps

Les Jardins Antiques : Indo-Européennes, Chine et Proche-Orient.

Repères Chronologiques : La Grèce Archaïque 1200, La Grèce Classique, Parthénon 5 et 4es, la Grèce Hellénistique 3 et 2es, Période Romaine 1er 0 et Ier siècle, Villa Adrien 108-134, Byzance IVème siècle, Empire Chrétien Romain, Période Gallo Romaine, Moyen Àge, Renaissance Italienne…

Depuis son origine, la langue grecque a subi peu de modifications, même linguistique, sémantique, alphabet et vocabulaire.
Le Latin, œuvre de traduction, est la base des langues romaines. Les Latins, bilingues, traduisent les mots Grecs par un vocabulaire simplifié... Le mot Nature, du latin ‘Natura’, «ce qui laisse provenir de soi», traduit du Grec ‘Phusis’, désigne un concept plus vaste…
‘Képos’ est Jardin en Grec, un espace clôturé rythmé par des portes.
‘les ‘Topias’ sont des peintures de paysages copiées des Grecques par les Romains.
‘Leimon’ a trois significations : le sexe de la femme, le mental, la prairie.
Les deux mots ‘Képos’ et ‘Leimon’ sont traduits par le seul mot latin ‘Hortus’.
En langue Germanique le mot ‘gard’ signifie maison et le mot anglo-saxon ‘yeard’, jardin fusionnent pour former le mot jardin qui se généralise en Europe…
Le socle de compréhension des Jardins, du point de vue Botanique, Technique et Poétique, date de 1860 avec le texte d’Arthur Mangnin qui commence par la description du Mythe de Babylone et se termine avec les Buttes-Chaumont.
La Théorie des Quatre Natures
La Première Nature : La Réalité, c’est la Construction du Regard.
La Deuxième Nature : L’Oeuvre de La ‘Techne’. L’Homme n’est pas un créateur de la même essence que Dieu, car il ne crée pas ex-nihilo ; il suit des schémas préexistants, mais sa connaissance technique et artistique le rendent maître de la Nature.
La Troisième Nature : Mythes, Style National et ‘Revivals’, la troisième nature raconte l’Histoire de l’Homme, elle combine l’Artifice et la Nature au point qu’on ne puisse plus distinguer l’une de l’autre…
La Quatrième Nature : Textes et Visuels, Livres, Revues, Films…

Le Concept Grec
Dans la Grèce Antique, il y a peu de mention de Jardins mais les Références Littéraires issues des œuvres d’Hésiode, Homère, Platon, Aristote, Hippocrate, Xénophon, Hérodote, Philon d’Alexandrie… et Iconographiques, mosaïques, fresques, sculptures, peintures, qui apportent un ensemble d’informations…
Platon apporte le thème de la Prairie et l’idée d’horizon… et Aristote : «On ne peut penser sans plantasmes (images) ». Thalès considère que l’eau est le principe fondamental, mais aucun de ses écrits nous est parvenu, seulement des citations et analyses… d’autres auteurs
Pour les Grecs, les grottes, les eaux et les sources sont des éléments essentiels dans l’idée de Nature et représentent les lieux mythiques des origines.
La première Nature est un mélange terre-eau.
Avec l’Air, la Terre, le Feu, l’Eau est un des quatre Éléments Premiers, «lesquels mélangés et combinés ensemble de diverses manières et suivant leurs natures et leurs qualités ont produit tout ce qui existe»
Le Bouclier d’Achille décrit dans l’Iliade représente les douze scènes de sa fabrication,‘Euphrasis’, «l’ouvrage ne serait pas fini, en l’absence de l’eau», symbolisée par un double cercle sur le contour du bouclier, le visuel de cette représentation graphique nous est seulement connue par une gravure datant du XVIIIème.
La Tradition Grecque apporte des éléments paysagers issus des temples, des labyrinthes, des structures du cercle, du triangle…
«La nature est mathématique, le végétal n’est pas prioritaire».
Les Grecques colonisent et construisent dans des lieux sauvages comme sur les sites rocheux car ils sont plus résistants aux tremblements de terre.
Les grottes sont ornées d’éléments architecturaux. Sur les parois grimpent la vigne et d’autres plantes odorantes.
Sous les bosquets de verdure sont disposés des bancs et les bois sacrés sont sanctifiés par des autels, des fontaines, des sculptures…
Les arbres sont choisis selon leur vigueur, la richesse de leur feuillage ou encor pour l’éclat de leurs fleurs… Les fruitiers sont plantés en quinconce, et dans les Jardins du roi Alcinoüs, les vergers sont répartis en compartiments réguliers ; et les prairies sont agrémentées de fleurs.
La présence des oiseaux est un signe de beauté.
Les Grecques manifestent leur goût pour le Paysage Naturel ; et l’Architecture imite la Nature : les troncs d’arbres des premières constructions en bois deviennent des colonnes en pierre, l’ornementation végétale se fait minérale: les motifs sculptés des acanthes…
Au niveau technique, les aqueducs imitent le tracé des fleuves en contournant les obstacles comme l’aqueduc de Samos au 6es siècle avant JC.
Le principe d’une pompe à piston est attesté au 2es avant JC.

Le Concept Romain
Les Romains se lient à la Nature pour fuir la Ville, ils se font bâtir des Villas servant à la fois à la détente, au repos et à une activité économique pour rentabiliser le coût de leur résidence secondaire grâce à l’exploitation agricole.
Les Romains au 1er avant JC et Ier instaurent le thème ‘paradigme’ qui associe le Jardin avec la Villa, un site construit. Une tradition que la Renaissance réinterprètera, notamment d’après les descriptions des Villas de Pline le Jeune…
Les Agronomes Latins venant d’Espagne, du Maroc, d’Algérie, avaient une maîtrise de l’eau, pour eux un «vrai Jardin est victorieux dans le désert, l’œuvre d’art est de vaincre l’hostilité».
Les plans de parcelles réservées à l’Agriculture sont un assemblage de rectangles les ‘Coras’, ces parcelles sont distribuées aux soldats après vingt ans de service.
Rome, peuplé d’un Million d’habitants, donne sa priorité aux équipements urbains, au confort technologique, au Programme Public. Le Jardin est utilitaire et est réservé au particulier.
Les Villas à la campagne comme la Villa de Mécène, ou celle des Tribuns qui réunit tous les corps de métiers ou encore la Villa de la Femme d’Auguste, 30 à 40 av JC, où une fresque de 12 mètres représente le Jardin de Lin, le Jardin des Hespérides.
La Villa d’Hadrien est réputée pour la qualité de son système hydraulique.
Également à considérer l’ordonnance végétale des nécropoles dont le paysage conventionnel est régi par des plantations spécifiques.
Ces différents espaces nous donnent une estimation des diverses esthétiques paysagères romaines… Les Romains, en tirant les secrets de la Nature, développent l’association ‘Techne’ et ‘Ars’ pour créer des ouvrages...
Cette maîtrise technique se manifeste dans les réalisations des Aqueducs et l’aménagement de Rome, «la Ville aux Mille Fontaines».
Les Romains au 3e avant JC savaient construire des orgues hydrauliques, décrites par Ctésibios d’Alexandrie et une horloge musicale décrite par Vitruve ‘De Architectura’.
On leur doit peut-être les premiers moulins à eau au 1er avant JC. Au III ème siècle, les onze aqueducs romains fournissent 1 Million de m3/jour.
Les Romains étaient admiratifs des réalisations ‘Barbares’ comme les ‘Paeri daeza’, (lieu clos en Vieux Persan) : des immenses domaines de chasse des Rois Perses, où se trouvaient réunies toutes les beautés de la Nature, de la Flore, de la Faune et des Beaux Arts.
Les Romains étaient aussi en admiration devant les Jardins Suspendus de Babylone qu’ils classent parmi les Merveilles du Monde.

Les Villas Maritimes Romaines
Les Romains sont sensibles à la vue panoramique depuis un site rocheux surplombant la mer ou un lac. La Villa Maritime au 2e avant J.C est un model d’Otium avec vue sur l’eau…
Elle est subdivisée en terrasses et s’entoure de nombreux édifices annexes comme des grottes, des belvédères et des façades en saillie et n’est accessible que par voie maritime.
Le choix du site est déterminant car il requiert des grands reliefs paysagers, des côtes rocheuses, des golfes, des baies, des îles escarpées, des presqu’îles, des promontoires d’où les vues sur la mer peuvent présenter des aspects variés, et les Villas devaient se faire admirer depuis le rivage.
Dans les grottes des Nymphées, il a été trouvé des ex-voto en terre cuite consacrés à Pan et aux Nymphes datant du 4es et 2e avant J.C.
Les Nymphes des Sources avaient la réputation de donner la santé car leur eau était considérée comme sacrée.
Les grottes sont naturelles ou construites par l’Homme, et se présentaient sous la forme d’une chambre creusée dans les rochers où aboutit une source, créant ainsi un espace favorable pour la prise de repas pour boire de l’eau à même la source.
Il y avait également des piscines, au 1er avant J.C, c’étaient des viviers d’eau salée mélangée à une eau douce conduite par cascade pour créer de l’eau saumâtre, un milieu favorable pour l’élevage des Anguilles appelé Murènes.
Dans les îles, de grandes citernes recueillaient les eaux de pluie et des galeries capturaient l’eau souterraine.
Dans les villas, un système de bains froids, tièdes et chauds participaient à l’hygiène corporelle des Romains qui avaient un grand soin d’entretenir le corps par la culture physique.
Interprétations du Concept des Anciens GRECS ET ROMAINS
Une différentiation de concepts entre les Grecs «Phusis kruptesthai philei», ‘la Nature aime à se cacher’ et les Romains «ut pictura poesis», ‘l’image est muette, elle appelle sa poésie pour apparaître au monde’.
Le Jardin peut être une représentation de la Nature, un parcours initiatique, un emblème, un microcosme, un art total, un grand ‘opéra’, un lieu de mémoire ou d’anticipation, un lieu de sensations qui mobilisent le désir, un lieu de repos, de poésie, le Jardin provoque un état second, une mise en tension de pôles extrêmes, le Jardin ouvre une intériorité, un horizon…

Les Échappés
Les Charpentiers avaient une double compétence, ils travaillaient sur les chantiers navals et pour l’architecture civile. Toyouïto, Architecte Japonais utilise la technique navale en raison d’une compétence accrue de la gestion du temps dans la fabrication de l’Objet.
Athènes-le Pirée et Rome-Ostie sont bâties à proximité de Ports Maritimes.

Textes Grecques en référence à la Nature et à l'Eau
Homère ‘L’antre de Calypso’, L’ Odyssée. « Quand, au bout du monde, Hermès aborda l’île, il sortit en marchant de la mer violette… quatre sources versaient leur onde claire, puis leurs eaux divergeaient à travers les prairies molles… »
Homère ‘le jardin d’Alcinoos’. « Du plus complet des potagers, vert en toute saison, il y coule deux sources ; l’une est pour le jardin qu’elle arrose en entier, et l’autre, sous le seuil de la cour, se détourne vers la haute maison où s’en viennent à l’eau tous les gens de la ville.»
Aristote ‘Métaphysique’ «… une certaine nature unique, ou bien plusieurs, dont sont engendrées toutes les autres alors que celle-ci se conserve… Pour Thalès, le fondateur de cette conception philosophique, ce principe est l‘eau… les semences de toutes choses ont une nature humide ; de telle sorte que l’eau est pour les choses humides le principe de leur nature…
Les anciens, les premiers à faire de la théologie (philosophie première selon Aristote)… faisaient d’Océan et de Thétys les ancêtres et disaient que le serment des dieux se fait par l’eau...
Aristote «… les plantes et les corps simples, comme terre, feu, eau, air… chaque être naturel a en soi-même un principe ‘arché’ de mouvement ‘kinésis’ et de fixité ‘statis’ ; les uns quant au lieu ‘topos’ ; l‘accroissement ‘auxéris’ et décroissant ‘phtisis’, d’autres quant à l’altération ‘alloiôsi’»
Hippocrate ‘Des airs, des eaux, du lieu’ «… il faut également considérer la qualité des eaux, car autant elles diffèrent par leur saveur et par leur poids, autant chacune d’elles diffère par ses propriétés… et comment les eaux se comportent, il s’assurera si on fait usage d’eaux marécageuses et molles, ou d’eaux dures et sortantes de l’intérieur des terres et des rochers ou d’eaux salines et réfractaires… il examinera si le sol ‘Gé’ est nu, ou boisé et humide.»
Philon de Byzance «… troncs de palmiers… ce bois est le seul qui ne pourrisse pas, même mouillé et comprimé sous de lourdes pressions…
les mouvements des eaux, dont les sources viennent de lieux dominants ou bien s’écoulent tout droit et en pente, ou bien s’élèvent en jaillissant en forme de spirales, parce qu’elles courent autour de l’hélice des machines, sous la contrainte des appareillages, elles s’élèvent alors jusqu’à de grandes et nombreuses fontaines, et arrosent le jardin tout entier en mouillant, en profondeur, les racines des plantes, conservant l’humidité de la terre arable… la racine dont on fait en sorte qu’elle n’ait pas soif, aspire l’humidité des eaux qui courent à proximité, tournoie dans le réceptacle que forment les tresses souterraines entre elles et garantit aussi sûrement aux arbres vigueur et croissance…»

Textes Latins en référence à l’Eau
Lucrèce ‘De rerum natura’. « Vénus nourricière …, la mer porteuse de vaisseaux… les plaines des mers te sourient.»
Varron ‘Economie rurale ‘ «… éléments premiers, selon Ennius, le monde est fait, l’eau, la terre, l’air et le soleil.»
Pline l’Ancien ‘l’ars toparia’ (peinture des paysages) «des villas magnifiques dont l’entrée est un marécage.»
Quintilien ‘de institutio oratore’ «… disposition en quinconce, … à l’avantage de pomper dans d’égales proportions le suc de la terre.»
Ovide ‘les Métamorphoses’. «Il ordonna (aux mers) d’entourer la terre de rivages, il ajouta les sources et les étangs immenses, les lacs et il ceignit les fleuves en pente de rives obliques.»
Virgile ‘le Jardin de Priape’ «… et le berceau de fraîcheur où les roseaux font de l’ombre.»
Pline le Jeune ‘Lettres’ Villa Rufus «… salle d’ombrage si fraîche sous les platanes, du canal (Euripus) aux eaux vertes et cristallines, du lac qui s’étend à ses pieds… la beauté de son site (opportunis tatem loci), l’étendue de sa plage.»
Aelius Aristide 'Eloge de Rome’. « La mer Rouge, les chutes du Nil, le lac Maïôtis, qui avaient la réputation de se trouver aux extrémités de la Terre pour les hommes de jadis…»
Philostrate ‘La galerie de tableaux’ Le marécage. «Le terrain est humide, il est couvert de roseaux et de brindilles qui croissent naturellement sans semis, ni labour dans les lieux marécageux. On distingue… le tamaris et le souchet, qui sont des plantes aquatiques. Des sources jaillissent en bouillonnant des hauteurs, elles suivent les pentes et confondant leurs eaux font de la plaine un marécage, il n’y a d’ailleurs ni désordre ni confusion. L‘art a dirigé les cours des ruisseaux comme l’auraient fait la nature… L’artiste a jeté sur le fleuve un palmier pour servir de pont, et c’est une idée fort ingénieuse ; connaissant en effet ce que l’on dit des palmiers, à savoir qu’il y a parmi eux mâles et femelles… Renseigné sur leurs amours, sur la façon dont le mâle se dirige vers la femelle, l’enveloppe de ses branches et se presse contre elle. Le mâle se baisse amoureusement, franchit le fleuve, et ne pouvant encore atteindre le palmier femelle qui est loin, il se couche servilement et unissant ainsi les deux rives, il devient un pont sur lequel le pied, maintenu par les rugosités de l’écorce, ne saurait glisser…»
Longus ‘Pastorale Daphnis et Chloé’. «Il était beau... ce bois aux arbres épais, plein de fleurs et de frais ruisseaux, une seule source nourrissait à la fois les arbres et les fleurs.»
Cicéron ‘De natura deorum’ Seconde nature «.… nous fertilisons la terre pour l’irrigation, nous confinons l‘eau des fleuves et nous redressons et détournons leurs cours.»
Cassiodote ‘Varuarum libri. «Les aqueducs de Rome se font remarquer par leur structure… et la salubrité de leurs eaux ; ces montagnes artificielles (quais constructis montibus) qui y amènent les eaux… Avoir pu soutenir pendant des siècles l’impétuosité si rapide du courant les lits des torrents s’effacent, mais cet ouvrage des Anciens ne se détruira pas, tant que l’industrie veillera à sa conservation.»

Vitruve ‘De Architectura’, VIII
Chapitre I ‘De aquae inventionibus’ des découvertes de l’eau
Recherche des eaux sous terre : Un peu avant le lever du soleil, se coucher sur le ventre, et ayant le menton appuyé sur la terre où l‘on cherche de l‘eau. Si l’on voit en quelque endroit une vapeur humide s’élever en ondoyant, il faudra fouiller.
Selon la qualité des sols : Argile, l’eau ne sera pas très abondante, peu profonde et de mauvais goût
Marne désagrégée peu d’eau, creuser profond, boueuse et désagréable
Terre noire, la meilleure est celle qui rassemble les pluies d’hiver et s’arrête dans des endroits où la terre est assez compacte pour la retenir.
Graviers, l’eau est bonne, rare, et les sources sont instables.
Sablon mâle, veines de gravier et de pouzzolane, sources abondantes si elles ne coulent pas dans les interstices des pierres.
Pied des montagnes, roches siliceuses, sources abondantes, eaux fraîches et stables.
Plaines, eaux saumâtres, lourdes, tièdes et peu agréables à boire, sauf si les eaux viennent des montagnes, et que, conduites par voie souterraine, elles sont abritées par les ombres des arbres qui leur garde leur suavité.
Sur les pentes des montagnes en direction du septentrion, on trouve l’eau, les rayons obliques ne dessèchent pas la terre, eaux de la fonte des neiges des sommets.
Si des petits joncs, des aulnes, roseaux, lierre, diverses plantes semi aquatiques poussent spontanément, hors zone des marais, cela indique la présence de l’eau.
Technique de forage : Creuser un trou de 5 pieds de profondeur, au coucher du soleil, prendre un vase en plomb, ou d’airain, en ayant gressé l’intérieur avec de l’huile, le poser renversé dans le fond du trou, si le lendemain, on trouve des gouttes d’eau attachées au-dedans du vase, c’est un signe qu’il y a de l’eau à cet endroit. Ou bien mettre de la laine, et si en a tordant, il en coule de l’eau ou bien allumer un feu, s’il s’élève une vapeur épaisse, c’est le signe de l’eau.
Pour les puits, en mettre plusieurs en connexion par des conduites souterraines.

Chapitre 2 ‘De aquae imbrium’ eaux de pluie
La rosée : la terre se refroidit la nuit, un brouillard s’élève des lieux humides, ce sont les rayons du soleil qui frappant la terre au matin qui font monter l’humidité qui produit la rosée, la vapeur chaude s’élève.
Vents desséchants : aquilon, septentrion, (des régions froides), auster, ceux du Midi sont très humides et apportent la pluie.
Les sources des Grands Fleuves viennent du septentrion : le Gange, le Tigre, l’Euphrate, le Borysthème, l’Hyparis, le Tanaïs, le Phasis, le Rhône, le Rhin, le Timavus, le Pô, le Tibre, le Dyris, le Nil…

Chapitre 3 ‘De aquis calcins et de variorum fontium, fluminum acuumque natura’
Certaines sources d’eau chaude sont bonnes à boire, sauf les mauvaises comme les eaux de l’Albula à Tivoli.
Chaudes : Utilisations médicales des eaux sulfureuses (mauvaises humeurs), alumineuses (paralysie), bitumeuses (purge de maladies internes).
Froides : nitreuses (purge et fonte des écrouelles).
Les sources sortant des mines d’or, d’argent, de fer, de cuivre, de plomb, de divers métaux sont mauvaises car réputées pour produire des endurcissements, des gonflements, nerfs et jointures, provoquant la goutte, les maladies nerveuses car obstruant les porosités du corps.
Près d’Athènes, les eaux écumeuses sont impropres à la consommation,elles servent pour la lessive et les jets d’eaux.
Les eaux de Trézène, celle de Cibdèle donnent la goutte aux pieds.
Mais le fleuve Cydnus qui traverse la ville de Tarse dans la Cilicie, soulage les douleurs de goutte.
Le fleuve Himère en Sicile se divise, l'un de ses bras qui va vers le Mont Etna est buvable, l’autre est trop salée.

Les Échappés
À Babylone, le Limné asphaltis : du bitume liquide flotte à la surface ; Sémiramis l’employa pour joindre les briques des murs d’enceinte.
De l’importance de la qualité des eaux et des terres qu’elles traversent sur le goût des fruits.
Les spécialistes grecques des eaux comme Théophraste, Timée, Posidorius, Hégesias, Hérodote, Aristides, Metrodore affirment : «il faut apporter la plus grande attention pour choisir les sources dont les eaux peuvent contribuer à entretenir les hommes en parfaite santé».

Chapitre 4 ‘De aquarum experimentis’ des épreuves des eaux
Pour tester une eau, jeter quelques gouttes sur un morceau de cuivre, si elles ne font pas tâche, c’est que l’eau est excellente. Ou la bouillir, et s’il n’y a aucun dépôt au fond ni sable, ni limon, si les légumes cuisent vite, c’est qu’elle est bonne.

Chapitre 5 ‘De libra tionibus aquarum’ et instrumentis ad nunc usum’ le nivellement de l’eau
Le Chorobate est un niveau à eau, utilisé jusqu’au XVII siècle.

Chapitre 6 ‘De ductionibus aquarum’ des conduites d’eau
Rigoles dans un canal de maçonnerie : la Pente doit être suffisante pour aboutir à un réservoir, un triple bassin de distribution, celui du milieu récolte le trop plein des 2 autres, puis les eaux se dirigent vers les lavoirs et les jets d’eau, un autre vers les bains, et le dernier des trois vers les habitations privées. La cendre fine fait œuvre de jointure.
Les tuyaux en plomb sont dangereux pour le corps et sont nuisibles à la santé, cela est prouvé par les plombiers que l’on voit d’ordinaire êtres pâles à cause de la vapeur qui s’élève du plomb lorsqu’il est fondu.
Pour avoir une bonne eau, il ne faut pas l’emmener dans des tuyaux de plomb, l’eau est plus agréable à boire quand elle a été conduite dans de la poterie.

Chapitre 7 ‘De putueorum fossionibus, de cisterciens’ du creusement de puits, de citernes
Test : descendre une lampe allumée au fond d’un puits, si elle s’éteint, il faut creuser deux autres puits à côté et faire des soupiraux, par lesquels les vapeurs puissent sortir.
Ingrédients : sable net et aprets, cailloux cassés, forte chaux, pour faire du mortier
Laisser un passage libre pour les sources en construisant les murs du puits, et prévoir deux ou trois réservoirs pour que l’eau puisse aller de l’un à l’autre.





JARDINS DE L’ISLAM

Cours de Mohammed El Faïz et La Culture du Paysage de L. Latiri



Introduction

Une Civilisation quelque peu délaissée par les Historiens en raison de la difficulté de la tâche qui consiste à évaluer et à apprécier les héritages de la Civilisation Arabe.


Néanmoins il est possible dans la limite de nos connaissances actuelles, de dégager un certain nombre d’éléments qui indiquent une évolution dans l’approche historique de la Théorie et de la Pratique des Phénomènes Hydrauliques… (Lire Pierre-Louis Violet «l’Hydraulique dans les Civilisations Anciennes» aux éditions de l’École Nationale des Ponts et Chaussées Paris 2000.)

Les manuscrits des Agronomes Arabes datent de l’Époque Andalouse où il est question de l’Eau et de l’Art des Jardins, de Pédologie, de Botanique ou d’Agriculture. Ces Traités nous renseignent sur l’étendue des connaissances acquises et diffusées par le Monde Arabe.

Le Tronc Commun des Sciences Musulmanes et Occidentales est légué par la Grèce Antique.
De plus, l’universalité du langage scientifique et la traduction de tout le savoir disponible permet les échanges entre les Érudits...
À leur apogée, les Écrits Arabes incluaient les textes des auteurs de Bagdad à Cordoue en passant par la Perse, l’Inde, la Chine, l’Europe de l’Est, la Sicile et la Turquie, ces deux derniers pays appartiennent à la frontière des mondes occidentaux et orientaux.
L’ensemble du Territoire Arabe présente des similitudes climatiques dont la même faiblesse des précipitations, il tombe moins de 250 à 300 ml d’eau de pluie, ces données expliquent l’importance de l’Eau.
L’État Islamique encourage la diffusion de la Langue Arabe et les Oeuvres de Traduction, finance les Académies, les Sciences Mécaniques, les Équipes de Recherche et «tout ce qui contribue à l’enrichissement du Savoir».

La Ligne du Temps
L’Islam, né en Arabie au VI-VIIème siècle, s’étend sur la Mésopotamie, la Syrie, l’Inde,la Chine, l’Afrique du Nord, la Sicile, l’Andalousie et le Pourtour de la Méditerranée nommé «lac musulman».
La Civilisation Arabo-Musulmane culmine entre le IXe et le XIIIe siècle …
En 1492, date de la Reconquête Espagnole, les Mérinides s’installent à Fès, une ville Universitaire.
Puis au XVIe et XVIIe siècle, la dynastie des Saadiens retourne à Marrakech et leur succèderont la dynastie des Alaouites au XVIII et XIXe siècle.
De la Maîtrise des Eaux
Depuis 5 000 ans, l’Egypte, l’Irak et la Syrie se confrontaient aux problèmes du manque d’eau et à la violence des crues annuelles, ce savoir a inspiré les générations suivantes.
En Égypte, en Perse, à Babylone, les Bassins préexistent aux Civilisations Islamiques…
La ville de Hama en Syrie est réputée pour sa collection de Norias, une roue à aubes connue depuis l’Antiquité en Egypte. Les bruits produits par cette machine proviennent machine proviennent du frottement du bois en mûrier, ressemblent aux sons émis par les chamelles ‘Naoura’.
Le legs de la Mésopotamie et de la Perse est considéré comme le point de départ des techniques du creusement des canaux et de leur entretien.
On cite les travaux entrepris par Zubeida épouse de Haroun El Rachid (786-809), elle réalise des Travaux Hydrauliques tout au long du chemin du pèlerinage de Bagdad à La Mecque, un réseau de 2 000 km de canaux ponctué de bassins circulaires…
Au IXe la ville espagnole de Madrid,‘Majrît’ construite par les Omeyyades bénéficiait d’un réseau ‘Majra’ de canalisations souterraines appelées ‘viajes de l’aqua’.
La Ville de Marrakech a un réseau de 900 km qui dessert en détail la Ville et les Jardins.
Carthage est alimentée par un aqueduc romain dérivé par les Arabes pour alimenter Tunis (l‘extension Arabe est en pisé).
La technique d’irrigation vient du système gravitaire à partit d’une retenue d’eau et se pratique par inondation, un legs de Carthage également utilisé par les Romains.
La répartition de l’eau est gérée de façon comptable dès le IXe siècle.
BASSINS
Les Bassins Circulaires de Keyrouan sont des réservoirs qui maîtrisent les crues annuelles.
Les Rectangulaires sont en général d’une profondeur de 2 m 50 et outre l’approvisionnement en eau, les Bassins sont les lieux de Fêtes pouvant réunir jusqu’à 3 000 personnes pour assister à des Naumachies et étaient aussi des lieux de formation des Militaires à la Natation.
Le Bassin de l’Agdal, situé à Meknès d’une profondeur de 1 m 20, de 340 m sur 148 m 75 fut construit au XIe siècle pour l’irrigation des Jardins Royaux. À l’origine le Bassin était entouré de trois murailles crénelées et était alimenté par 10 Norias reliées par des canaux d’environ 25 km de long.
Les Traités Hydrauliques et d’Agronomie
Le Premier Traité connu est celui de Al Fahrabi, un philosophe de Bagdad. Certains traités donnent à voir des croquis de machines à eau… et apportent un fait nouveau : ‘la Science de l’Ingénieur se lie aux Mathématiques’.
En 1017, en Iran apparaît le Traité de «l’exploitation des eaux souterraines et les galeries drainantes souterraines» du mathématicien Muhammed al-Karaji, dans lequel il donne des explications sur la construction des canalisations situées à 200 mètres de profondeur et d’une longueur de 45 km au moyen d’instruments nouveaux comme la mire et le nivellement.
Au début du XIIème siècle, Gérard de Crémone apprend l‘Arabe à Tolède et traduit 80 ouvrages scientifiques arabes. En 1205 dans un Traité, il est fait mention de Pompes à Eau et de Moulins à Vent à Gibraltar attribués à Al Haj Yaich, un Hydraulicien de Malaga.
Au début du XIIIe, le Traité «Compendium de la théorie et de la pratique au service des arts mécaniques» d’Al Jazari, originaire du Nord de l’Irak, fait le lien entre la Pratique et la Théorie.
Également à connaître les écrits en 1525-1585 de l’astronome de Soliman le Magnifique.
Selon les régions, les noms diffèrent pour désigner les galeries et tunnels souterrains, des constructions qui permettent de récolter les eaux d’infiltration.
CANAUX
Qanât’, ‘Kanat’, ou ‘Qanât’ en arabe ou ‘Foggara’ dans les régions de Gourara dans le Sahara ou dans la région d’Adras dans le Toat ; ‘Khettara’ au Maroc ou ‘Karez’ en Persan signifie le perçage d’un tunnel dans une falaise ou à la base d’un secteur montagneux pour créer un tunnel horizontal de faible pente où des galeries recueillent l’eau suintant le long des parois pour former un ruisseau permanant qui rejoint une nappe.
Pour construire un Canal, ‘Seguia’ en Arabe, la méthode consiste à rechercher au pied d’une montagne, une nappe phréatique et des sources qui forment un puits mère, ensuite l’eau transite de puits en puits jusqu’à sa destination finale.
On peut encore voir les traces de cette méthode dans les vestiges de ces ‘puits de descente’ à Madrid, construits sous le règne d’Isabelle II.
D’un canal part plusieurs bras, en Syrie on dit ‘paume de la main’, qui se répartit selon le système gravitaire. Un système de distribution à la sortie d’une source, comme les dents d’un peigne, ‘Kesria’ permet le comptage du volume d’eau.
«La contribution des Hydrauliciens et Mécaniciens arabes atteste d’un progrès technique dans l’amélioration du système des balanciers à contre poids, dans l’usage des pompes à eau et dans l’ouverture d’un champ d’exploration des Sciences Hydrauliques de la Renaissance Italienne».
L’Agronomie
Dans le domaine de l’Agronomie, les Nabatéens en Mésopotamie, l’Irak en 902, réunissent la somme des Études Syriaques.
Au Xème siècle, l’Espagne Musulmane connaît un essor agricole qui développe chez les citadins le goût de la campagne et des jardins...
En 1110, à Tolède et à Séville, parait le «Livre des Fleurs et de la Promenade de l’Esprit» de Tighnari.
Les nouvelles plantes cultivées comme le coton ou la canne à sucre demandent de l’eau en abondance.
Napoléon III demandera le Traité d’Agronomie du Sévillan Ebn el Awan,‘Libro de Agricultura’ datant de la fin du XIIème siècle, une compilation du savoir depuis l’Antiquité, traduit en 1802 par Clément Mulet.
Une description datant du début du XIVème siècle, de Ibn Luyûn de Grenade révèle l’idéal d’une parfaite maison des champs «qu’on choisisse pour bâtir sa maison dans son jardin, le point dominant qui en facilite la garde et la surveillance. Qu’on l’oriente au midi, la porte tout à côté et qu’on surélève un peu l’emplacement du puits et du bassin ou mieux encore, qu’il y ait à la place du puits une canalisation d’eau qui coure sous les ombrages. Près du bassin, on plantera des massifs toujours verts, de toutes les espèces qui réjouissent la vue et plus loin des fleurs variées et des arbres à feuilles persistantes. Des plants de vigne borderont le domaine et dans la partie centrale des treilles ombrageront des passages qui ceindront les parterres comme une marge. Au milieu, on installera pour les heures de repos, un kiosque qui s’ouvrira sur tous les côtés, on l’entourera de rosiers grimpants, de myrtes, et de toutes les fleurs qui font la beauté des jardins, il sera plus long que large, pour que l’œil n’éprouve pas de fatigue à le regarder. Tout en bas, on réservera un corps de logis pour les hôtes qui viendront tenir compagnie au maître du lieu, il aura sa porte, son bassin caché de loin par un bouquet d’arbres. Si l’on installe encore un colombier et une tourelle habitables, tout n’en sera que mieux. »

Les Jardins du Moyen Orient Antique
La description d’Alphand des Jardins Égyptiens évoque une cour rectiligne avec un bassin central poissonneux et suffisamment profond pour une barque. L’ensemble présente des encadrements rectangulaires successifs du plus petit au plus grand, une série de fleurs de taille moyenne toutes identiques puis de grandes fleurs de plusieurs variétés et autour du dernier cadre, des arbres et des petites touffes végétales qui abritent le Bassin.
Les avenues rectilignes sont plantées de citronniers, de grenadiers, de palmiers et sont ombragées par des tonnelles, des colonnettes, en bois ou en pierre sur lesquelles étaient placées des traverses pour clématites, courges, vignes…
Les pieds des arbres sont protégés par des encaissements en maçonnerie.
Les rues sont étroites et les cours spacieuses où poussent les fruitiers comme les palmiers dattiers, les grenadiers, les orangers, les figuiers.

Les bords des canaux d’irrigation sont ombragés par des plantations.
Vers 700 avant J.C, le roi d’Assyrie Sennachérib fait construire un aqueduc et des canalisations pour relier les villes de Jerwan et Ninive sur une longueur de 300 mètres.
Un des bas-reliefs du Palais de Ninive représente trois arches en ogive et des sculptures en tête de canal et des plantations traversées par des canaux en ramification à partir de l’aqueduc.
Le Palais de Nabuchodonosor 604-561 av J.C, aux alentours de la Porte d’Ishtar révèle une série de chambres souterraines avec un système de puits à récipients disposés en chaîne sans fin conduisant l’eau aux terrasses.
Le Palais Achéménide de Cyrus le Grand, 550 avant JC à Parsagades s’élevait au milieu d’une esplanade de Jardins où serpentaient des ruisseaux. Les fouilles archéologiques ont mis à jour des canaux et piscines…
Le Palais Sassanide de Kasr-i-Shirin de Chosroes II 591-628 av JC, présente des longues perspectives d’eaux et de verdures distribuées en carré ou rectangle bordée d’arbres et de croisements orthogonaux d’allées axiales.
Description par Alphand des Jardins Suspendus de Babylone : «les murs de Babylone renfermaient paraît-il, une surface de terre labourable pour pouvoir aux besoins de la population et des jardins spacieux autour du palais… dont des terrasses composées deplusieurs couches de matériaux et de bitume sous une couverture de terre et de pilastres qui supportent les plafonds et forment des encaissements pour recevoir de grands arbres, 2 à 3 mètres suffisent pour les espèces les plus vigoureuses… des appareils hydrauliques sont utilisés pour l’arrosage et fournissent l’eau aux bassins et aux fontaines intérieurs».

Les Jardins Islamiques
Les Jardins ont plusieurs fonctions, ils contribuent au développement des villes, à la maîtrise de l’Hydraulique et de l’Agronomie.
Jardiner dans l’objectif de produire de la nourriture est un acte de grande valeur pour la Philosophie Soufi dont l’un des rituels des mystiques est le transport nocturne de l’eau pour remplir les réservoirs tout en récitant le Coran, recueil sacré dans lequel de nombreuses sourates se réfèrent aux Jardins…
Les quatre fleuves du Paradis Musulman représentent l’eau pure, le lait, le vin et le miel.
Les premières traces archéologiques datent de 730, où le tiers des espaces fortifiés était réservé aux Pavillons entourés de Jardins.
La conception des Jardins préconise la présence des oiseaux ‘Bulbul’ en liberté ou en volières. Les oiseaux étaient recherchés pour l’attrait de leurs chants et de leurs esthétiques.
Dans les Parcs et Jardins, les animaux sont choisis selon des critères de beauté, de rareté ou d’exotisme ; de plus une faune constitue une réserve pour la chasse, les combats organisés ou les courses dans des Hippodromes.
En langue Arabe, plusieurs mots désignent les Jardins, selon leur style, leur fonction ou leur leurs différents Sites Géographiques :
Buhayra est un jardin potager avec de grands bassins.
Sania ou Swani désigne un jardin privé irrigé par un système hydraulique.
Aguedal est un grand domaine réservé aux souverains.
Agdal est un enclos d’herbes, de prairies, de pâturage, de fruitiers et est clos de murailles.
Bustan est le jardin persan parfumé de la dimension d’un parc encadré d’éléments architecturaux comme les pavillons, les esplanades, les cours… il est situé à l’extérieur de la ville.
Gulistan est le jardin persan de roses.
Jnan en arabe classique ou Janna est un jardin non arrosé à l’extérieur de la ville.
Arsa est le jardin verger irrigué intramuros de la Médina.
Riyad est la cour jardinée d’une habitation, une oasis de fraîcheur composée de céramiques, de fontaines, d’oiseaux et d’une végétation ordonnée selon un plan orthogonal aux allées dallées.
Wasat al-dar équivaut au Patio placé au centre de la maison et autour duquel s’articulent les quatre différents corps de bâtiments.
Suhayla est un jardin en bordure de rivière.
Ruwayd est le jardin privé d’une famille, souvent le cimetière.
Hadîka est le jardin public
Autres termes de vocabulaire : Hait désigne le mur qui enclos les Jardins en Andalousie, Nuzhat une promenade plantée et Munya la résidence d’été.
La ville est généralement parcourue par un grand fleuve où s’équilibre le végétal et le minéral, les Cités-Jardins du XIIIe siècle sont composées d’un noyau historique puis de la grande ville, et en final d’une ceinture de Jardins et des Cultures Vivrières.
Marrakech, dont les remparts datent du XIIe, présente les plus anciens jardins de cette structure.
D’après le relevé Lambert fin XIXe, une Médina de 600 hectares urbanisés s’équilibre avec 500 hectares de Jardins avec Bassins.
Le Style Aguedal au XIIe est un Jardin à l’échelle de l’Empire, une création des Califes Almohades d’origine Berbère, ce modèle persiste jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Leur composition met à contribution plusieurs corps de métier régi par une Administration Technique qui supervise le travail des architectes, des bâtisseurs et des ingénieurs urbanistes.
Les Bassins ont chacun un nom, le tracé des Jardins est rectiligne, chaque espace se spécialise dans une variété végétale. Les Jardins en série communiquent entre eux.
Des Pavillons ponctuent les Jardins où la Végétation est dominante.
Les Arabes apportent d’Iran l’Orange, le Pamplemousse, le Citron … La culture principale est l’Olivier ou les Agrumes comme le Cédrat verruqueux…
Les arbres sont plantés en alignement.
Les Jardins de Marrakech créent par les Almoravides en 1071 sont délaissés pendant la période des Mérinides en faveur de Fès puis les Jardins renaîtront au XVIe siècle sous la dynastie des Saâdiens, notamment grâce au sultan Ahmad Al Mansûr, 1578-1603 qui gagne la ‘Bataille des Trois Rois’.
Les Jardins de l’Aguedal, 1157, sont entourés d’une muraille de 22 km enfermant un Site de 500 hectares. Le canal est propriété royale, il vient de la montagne du Mt Atlas pour desservir le Palais et la Ville. Depuis 1980, l’Aguedal est géré par les Domaines Royaux.
Le Jardin est partagé en enclos intérieurs avec deux Bassins, le premier enclos proche du Bassin est planté d’agrumes et plus loin une grenaderie, une oliveraie et des vignes.
L’ensemble du Jardin est ponctué de Kiosques et de Pavillons aux dimensions modestes.
L’Alhambra, édifiée à partir de 1237, ‘Carmen de la Victoria’, Carmen vient de carme,‘une vigne sur treillage’. Les Bassins sont alimentés par des Canaux de la Sierra Nevada.
Les Arabes n’utilisent généralement pas les citernes car ils préfèrent voir l’origine des eaux.
Le Généralife, veut dire ‘le jardin de celui qui sait faire’ est noyé dans une végétation. Construit en altitude au milieu du XIII ème siècle, le Jardin est un long patio au Bassin étroit creusé dans l’axe et se prolonge par des Vergers en Terrasses. Le ‘Patio de la Acequia’ reproduit l’archétype arabe médiéval. Deux allées se coupent à l’angle droit et à leur croisée s’élève une Fontaine ou un Kiosque, des plantations sont disposées dans les quatre rectangles.
Le Jardin Al Badî, 1578-1593 ‘merveille’, inaugure un renouveau dont les poètes font l’éloge.
La végétation est plantée à un niveau inférieur, ce qui permet peut être de cueillir des fruits à l’occasion d’une promenade.
Les Jardins de Ménara, 1830, est un observatoire sans fortification et est entouré de 88 hectares d’Oliviers. En son centre, un Pavillon du XIXe d’influence Italienne donne sur un Bassin comprenant une île plantée d’arbres au tronc unique comme le palmier, le cyprès ou l’oranger. La perspective donne l’illusion d’arbres jaillissant de l’eau.
Les Jardins de la Bahia sont le dernier développement de l’Histoire des Jardins du Maroc : 25 hectares un total obtenu par l’achat de 60 maisons en supplément de l’existant, dans un environnement de 19 hectares de verdure obtenu aussi par un achat de 16 jardins. L’ensemble est édifié selon les plans de l’Architecte Al Mesfiori.Le labyrinthe du Palais s’ouvre sur des cours jardinées ou de marbre qui aboutissent à un pont qui domine un Jardin planté de toutes les espèces d’arbres fruitiers connus. Les murs sont peints de fleurs. Son Bassin est dessiné d’entrelacs géométriques en étoile, les carrelages en zellige reprennent des motifs floraux ou végétales et sert de modèle dans le monde Arabo-Musulman.

Le Concept de Paysage
Mandhar, ‘Barri’ paysage terrestre, ‘Rifi’ paysage campagnard, ‘Bahri ‘paysage marin, ‘Tabi’ paysage naturel, ‘Tarikhi’ paysage historique, ‘Mi’mari ‘paysage urbain, et Machad paysage admiré mis en scène, ‘Machad’am’ est un lieu en hauteur d’où l’on a une vue d’ensemble, ‘Khalawi’ ou ‘Khalawat’ est un lieu de retraite, un endroit vide de toute présence humaine.‘Nadhar’, au sens figuré est le regard de l’intelligence, de l’intellect, ‘Mafraj’ est un terme d’architecture qui renvoie aux constructions permettant de voir d’un point de vue en hauteur un espace cadré, une découpe de l’espace observé.
Une vision d’esthétique plastique à Moutafarijouhum : une esplanade à Bab al-Manchar, un lieu près d’une forêt où les ‘Kassarum’, blanchisseurs, étendent le linge blanc et d’autres vêtements brodés et colorés sur toute l’étendue de la place, donnant ainsi l’illusion d’un Parterre de fleurs et d’eau…
Les paysages sont appréciés selon des critères visuels, sensoriels et intellectuels sans référence à des models issus de la Peinture.
Les miniatures représentent ce qui est visible, la représentation picturale ne cherche pas à créer un nouvel idéal en modifiant la Nature.
La poésie fait partie intégrante d’un Jardin, les vers sont inscrits en relief sur les murs.
Les poètes tels que Sanawbari vers 945 ou Ibn Khafaja se sont illustrés dans l’art d’évoquer les Jardins en poèmes floraux ‘Nawriyyat’ et ‘Rawdiyyat’.
Al-Achaari écrit «le jardin m’a parlé un jour d’une ancienne pluie tombée une fois une seule fois sur le pays c’était l’aube le premier rayon échappé au soleil transperçait les fleurs des amandes argentées» ou une description du voyageur Ibrahim al Hadjdj au XIVe «… autour de moi des fleurs forment un splendide parterre de couleurs, tel un jardin un jour d’après la pluie» ou encore le poète Ghazi «dans le ruisseau ma main en extase, saisit le glissement enchanté…»
Les textes littéraires permettent identifier des modèles de paysages terrestres.
Le paysage utile se représente dans un espace rural divisé en plusieurs lieux différenciés par leur usage ou leur capacité de produire des ressources vivrières, les ‘quras’, pour la subsistance du peuple ou par leurs aspects négatifs dans leur incapacité à être fertiles.
Les géographes attribuent d’autres valeurs aux espaces improductifs.
Le paysage paradis est un modèle constant défini par le Coran où le Jardin est conçu comme un microcosme dans lequel se projette l’idée du paradis.
Le paysage de plaisir est réservé aux souverains et à la classe aristocratique, ils jouxtent les Palais, tels les ‘Muniya’, ‘Rahal’, ‘Day’s’.
Le paysage d’amour ou enchanté sont des décors pour la parole des contes ou des rencontres amoureuses.

De l’Importance des Parfums
Les régions qui embaument l’atmosphère sont situées à l’Orient comme la Palestine, le Yémen, le Plateau Iranien, la Haute Mésopotamie, le Khurasan, la Transoxiane, les Fars et l’Inde Musulmane dont les descriptions donnent des évocations d’un Paradis des parfums de jasmins, de narcisses, d’orangers, de roses, d’ iris, de myrtes, de fruitiers en fleurs…

Les Principales Plantes des Jardins
Bignonia – lianes - rosiers - lantanas - pittosporum tobira – mimosas – bougainvillées - hibiscus narcisses – amandiers - orangers - prunus du Japon - erythrina speciosa - asphodèles dans les champs - iris sauvages - strelitzia simple ou augusta – cactées –pervenches – giroflées - souci glaïeul sauvage – myrte - laurier rose ou blanc - géranium, - pélargonium – bergamote - arbre de Judée - micocoulier – jacarandas – marguerites – ipomée – coquelicots – bleuets – renoncules arums - gerbera -agapanthe – pivoines – tulipes - iris noir – hortensia – chrysanthème – dahlia - lilas – callistemon – fuchsia - canas – chèvrefeuille - pétunias - pieds d’alouette - gueules de loup - acacia - catalpa - gynérium - galant de nuit - citronnelle - sauge - sarriette -coriandre fenugrec, genièvre – thym – origan – mauve – berce - absinthe, marjolaine - basilic - menthe poivrée jasmin – frésias - rhyncospernum - cistes – romarin -passiflores - solanum jasminoïdes bambous - agaves - palmiers - cocos - erythrea robusta - eucalyptus…




JARDINS DU MOYEN ÂGE

Cours de Mme Haudebourg




La Ligne du Temps

La période du Moyen Âge débute à la date de l’assassinat du dernier empereur légitime Romain, Odoacre d’Oreste en 476 et se termine avec la Découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492. L’Empire Romain décline sous l’impact des invasions barbares, les termes de déferlante et de vagues successives sont souvent employés pour désigner les razzias des Barbares au milieu du IV siècle qui ont balayé l’Empire Romain ; ce qui a eu comme cause directe le déplacement des populations à l’écart des voies de communications, vers des lieux isolés… Le déclin de Rome permet à l’Eglise Chrétienne de monter en puissance ; d’étendre son Evangélisation de l’Extrême Orient à la Méditerranée.




La Politique et les Nouvelles Croyances
Le Moyen Âge se construit sur la nouvelle Église Chrétienne qui domine la société en parallèle avec le Pouvoir du Souverain. Il se crée une très forte corrélation entre la personnalité du Souverain et la prospérité du Royaume. L’exemple type est la légende du roi Alcinoos, «la prospérité d’un état dépend de la justice royale»
Le pouvoir se centralise et s’unit à l’Église au point que leurs symboles se confondent.
Le Moyen Âge a verrouillé toute la connaissance humaine en faveur d’une exaltation divine : Leur croyance réduit le monde en des métaphores de la Pensée Divine et exige d’être lu comme la Bible et leur vision du monde s’éloigne du réel pour n’être que des symboles puissants et suggestifs chargés de sens religieux...
La Théologie, au sens d’Aristote, ‘la philosophie première’ est un terme que le Moyen Âge transfère au Savoir ou au Dogme Religieux.
De même l’érotisme, la sensualité ou les liens conjugaux sont déviés de leur sens initial pour se cristalliser sur les figures du Christ et de Sainte Marie.

Les Eaux de la Bible
L’Ancien Testament propose une lecture de la création du monde dans la Genèse, le Mythe de la Séparation des Eaux.
Les moines et les érudits créent une nouvelle cabale et réduisent le monde à une arithmétique chiffrée. Le chiffre 40 représente la pluie, en référence au Déluge où il a plu pendant quarante jours et quarante nuits. Noé accoste lorsqu’une Colombe revient avec un brin d’Olivier dans le bec, donnant ainsi la preuve qu’une terre est redevenue cultivable car l’Olivier dépérit dans des sols gorgés d’eau.
Moïse, l’enfant sauvé des eaux, flottant sur le Nil dans son berceau de roseaux… Adulte, il conduira les Hébreux vers leur terre promise en faisant s’écarter les eaux de la mer Rouge qui se referment sur le passage des armées Égyptiennes.
Le Cantique des Cantiques dans son éloge à la Femme la compare à une source, une fontaine scellée «fons hortorum», le Moyen Âge fait devenir cette femme Marie…
Le Moyen Âge croyait en l’existence matérielle du Paradis, situé à l’Est du monde connu…
Les Marins qui accompagnaient Christophe Colomb avaient la crainte de rencontrer ‘les eaux bouillonnantes’,...
En Orient, le mot ‘eden’ désigne une plaine fertile ou irrigable. L’Eden, le Paradis Chrétien est traversé par un grand Fleuve qui se divise en quatre bras.
Pour les érudits du Moyen Âge, des Écritures «découlent les flots de la doctrine céleste».
Au niveau du rituel religieux, l’initiation du Chrétien par le Baptême se fait dans l’eau, un symbole purificateur du péché originel, et dans la cérémonie de la Messe, le prêtre boit le sang du Christ.
L’Eau et ses Représentations
La ville se referme en elle-même pour se protéger d’une nature sauvage et hostile et l’image paysagère conventionnelle décrit successivement les champs, les bois, le fleuve et à l’horizon les montagnes et le ciel.
La Théorie Moyenâgeuse fait une répartition des éléments : chaud, froid, sec et humide.
La rosée appartient aux eaux d’en haut, un symbole ancien, un mythe archaïque du liquide séminal.
Les Alchimistes recueillaient la rosée dans des draps et la distillaient dans le processus de ‘l’œuvre en blanc’…
Le milieu médical est associé à la production de plantes médicinales et préconise la consommation en été, de substances acides, froides et rafraîchissantes comme le ‘verjus’, raisins verts, et en hiver, des graines chaudes. Le choix des nourritures est en relation directe avec ‘les humeurs’…
En Médecine, l’eau facilite le déroulement des grossesses et est bénéfique aux bébés.
Pour les sciences occultes, l’eau est guérison : un linge imbibé d’eau permet la résurrection des enfants morts nés, mais seulement pendant le temps d’être baptisés…
Le Moyen Âge développe la création d’un nouveau mythe ‘la Fontaine de Jouvence’, son eau apporte le rajeunissement à celui qui s’en abreuve.
D’autres fontaines magiques sont gérées par les Religieux ; une reprise du thème de la fontaine miraculeuse qui depuis les temps druidiques avait le pouvoir de guérir de la folie et de la gale.
La plus connue de ces fontaines est ‘Barenton’ dont les pouvoirs sont censés guérir les maladies mentales... Il est également fait mention d’une fontaine parfaite à 16 bouches (4x4) à Thoronet.
Le Moyen Âge Littéraire donne une symbolique différenciée selon les eaux vives et les eaux dormantes : Une eau vive représente la passion et une eau dormante est un miroir ou une passion éteinte.
En Architecture, au centre du Cloître se trouve une Fontaine, parfois nommée Lavabo, ou Puits, une autre représentation symbolique de l’Eau du Paradis.
L’Eau a une vertu purificatrice liée à l’hygiène, la coutume voulait qu’on se lave les mains et la figure avant d’entrer dans une église ou un réfectoire.

Éléments Architecturaux
Le mode de vie autarcique des Abbayes y était délibérément monotone pour provoquer la perte de la notion du Temps et faciliter l’engrenage des rituels quotidiens.
Pour cette raison était absente du Cloître toute ‘végétation évolutive’.
La pelouse du cloître est divisée en quatre carrés ; elle est nue, en référence à la méditation du Christ dans le désert.
Le Carré Claustral à ciel ouvert est créé pour être le lieu de prière individuel des moines et représente une Place, celle de l’Apocalypse de St Jean.
La description de la Jérusalem Céleste donne ses dimensions, un cube de douze mille stades, un stade équivaut à 184 m 76 cm.
L’influence Romaine est présente dans les colonnes et les péristyles.
La verticalité des tours ou celle des murs crénelés ponctuent le paysage et contribuent à élever les regards vers le ciel…
Le circuit initiatique du Labyrinthe devient le symbole du Pèlerinage de Jérusalem.
Le Damier importé d’Orient depuis les Croisades représente le Monde, ses 64 cases, noir et blanc évoquent l’antagonisme, la division, les contrastes…
L’iconographie, dominée par le poids des symboles, était à destination d’une Population qui ne savait pas lire.

La Littérature
La Féodalité s’installe à la fin de l’Empire Carolingien, la caste des nobles et des chevaliers fait naître une nouvelle littérature : la Littérature Courtoise dont le thème central est la conquête de la Dame, dont ‘Le Roman de la Rose’ est l’un des écrits de référence ; ou ‘La Chanson de Roland’, Chanson de Geste, un récit chanté qui débute devant un verger de la Ville de Cordoue où les Chevaliers jouent aux échecs. Les pièces de l’Echiquier renvoient aux personnages de la Littérature Courtoise, une Littérature qui contribue à une nouvelle Esthétique des Mœurs, des Arts et des Jardins dont quelques symboles littéraires sont repris par le Clergé.
Gloriettes, Voûtes, ‘Ciel de Lit’, un nouveau décor végétal compose le terrain des Amours de la Jeunesse. Le Jardin est un espace culturel clos, avec une seule entrée… «Un arbre (un saule pleureur) dont les branches s’étalent souplement au sol sert de lit aux amants a fait un lit pour la journée, là ils (Jean et Fenice) se livrent à la joie et au plaisir…»

Relations Royales avec la Nature
Les rois siègent devant un Arbre, symbole du pouvoir royal ou du souverain lui-même.
Le Ciel est le lieu de l’expression royale symbolisée par un grand manteau bleu constellé de fleurs de Lys en place des étoiles et est semblable au Manteau de la Vierge.
Le Pays qui s’étend sous la voûte formée par le grand manteau d’azur représente le monde terrestre, un jardin de Lys, autre symbolique du pouvoir royal de droit divin, un redoublement de symboles...
Les déplacements fréquents d’un château à l’autre nécessitait de pouvoir bivouaquer dans des tentes démontables et transportables et c’est dans les Vergers situés au pied des remparts que campent les armées. Les Vergers servent aussi de lieu de réunion pour les délibérations des stratèges, peut-être une coutume importée du roi sarrasin Marsile qui tenait conseil dans un Jardin.
Charlemagne édite les capitulaires, dont celui dit «de villis» qui réglementent l’exploitation et l’administration des domaines du souverain. Dans les capitules 43, 62 et 70 sont énumérées les 94 plantes qui doivent être cultivées, 73 herbes, 3 plantes textiles, 2 tinctoriales et 16 fruitiers.
Le Jardin est composé d’espaces thématiques ordonnés en damier et est divisé en trois parties : Le Jardin des Simples ‘Herbularius’: médicinales, aromatiques et condimentaires. Le Potager ‘Hortus’ se compose de légumes graines, de légumes racines, de bulbes alimentaires appelées potherbes ou herbes en pot. Le Verger ‘Viridarium’ ou ‘Pomarium’ de fonction double, il est à la fois un verger et un cimetière pour les moines et quelquefois un Jardin d’agrément. L’Hortus est le plus grand, mais l’ordonnance est la même, en parterre réguliers appelés planches ou plessis, de forme carrée ou rectangulaires, elles sont surélevées et délimitées.
Chaque planche est bordée de dalles pour faciliter le passage, le drainage et l’irrigation.
La largeur moyenne est celle d’un bras.
Les Symboliques des fleurs : crocus-charité, violette-humilité, cinnamome-patience…sont liées aux représentations de la Vierge Marie dans les Jardins.
Le Traité du «Jardin des Nobles» de Pierre des Gros, dont la quatrième partie décrit l’agencement du Jardin Royal.
Légumes : poireaux, choux, l’arroche (épinard), courges pèlerines, rave, cardes, artichauts, fraises des bois, petits pois (pitance), fèves (pulmatone) sont la base de l’alimentation et sont cultivées dans les champs. Les fèves sont considérées comme impures, elles sont lavées trois fois.
Fruits : Pêches, Cerises, Pommes, Poires, Nèfles, Châtaignes, Noisettes, Noyers…
Arbres : La poésie chevaleresque cite : Pins, Lauriers, Oliviers, Cyprès, Sycomores (arbres nobles), le Hêtre et le Pommier (arbres pastoraux)
L’iconographie montre quelques exemples d’arbres greffés ou taillés, parfois aux troncs torsadés.
La vie festive en plein air à la belle saison est agrémentée de tentes, de huttes de roseau, de treilles, de treillages, tout un mobilier utile pour la célébration de joyeuses fêtes calquées sur les Bacchanales ou Neptunales de l’Antiquité, des Tabernacles, à l’origine une coutume juive en célébration de la fin de l’Exode, des Rites Agraires ou des Mythes de résurrection végétale…
La société du Moyen Âge se réunissait dans les Jardins pour bivaquer, festoyer ou abriter les amours…





JARDINS DES TROIS RENAISSANCES

Cours de Gérard Desnoyers



Introduction

Le rapport de l’homme au monde est en continuelle évolution, parfois en liaison avec les concepts des siècles passés comme les Jardins de la Péninsule Italienne pendants les différentes périodes de la Renaissance Italiennes ou les divers ‘Revivals’.

Au XIVe, les régions de la Campanie, aux environs de Naples et de la Toscane, s’inspirent du Jardin Sicilien «qui renoue le dialogue avec la Nature jusqu'à la rupture du XVIIème où s’exalte l’artifice»


La Sicile Médiévale, s’organise selon le style Arabo-Sicule des IXe-Xèmes siècles, devient «le creuset de la rencontre des cultures Arabe, Perse et Grecque».


Les Jardins Siciliens offrent une campagne cultivée en Jardins, avec des vergers d’orangers, d’oliviers, de grenadiers, d’amandiers, d’abricotiers et de pêchers, associés à la culture de la canne à Sucre, du coton, du dattier ou du bananier.
La Villa du Roi Roger, située dans la campagne occidentale de Palerme, est un exemple de «paradès du savoir». Le Jardin est composé de cours, de portiques, de pavillons sur une île, de Jardins entourés de fruitiers, d’agrumes toujours verts et ornés de canaux d’irrigation,de cascades, de jeux d’eau, de lumière, d’oiseaux, de pergolas, de fleurs…
Les Bassins sont plantés d’arbres aux feuillages d’argent et d’or, en harmonie avec les reflets de lumière dans les jets d’eau. Le beau paysage «bel paesaggio».

La Ligne du Temps
La Renaissance Italienne se caractérise par sa division en trois périodes distinctes :
La Première Renaissance du XVe jusqu’en 1490, La Haute Renaissance de la fin du XVe et début du XVIe et La Renaissance Tardive jusqu’à la fin du XVIIe.

La Première Renaissance

«L’héritage du Moyen Âge qui place l’Homme dans un monde fini et clos se combine avec la découverte des grandes œuvres de la Culture Antique» pour donner naissance aux écrits de Francesco Petrarca, de Giovanni Boccaccino, de Cotuccio Salutati, de Leonardo Bruni, de Le Pogge… dont la synthèse crée un nouveau style, le Jardin Formel et le ‘Bosco Sacro’, le bois sacré. Les bois de forêt ‘Selvatico’ sont placés au Nord. (Lire un des recueils de Folgore di San Gimignano, auteur du XIVème où il décrit la Ville et ses Villas suburbaines.)

Description d’un Jardin dans la troisième journée du Decameron de Boccaccio (1313-1375) : «Allées couvertes de pergolas de vignes, de roses et de jasmins, un pré fleuri avec en son centre une fontaine jaillissante, des haies d’Orangers et de Cédrats portant fleurs et fruits».
En 1414, Le Pogge publie le Traité de Vitruve ‘De architectura’, un exposé des méthodes de construction en regard avec le choix du Site. En architecture, la création d’un nouvel espace se fonde sur la Perspective, la Géométrie, l’HarmonieMathématique et l’Optique.
De même, un mouvement intellectuel, dédié à Platon, vers 1460, voit la création par Cosme de Médicis d’une Académie Néoplatonicienne réunissant des Lettrés tels que Marsile Ficin, Ange Politien, Pic de la Mirandole, Laurent de Médicis… «Pour ces auteurs, la nature parle à l’homme, et elle est peuplée de divinités»
Au niveau social, les classes de la Bourgeoisie citadine souhaitent sortir des villes polluées en édifiant les ‘Villas Suburbaines’ aux abords de la Ville avec le soin de suivre le précepte de ‘l’otium’ et du ‘negotium’, de joindre l’agréable à l’utile. La villa doit également offrir une villégiature propice aux pensées philosophiques…
Le concept accorde une importance centrale aux espaces de transitions comme ‘la Loggia’ qui est un espace intermédiaire entre le dedans et le dehors, puis la Terrasse en liaison avec le Jardin. La Terrasse est un intermède entre l’Architecture et la Nature et offre une ‘vue suspendue’ sur les terres cultivées, vers un paysage de ‘cultures ordonnées’.
En 1464, la nouvelle architecture propose des Palais Jardins dont au centre des jardins labyrinthes, dans une recherche de construction «architectonique».
Dans leurs Traités les Savants proposent de «ridurre il luogo a figure geometriche», des Tracés Paysagers où dominent les formes du carré, du cercle, du demi-cercle, du triangle.
Une conquête de l’espace’ en utilisant le végétal taillé dans des formes géométriques pour une mise en valeur du relief des différentes associations afin de permettre une continuité souple de formes entre le minéral et le végétal, une combinaison présente tout au long des abords des Terrasses, des Jardins placés entre Ciel et Terre…
Les demeures s’ouvrent sur le monde et la nature et proposent une unification du 'naturel’ avec le ‘construit par la main de l’homme’.
L’œuvre paysagère s’inspire des représentations picturales d’une campagne irréelle considérée comme étant la beauté ultime de la nature, une parfaite adéquation avec l’esthétique des fresques des « Rois Mages» peinte en 1459 par Benozzo Gozzoli ou celle « Bon Gouvernement» de Lorenzetti ou les œuvres d’Angelico.
Comme pour l’Homme du Moyen Âge, le Jardin reflète l’Ordre de l’Univers, il est organisé selon une grille orthogonale, un plan carré dans lequel s’inscrit une croix formée par les allées et en son centre un Puits.
Ensuite une deuxième répartition spatiale fait apparaître le monde des ‘Quatre Éléments’, un univers sensible et désordonné, «un lieu de métamorphoses perpétuelles».
Ces deux répartitions communiquent avec leurs espaces de transitions géographiques, esthétiques et mentales. «Tout l’art de ces jardins consiste en la capacité de l’homme à recréer des éléments de même facture que l’ordonnance divine».

La Haute Renaissance
En 1498 les troupes françaises de Charles VIII envahissent la Péninsule Italienne puis Charles-Quint met Rome à sac en 1527.
De 1490 à 1530 La Haute Renaissance s’éloigne du Moyen Âge pour créer des nouveaux espaces paysagers dont le point de départ se manifeste dans la prédominance d’un axe central, la symétrie ou les effets de perspective pour fournir le cadre «d’une rencontre idéale des hommes et des dieux»… Pour cela, l’espace dédié au Jardin se transforme en un spectacle d’images d’allégories symboliques. Les Jardins deviennent le décor d’une expression statuaire dans une mise en scène de tableaux de groupe dont les protagonistes racontent leurs aventures muettes mais connues de tous, donnant ainsi l’illusion d’ un dialogue permanent entre le profane et le sacré par l’implication sensuelle et intellectuelle des visiteurs.
Cette évolution est progressive, elle débute vers 1505 avec la création de la Cour du Belvédère au Vatican sur un Site pentu de 300 m de long sur 150 m de large. Bramante est chargé de l’édification d’un nouvel espace pour les fêtes pontificales où se jouent des spectacles de Naumachie ou de Théâtre et pour cela il s’inspire de la ‘Villa d’Hadrien’, du ‘Domus Aurea’ de Néron et d’un Temple ‘la Fortune de Préneste’, avec son jeu de Terrasses et d’Escaliers.
Dans le même concept se construit la ‘Villa Madama’ vers 1520, une commande du Cardinal Giulio de Médicis qui meurt avant l’achèvement de son édifice conçu par Raphaël et ses Collaborateurs.
Ces deux principales créations participent à cette nouvelle approche du paysage qui fait exister l’architecture et la nature par un lien religieux, politique et social où les Puissants entretiennent une Cour sous leur domination, un enfermement sélectif au détriment des activités de la Cité…
Les papes, entre 1503 et 1521, s’entourent d’artistes comme les grands seigneurs…
Parallèlement les écrits marquent une étape décisive dans la scénographie des Jardins qui se réfère aux illustrations et concepts intellectuels contenus dans «Le Songe de Poliphile» de Francesco Colonna édité en 1499, ou les écrits d’Arioste, d’Érasme, de Machiavel…
«Le Songe de Poliphile» ou ‘l’Hypnerotomachia’ raconte les amours du pèlerin Poliphile et de la nymphe Polia, la sagesse. Le récit est une quête initiatique qui se déroule au coeur d’un monde occulte et offre des descriptions détaillées sur toutes les connaissances acquises par les érudits de la botanique, de la philosophique, de l’architecture, des mathématiques, de l’astrologie, des beaux-arts, de la littérature, de la mythologie, accompagnées de nombreuses gravures de scènes en plein air.
Il faut également souligner l’hermétisme de Ficin, héritier de la pensée antique et médiévale du ’magico-astrologie’ dont l’aspiration est de rassembler ce qui est séparé dans une pacification totale dans un ’Un-Tout’ où «chaque objet de ce monde est rempli de sympathies occultes qui le relient au Tout», ce qui implique de connaître les chaînes de correspondance ; et de savoir construire par le visuel une pensée ésotérique…
Sur le plan artistique Léonard de Vinci, Raphaël, Durer et plus tard Michel-Ange affirment une nouvelle École de la Peinture.

La Renaissance Tardive
La symbolique des Lieux traduit parfois le sentiment de la ‘terribilata’, le tremblement qui vient de la rencontre des hommes avec le sacré ou la révélation des puissances obscures dans des lieux où les connaissances nouvelles et trompeuses se fondent sur l’analogie… Le ‘locus amoenus’ est un modèle artificiel hors du temps… où les Nymphes sont l’allégorie des sens. «L’évolution des goûts se focalise sur un cortège de représentations astrologiques et de pratiques alchimistes sur un fond d’animisme ‘pan naturaliste’ et mystique dont la première des conséquences est l’éloignement de la Nature au profit de l’artifice ‘solve et coagula’». Un nouvel art qui n’essaie plus d’imiter la nature mais de se substituer à elle grâce au travail de l’alchimiste qui franchit toutes les étapes de la création par son savoir dans une « lumière spirituelle éblouissante à force d’artifices».
«Ce savoir secret fait l’objet d’une initiation entre philosophie et mysticisme et c’est dans ce contexte que les commanditaires et les artistes se comprennent».
La combinaison des statues raconte des histoires, dont celle de Venus est un thème majeur.
L’omniprésence de l’Eau devient l’élément essentiel de l’œuvre d’art comme en témoignent les aménagements de la ‘Villa d’Este’ avec sa belle Vénus assoupie et les toutes nouvelles constructions de l’époque, aux alentours de 1568.
La surcharge des ornements, la fusion du végétal avec l’animal et l’humain créent des figures dites ‘grotesques’ et définit le ‘style maniériste’.
L’eau comme la lumière sont des matières insaisissables, leur dialogue créé une beauté surnaturelle.
Les automates s’animent sous l’action de l’air et de l’eau, les grottes font appel à la ‘spugma’, une concrétion calcaire comme une eau pétrifiée provenant de la dissolution des sels qui en se coagulant inventent des nouvelles formes. Cette forme d’art rejoint le concept de «non finito» de Michel Angelo. «La fonction d’un Jardin de la Renaissance Tardive est de provoquer l’étonnement, l’émerveillement, l’enchantement dans le but de suggérer une relation inédite avec la Nature».
L’art imite la nature et la nature imite l’art pour produire une nature autre, un trompe l’œil où nature et artifice seraient si étroitement mêlés qu’on ne pourrait plus distinguer la main de l’homme d’avec celle de la Nature, une définition de la ‘Troisième Nature’.
La Renaissance apporte un questionnement qui pourrait s’ouvrir sur une nouvelle métaphysique, où l’Art prétend dominer et s’associer à la Nature et réciproquement…

Les Échappés
Des jets d’eau farceurs se déclenchent aux passages des promeneurs.
Une voûte d’eau crée des effets de lumière comme l‘arc-en-ciel.
Un orgue hydraulique conçu par le Français Claude Venard à la Villa d’Este.
L’encadrement des promenades par des bruitages d’eau.
L’événement sonore devient un nouvel élément dans l’Art de la Composition des Jardins.





JARDINS CLASSIQUES

Cours de Janine Christiany



Introduction

Pendant l’époque de la Renaissance, la Société Française effectue des déplacements réguliers dans les États Italiens en raisons des guerres, des villégiatures, des voyages politiques, botaniques, artistiques ou scientifiques dont l’impact a contribué à de nombreux échanges entre les deux Cultures. Progressivement grâce aux Traités, aux progrès scientifiques et à l’émergence d’une nouvelle classe sociale : des modifications apparaissent au Jardin…


Les contacts de la France avec la Péninsule Italienne se concluent également par des mariages royaux : Henri II et Catherine de Médicis puis Henri IV et Marie de Médicis... Dès lors l’Esthétique Française se partage entre les Reines de France et les Maîtresses Royales…



LE SITE
Le début du XVIème garde l’aspect défensif des châteaux : Gaillon, Blois, Ambroise sont d’anciens lieux fortifiés qui surplombent les vallées.
Dans ces demeures, le Jardin s’agrandit et se rapproche de l’habitat, le Jardin d’amour s’ouvre sur la campagne, le mur d’enceinte se perce d’ouvertures puis se fait remplacer par un garde-corps qui se compose d’un mur d’appui pour admirer la vue, et peu à peu on exploite les pentes et les terrasses…
Mais en France, contrairement aux Etats Italiens qui privilégient systématiquement les Sites en altitude, le nouveau bâti se construit ou se transforme dans les plaines, les creux des vallées, les collines en pente douce.

LA LIGNE DU TEMPS
On distingue deux périodes au XVIe, la première moitié, bien que la tradition du jardin clos reste encor vivace, il y a un désir de s’ouvrir sur le paysage depuis le Jardin et la deuxième moitié voit s’affirmer le Style Classique Baroque où un axe central relie la demeure aux alentours.
Les avancées dans la Connaissance Hydraulique permet une esthétique entièrement dirigée vers les possibilités artistiques de l’Eau et cela malgré d’immenses difficultés géographiques et techniques. Les douves se transforment en canaux et deviennent propices à des jeux, à des tours en barque…
On assiste à la création de pièces d’eau : étangs, viviers, bassins…
À Chenonceau apparaît le premier jet d’eau, et l’Histoire retient le nom d’un Ingénieur Hydraulique Fra Giocondo puis Versailles se fera connaître dans le monde entier pour la féerie de ses Eaux…

TECHNIQUES DES JARDINS
Si à l‘origine les Bordures de Buis permettaient une mise à l’écart de la volaille du Potager, leur évolution est spectaculaire : on passe des formes géométriques héritées des débuts de la Renaissance Italienne à une complexité de dessins en ‘Broderies’ dont la mise en valeur par les couleurs des briques pilées ou d’ardoises relègue les plantes au fin fond des Jardins.
Le motif des Broderies s’inspire des tapis orientaux jusqu’au XVIIIe.
L’outillage en fer, l’utilisation de la charrue et les techniques de drainage vont offrir de nouvelles perspectives aux Jardiniers et un nouveau métier apparaît : Dessinateur de Jardins et Jardiniers de Formation Étendue… Des familles entières et certaines sur plusieurs générations se spécialisent dans le domaine de l’Architecture et des Jardins.
L’évolution Française du Moyen Âge jusqu’au début du XVI ème siècle se fait lentement, avec la disparition de l’association Jardin d’agrément et d’utilité.

Châteaux en France
Charles VIII de retour de Naples, charge Pacello di Mercogliano de la composition de Blois. (On note la présence d’une pompe activée par des chevaux.)
De 1502 à 1510, le château médiéval de Gaillon possède un Jardin Secret, une retraite dans un environnement campagnard, un étang artificiel, une volière de faisans, une chapelle, un jardin clos et plus tardivement un pavillon sur l’eau et des jardins maréchaux.
Fontainebleau est en terrain marécageux propice à présence d’un étang et d’un vivier, on construit un canal de drainage où l’on se baigne... et chaque parterre est drainé ainsi que le terrain de sports…
Au château d’Anet, le terrain est plat, il est situé en fond de vallée et il est drainé ; il se trace un axe, un pavillon des bains, une piscine, un ‘cryptoportique’, galerie souterraine et l’idée d’un jardin de grande composition.
À Montceau-les-Meaux où Catherine de Médicis assure la Régence, le grand axe se prolonge comme plus tard à Vaux puis à Versailles et les escaliers sont dissimulés dans des Pavillons.
Un des plans de composition du Classique Baroque se caractérise par l’ordonnance successive des éléments : Cour d’arrivée, Cour du Château, Château, Jardins de Parterres avec en fond lointain une fontaine circulaire et une promenade en bateau…
À Verneuil en 1565, l’influence Italienne se révèle fortement dans les jeux de terrasses,des parterres de broderies, des parterres flottants entourés d’îles, de buis taillés, de treillages, d’un potager et d’un verger. L’épouse de Philippe de Bainvilliers, le propriétaire du domaine, est la fille d’Hippolyte d’Este.
St Germain 1593-1599, un ancien Site Royal modifié par les rois successifs…Henri II fait construire un Pavillon qui domine la Vallée de la Seine, Bernard Palissy orne les murs de la Cour de Faïences puis Marie de Médicis va apporter d’autres changements… Le terrain présente les mêmes dénivelés que la Villa d’Este, le jardin est fermé sur ses côtés,mais s’ouvre sur la Seine.
Chantilly, Propriété du Maréchal de Condé, un promontoire rocheux se transforme en une Maison de Plaisance par Le Nôtre et Le Vau ; et c’est à Chantilly que Le Nôtre construit son équipe avec Jean Baptiste La Quintynie, les Architectes Vauban et Gittard, l’Hydraulicien Jacques de Manse, les Jardiniers Antoine Forest et Le Gendre, le Sculpteur Jean Hardy… Leur Oeuvre réside dans la création d’un axe central, le creusement d’un Canal pour l’arrosage des Jardins, de Jets d’Eau et le Pavillon de Manse… Marie-Antoinette visite le Hameau, et par la suite, elle créera celui de Versailles en introduisant des parties sauvages, une plate-forme pour la vue sur les anciennes douves, les terrasses du Connétable et des Maisons Troglodytes.
Au Parc de Sceaux, le Château de Colbert est de facture plus simple, les cascades sont appuyées sur les courbes de niveaux, un Bassin Octogonal est desservi par un bras du canal.
Le Nôtre travaille à l’échelle, il crée des trompes œil, la vision d’un même lieu sous des angles différents, une composition morphologique, géologique, optique, en se référant aux règles de la perspective, à une forme épurée des lignes de composition… Un nouvel Art des Jardins se dessine par un allongement de l’axe majeur et de son ouverture vers la campagne environnante, la maîtrise des espaces, le drainage, le pompage, la profusion de jets d’eau, de fontaines, d’automates, de grottes, de parterres de proximité aux dessins de plus en plus complexes et l’abandon de la végétation plantée au profit de la brique pillée.
Cette Mode Française se perpétue jusqu’à la première moitié du XVIIIe.

Les Traités
Les Traités entérinent un style, d’où un certain décalage chronologique, ils proposent également un inventaire des achats et de bibliothèque à la destination des propriétaires.
Les Traités les plus connus sont ceux de Jacques Boyceau de la Barauderie «Traité de Jardinage selon les raisons de la Nature et de l’Art », d’Antoine Joseph Dézallier d’Argenville «Histoire naturelle éclairée dans deux de ses parties principales», d’André Mollet «La Théorie et la Pratique du Jardinage» et «Le Jardin de Plaisir», de Claude Mollet «Théâtre des plans et jardinage», de Jean-Baptiste de La Quintinie «Instructions pour les Jardins Fruitiers et Potagers»

L’Évolution vers le Style «Classique Français» du XVIIème
Si l’esthétique Italienne marque les conceptions de l‘Art en France, les Créateurs Français s’en éloigneront par touches successives jusqu’à la confirmation de leur propre style. Cette évolution suit les conflits politiques qui secouent la France et devient plus lisible par l’intégration à l’intérieur du Parc de la campagne environnante ; d’une unité des lois de la perspective liée à la rigueur géométrique transcrite dans l‘ordonnance des Jardins de proximité ainsi que par le gain d’une certaine sobriété en comparaison avec la Renaissance Tardive …
En 1644, les peintures perspectives d’Abraham Bosse peintes sur des supports des espaces clos offrent selon l’axe des ouvertures à la vue.

Chronologie des Évolutions
Marie de Médicis se fait construire le Palais du Luxembourg par Boyceau de la Barauderie en 1612. Le Palais se dessine avec un axe Nord-Sud de 340 mètres de long et des axes transversaux de 800 mètres et face au Palais, un grand Parterre aux Broderies soigneusement taillées. Au centre et en contre bas, un Bassin Circulaire, un hémicycle de terrasses et des Buffets d’Eau ainsi qu’une grande perspective sur une forêt d’arbres.
En 1621 Richelieu achète son château familial, mais en 1622 il entre au service du Roi Louis XIII… La Ville et le Château de Richelieu bénéficient des dernières découvertes et un seul nom désigne la Ville et le Château, œuvre de l’Architecte de Louis XIII, Jacques Lemercier.
Les façades des immeubles sont linéaires et identiques, elles s’ouvrent sur les douves, les places sont de même dimension, les rues sont larges de 12m et comprennent 4 rues secondaires parallèles à la grande rue. Le château occupe la position centrale dans la ville et en détermine toute sa composition. L’axe Est-Ouest se poursuit vers les bois et l’axe Sud-Ouest passe devant l‘entrée du château et traverse toute la ville, avec leur point d’intersection en œillade.
Le cours d’eau est sauvage en arrivant sur les Jardins où il est discipliné puis repart sauvage…
La rivière structure les Parterres et unifie le Château avec la Ville.
Le grand tournant de l’Histoire Classique Française se concrétise dans les travaux d’agrandissement de Vaux-le-Vicomte par l’équipe Le Nôtre, Le Vau et Le Brun.
Les tours de passe-passe de le Nôtre font disparaître les courbes de niveaux au moyen jeux de dénivelés pour donner l’impression d’une unité topographique. Alors la grille se superpose à la façade du château jusqu’au clocheton, le château se place sur une plateforme, des balustrades sont construites au dessus des douves et les font disparaître, une vue transversale traverse le centre du bâti en révélant un fond paysager naturel dans le lointain, l’axe central donne un effet d’horizontalité et les soubassements sont cachés par des fleurs hautes ou des grilles d’eau en légère pente, les jeux d’illusions optiques, les promenades réservant des surprises, les boulingrins, les glacis incurvés, les terrasses intermédiaires, le transit de l’eau de bassins en bassins, le canal parallèle au château traverse le Parc en largeur et retarde ainsi la vue sur l’arrière-plan, le miroir d’eau fait se refléter le château situé à 300 mètres, les raccourcis de la perspective, les bassins pour paraître ronds sont légèrement déformés aux contours selon un dessin oblong, l’anamorphose est souvent utilisée….
Cette organisation spatiale donne les bases d’une Nouvelle Architecture des Jardins dont la fonction est d’offrir un plateau pour des activités festives.

Le Siècle de Louis XIV
Le XVIIe célèbre la splendeur du pouvoir royal et introduit une nouvelle conception des espaces.
En 1661, Louis XIV a 23 ans, et malgré sa jeunesse, il multiplie les décisions politiques. Il choisit ses collaborateurs parmi la bourgeoisie et non plus parmi la noblesse.
Richelieu ordonne la destruction des forteresses des seigneurs dans le dessin d’en maîtriser les ambitions guerrières… Louis XIV s’entoure de leur présence, il les attitre autour de lui à Versailles et transforme les grand seigneurs en courtisans pour s’assurer de leur fidélité.
Au niveau scientifique, le télescope, le microscope, le thermomètre, les pompes à huile,les balances, les instruments de navigation font éclore une profusion de Traités Scientifiques et Techniques et grâce aux avancées des Scientifiques comme Galilée, rotation de la Terre - Copernic, la terre tourne autour du Soleil - Descartes, le monde est indéfini - Des Hayes, la perspective projective, l’abstraction mathématique, le point à l’infini, une considération de l’œil du spectateur, une vision de l’espace sous forme d’un tableau, on construit un espace à partir d’un point de vue… cet ensemble de nouveautés accompagne une mutation de la Société qui marque le début d’une civilisation en marche vers le progrès.
Colbert fait la synthèse de ce nouveau savoir aux côtés de Louis XIV et propose le regroupement des 30 Académiciens ; les Académiciens se réunissent deux fois par semaine pour débattrent ensemble des nouvelles connaissances...
Les progrès scientifiques, les expéditions maritimes au Nouveau Monde ainsi que l’émergence des nouvelles religions Calviniste, Luthérienne et Protestante vont bouleverser La Société Européenne.
Le XVIIe s’intéresse aux Savants, les dogmes chancellent malgré les persécutions de l’Eglise envers le Savoir et les tensions qui persistent au-delà de la première moitié du XVIIe…

À l’origine un Pavillon de Chasse du Roi Louis XIII ; où enfant, Louis XIV accompagnait son Père… Peu à peu Louis XIV le transforme en un lieu de détente et de fêtes en célébration des femmes aimées, de réceptions officielles ou diplomatiques…
Le Domaine de Versailles est situé dans une vallée encadrée de collines au Nord et au Sud, son sol est marécageux et la Nappe Phréatique n’affleure aucun fleuve, aucune rivière, aucune source.
Cette situation ne permet pas d’avoir une alimentation en eau pour répondre aux besoins des créations hydrauliques... «Versailles est le plus triste de tous les lieux, construit en terrain marécageux, avec un maigre ruisseau et un étang».
Sur place un modeste ruisseau et son étang le Clagny dont le niveau est en dessous de la Terrasse du Château, il faudra installer une pompe actionnée par un manège et des moulins à vent pour puiser l’eau de l’étang.
La Butte de Montboron fournit l’eau potable.
Les Besoins en Eau
«Il faut remarquer qu’il y a des fontaines qui jouent toujours quand le Roi est à Versailles et d’autres qui ne jouent que quand Sa Majesté passe aux endroits où elles sont... de sorte qu’étant nécessaire de les ouvrir et fermer à propos»… «Sa Majesté… Elle-Même prenait plaisir à ouvrir et fermer les robinets, sans pouvoir s’exempter d’être un petit peu mouillée. Elle s’approche ensuite des bassins pour considérer les jets qui lui semblaient trop petits… Sa Majesté s’étant divertie… vit l’effet de la pompe et la quantité d’eau qu’elle élevait… Toute l’eau du puits se peut tirer en une demie journée, après quoi il fait attendre que les sources se remplissent…»
À l’apogée du Parc, le débit est de 6 300m3/heure pour les trois heures de spectacle.
Au XVII ème, la tuyauterie était faite en troncs d’arbres forés en aulne, d’une durée de vie de 20 ans ou bien en poterie, en cuivre, en plomb moulé.
Des pertes d’eau causées par les problèmes d’étanchéité des tuyaux, dus aux raccords du bois avec des joints en étoupe ou de terre cuite avec joints de mortier… Sur le site de Versailles, les tuyaux sont en plomb.
Malgré toutes les contraintes et les difficultés pour acheminer l’eau, les nouveaux projets se réalisaient comme en 1670 avec la création du Théâtre d’Eau et la Rénovation du Parterre d’Eau. La Recherche de l’Eau est au centre des préoccupations du roi, et selon Melle de Scudéry «ce n’est pas une affaire pour lui (Louis XIV) de changer les étangs de place».
De nos jours dans un rayon de trente kilomètres autour de Versailles et jusqu’à 100 km, on découvre les vestiges d’un aqueduc, des étangs artificiels, des rigoles avec ses bornes à fleurs de lys, à l’origine l’emblème royal figurait un iris des marais.

Quelques Réalisations Hydrauliques
Sur un Site final de 815 hectares, Versailles devient une Capitale et l’exemple de la démonstration du ‘Savoir-Faire Français’. En 1662 débute le projet de création du Parc et Colbert, contrôleur général des finances et surintendant des bâtiments fait appel aux savants comme l’abbé Picard, La Hire, Riquet, ou Gobert.
Les principales solutions proposent l’élévation de l’eau par pompage, le recueillement des eaux de pluie par le système gravitaire jusqu’aux réservoirs, le détournement des cours d’eau, le recyclage de l’eau du Grand Canal qui retourne à Clagny, la construction d’aqueducs, de moulins à vents, de réservoirs d’eau, d’étangs artificiels, de barrages, de drainages…
On nomme ‘eaux blanches’, les eaux de pluie recueillies par le réseau drainant.
L’ingénieur Denis Jolly, en charge de la Pompe de la Samaritaine, construit pour la ‘Grotte de Rocailles’ la Pompe de la Ménagerie mais il sera démis de ses fonctions pour le délit financier de détournement de 50 000 livres au moyen de fausses factures.
La Tour d’Eau dessinée par Le Vau, aux réservoirs en plomb de Francine, fonctionne avec un manège à chevaux pour quatre pompes à piston.
En 1666, se construit un réservoir de 580m3 sur le toit de la ‘Grotte de Thétis’, un château d’eau pour alimenter les fontaines supérieures dont le Parterre d’Eau de la Terrasse.
Pour la récupération des eaux du ‘Parterre d’Eau’, Francine crée 3 réservoirs de 3400m3 sous le Parterre. Une partie de cette eau est ensuite recyclée en retournant au Réservoir de la Grotte de Thétis. Colbert fait drainer le Nord de Versailles, les communes du Chesnay, de Vaucresson et de la Celle St Cloud.
Pour l’inauguration des Grandes Eaux, 3 Moulins à Vent puisent l’eau de l’Étang de Clagny et remonte par trois paliers successifs, sur l’idée des frères Francine, dans trois réservoirs.
Les réservoirs sont construits d’un mur en maçonnerie dont la fonction est de résister à la pression exercée par l’eau. Pour cela est appliquée, sur le fond et les parois, une couche de glaise préalablement foulée aux pieds pour chasser l’air et assurer ainsi une meilleure étanchéité et enfin un mur intérieur qui prend appui sur le corroi de glaise. Il fallait prendre la précaution d’une vidange progressive sinon il y avait un risque d’effondrement du contre-mur, c’est le principe des digues, un dispositif de l’Hollandais Huygens.
Le Moulin de Launay ainsi que 5 autres moulins à vent sont positionnés le long de la Bièvre pour alimenter le réservoir de Satory en 72 000m3.
L’Abbé Picart se charge du nivellement entre la Bièvre et Versailles.
La Création de l’Étang de Val se fait au moyen d’un barrage du cours de la Bièvre, les eaux de la Bièvre sont puisées dans l’Étang du Val par l’action de 4 moulins à godets de Satory.
Cette organisation est insuffisante pour faire monter l’eau, en raison des problèmes de nivelé.
Alors se construit une dérivation parallèle au cours de la Bièvre.
Une roue de 20 mètres de diamètre est entraînée par la force du courant qui actionne une pompe à pistons pour faire arriver l’eau à la Pièce d’Eau des Suisses puis remonte en siphon jusqu’aux réservoirs de Glaise.
En 1679 Colbert confie à Gobert la création d’un nouveau réseau, le réseau des étangs inférieurs au Sud de Versailles car l’Abbé Picard, Académicien des Sciences, auteur de la mesure de l’Arc du Méridien et de la Visée Optique qui remplace le Chorobate, était indisponible pour cause d’accident, une jambe cassée en mission pour le relevé d’une nouvelle carte de la France commandée par le Roi.
La difficulté du projet est due à une plaine aride et très sinueuse et d’une longueur de parcours de 20 km, 5 lieues, ainsi que le projet de percement de 5 montagnes par des aqueducs souterrains d’une très faible pente et la volonté «de commencer par la tête».
À la mort de Colbert, Louvois propose la création d’un canal navigable depuis Chartres jusqu’à Versailles avec un systèmes d’écluses...
Il est également question de la construction de l’Aqueduc de Maintenon à trois étages, de la transformation de tous les Bassins du Jardin en lieux de drainage… et le projet de détournement de la Loire sur une proposition de Riquet, auteur du Canal du Midi.
Le choix de la Loire est justifié par le fait qu’elle offre une plus grande pente que la Seine.
Mais son projet échouera faute de mesures exactes car il s’avère que les calculs de l’Abbé Picard indiquent que la côte du niveau de la Loire à l’embranchement de la dérivation prévue est plus basse que la Terrasse du Château et que pour rencontrer une pente convenable pouvant conduire l’eau par un aqueduc, il aurait fallu un point à 200 km de Versailles…
Picard propose alors de drainer tous les plateaux pour rassembler les eaux en bas des collines par un système de canalisations à partir d’un puits.
Grâce à la nouvelle lunette de Gobert d’une précision de 1 cm pour 1 km, il devient possible de faire des relevés topographiques très précis.
Les travaux de drainage des plateaux de Rocquencourt, de Trappes, Saclay et du Bois d’Arcy sont entrepris de 1677 à 1683.
Le Réseau Gravitaire mis en service en 1678 à Trappes, à Bois d’Arcy et au Bois Robert est du fait de Picard qui crée un Réseau d’Étangs recueillant les eaux de ruissellement des plateaux environnants pour les conduire à Versailles par un Aqueduc en perçant la montagne de Satory d’un tunnel d’un kilomètre et demi de long sur 30 mètres de profondeur.
À leur arrivée dans Versailles les eaux sont décantées dans un Bassin rectangulaire, du gravier déposé au fond servant de filtre.
Ce nouvel apport réussit et rend inutiles les pompes de Clagny.
De 1683 à 1686 se construit l’Aqueduc de Buc de 45 mètres de hauteur sur 500 mètres de long, il traverse la vallée de la Bièvre pour alimenter les réservoirs de la ville.
Les eaux des Étangs Inférieurs étaient stockées dans deux réservoirs de 46 000m3 et alimentaient les Fontaines situées en contrebas du Parterre d’Eau.
Les ennuis de construction provoquent un bourbier causé par les fuites dues à l’éclatement de joints ne pouvant résister à une pression de 4 bars en fond de vallée dans les deux canalisations de fonte de 20 cm de diamètre raccordées au siphon.
L’eau des Étangs de Saclay pose des problèmes aux riverains «par le fait de la chaleur, les eaux se retirent et laissent le limon produit par la décomposition de substances végétales et animales, il s’exhale de ces terrains des miasmes… chaque année, vers le mois d’août ou septembre, tous les villages, et surtout Saclay, voient des épidémies de fièvre typhoïde»
Pour cette raison furent asséchés deux des trois étangs, Bois d’Arcy et Bois-Robert.

Le Nôtre
Le Nôtre fait son apprentissage dans l’Atelier de Simon Vouet premier peintre de Louis XIII où il rencontre Charles Le Brun et le sculpteur Louis Larembert.
En 1635 il est Premier Jardinier au Luxembourg, au service de Monsieur, frère du roi, là il rencontre François Mansart en 1637.
Puis il obtient la survivance de l’office de son père et travaille pendant 30 ans aux Tuileries sous la direction de Claude Mollet.
Le Nôtre se fait remarquer, suite à ses travaux à l’Orangerie de Fontainebleau, par le Surintendant des Finances Nicolas Fouquet qui l‘engage pour la création de Vaux-le-Vicomte.
De 1556 à 1661 il travaille en collaboration avec Le Brun et Louis Le Vau, puis il est au service du roi Louis XIV pour le chantier de Versailles, de Trianon, de Marly, de St Germain, et de Clagny pour Mme de Montespan... Il travaille également à Meudon pour Louvois, à St Cloud pour Monsieur, duc d’Orléans, à Sceaux pour Colbert, à Chantilly pour le Grand Condé…
En 1679, Le Nôtre visite l’Italie grâce à une mission royale, il a la charge d’examiner la statue équestre de Le Bernin et de sélectionner des Oeuvres d’Art destinées à être copiées par les pensionnaires de l’Académie de France à Rome, tableaux qui viendront orner les demeures royales.
Le Nôtre rencontre le Pape Innocent XI et, à cette occasion, il reçoit des commandes du pape et des grands seigneurs italiens…
En 1675, le Roi anoblit Le Notre et en 1693 il est fait Chevalier de l’Ordre Royal de St Michel.
Le Nôtre prend sa retraite peu de temps après…

Marly
Marly, un lieu ludique, est le domaine royal réservé à la famille, aux intimes, aux favoris qui venaient sur invitations.
Les invités sont logés sur place dans des petits pavillons de forme géométrique avec à leur pied des terrasses descendant jusqu’au Canal, pavillons au nombre de douze et représentent les signes du zodiaque et la résidence royale se trouvait en position centrale dominante.
En 1675, un nouveau projet décide de faire monter les eaux de la Seine sur les hauteurs de Rocquencourt à 162 mètres au moyen d’une machinerie.
Arnold de Ville et Rennequin Sualem construisent la Machine de Marly terminé en 1695.
La Machine de Marly est composée de 14 roues de 12 mètres de diamètre et de 22 pompes. Elle monte l’eau par paliers jusqu’au sommet de l’aqueduc de Louveciennes qui conduit les eaux dans les réservoirs de Louveciennes et de Marly.
Marly sert de Model à de nombreux Jardins en Europe, mais sera délaissé à la mort du Roi.
Louis XV, un arrière petit fils de Louis XIV, a 5 ans lors de la mort du Roi Soleil.
Adulte il s’installe à Trianon et s’intéresse à la Botanique, il crée les Serres et le Ferme Modèle…



Techniques et Savoir Faire dans les Jardins Classiques



Cours de Frédéric Sichet



Le Fil du Temps

Jusqu’à la première moitié du XVIIe, l’Historique du sujet n’est pas fixé, puis une sériede Traités se proposent à l’étude dont «La Science des Eaux …» en 1654 et «L’art des Fontaines…» en 1665 de Jean François (Le Père), «Règles pour les Jets d’Eaux…» en 1693 et «Traité du Mouvement des Eaux et des autres corps fluides» en 1700 de l‘Abbé Mariotte,


«Traité d’Hydraulique convenable aux jardins» en 1709 d’Antoine Joseph Desallier d’Argenville, «Architecture Hydraulique, ou l’Art de conduire, d’élever et de ménager les Eaux …» en 1782-1790 de Bernard Forest de Belidor.

Également certains passages sur l’Hydraulique d’Olivier de Serres «Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs» en 1600-1605 et ceux de Jacques Boyceau de la Barauderie, au chapitre «L’Esthétique, Techniques de l’Acheminement de l’Eau» en 1638.


Au XVIIe, chaque ville a ses ‘Plombiers’ et au XVIIIe se met en place une synthèse des connaissances par l’Académie des Sciences.

Des Techniques Hydrauliques
L’Académie, crée en 1666, se réunit régulièrement dans la Bibliothèque du Roi, rue Vivienne. Certains de ses membres vont s’intéresser à l’Hydraulique comme Edme Mariotte dont l’œuvre se porte sur le mouvement des Eaux, la quantité consommée par un jet d’eau, les distances, le mètre cube, les pompes, le nivellement… ces divers travaux sont discutés au fil des réunions. Le savoir mis en place sert de référence jusqu’au Premier Empire puis un grand changement intervient au Second Empire avec la création par Alphand du Parc des Buttes Chaumont, un exemple où l’on n’utilise pas le potentiel du terrain car se crée une pièce d’eau artificielle dans un sol de gypse, une roche très friable et soluble dans l’eau…
Alors la technique industrielle vient au secours de l’aménagement paysager, ‘le lac’ est posé dans une cuvette en béton soutenue par des piliers avec un vide en dessous …
Le béton armé se compose de ciment, d’agrets et d’une armature métallique.
De même une utilisation de la Technique Agronomique s’invite au Jardin d’Agrément dans la présence d’un Réservoir d’eau en tôle de fer à la Villa Rothschild à Nice ou à Courances.
De nos jours, à ‘Champ de Bataille’, l’architecte Jacques Garcia dans sa réalisation d’un‘Buffet d’Eau’, ou du ‘Grand Canal’ pose une bâche en PVC et utilise des Techniques Actuelles…
La Restauration des ‘Ouvres en Péril’ emploie des matériaux contemporains, notamment pour ce qui est caché, comme les canalisations.
En France, quelques exemples négatifs ont ignoré les structures d’origine comme à l’Hôtel de Beauvais de l’Architecte Le Pautre, ou les Trois Fontaines de Versailles dont le matériel archéologique du sous-sol a été détruit pendant le chantier et en a donc faussé les relevés…

De la recherche des Eaux
Différentes Théories sur l‘origine des Eaux sont encore en discussion au milieu du XVIIe.
Le questionnement porte sur l’hypothèse de la provenance de l‘Eau : de la mer, des océans.
L’eau salée passe sous terre se purifie après ‘filtrage’, ou si c’est la boucle ‘nuage-pluie’, si les nuages sont le produit de l’évaporation ou si l’eau résulte de la condensation dans les cavernes ou encore si c’est l’eau de la mer qui rencontrant les abîmes d’un feu central se transforme en vapeur… Plus concrètement, Vauban fait l’expérience du Bassin Versant où l’eau récoltée en m3 est proportionnelle à la surface du Bassin.
L’Eau se rassemble dans une rigole centrale au creux des pentes des versants.
La connaissance des phénomènes naturels permet une meilleure exploitation par captage des eaux des pluies, sous la réserve de rencontrer des conditions favorables selon les strates géologiques, pente et contre-pente, pour produire une Source.

Captage et Repérage des Sources
L’eau se trouve généralement à une profondeur de 150 mètres.
Les moyens à utiliser sont la reconnaissance du terrain, l’observation d’une pente pas trop marquée, une végétation caractéristique des milieux humides…
La méthode des Fontainiers : formation de brouillards d’eau au petit matin, un tournoiement de mouches, tôt matin ou tard le soir, topographie, cirque, bassin versant...
De la question de ‘la baguette divinatoire’ ou le savoir du sourcier, «l’Académie est, à ce sujet divisé en deux clans, elle expérimente»… Dezaillier organise un piège pour un Sourcier en cachant une source, d’autres tentatives se font, mais rien de concluant…
D'autres techniques pour recueillir les eaux se font au moyen des chenaux de 30 cm par 30 cm avec des pierrées et sous pierrés comme à St Cloud.
Le Principe repose sur des murs avec des Barbacanes posées le long de parois construites et au sol, des chenaux ou des pierres retiennent l’eau qui suite des murs.
Pour les rivières et les sources, en l’absence de pompes, on recourt aux rigoles de 60 cm de profondeur qui forment un système de rigoles principales et secondaires de drainage à ciel ouvert avec des ouvrages de franchissement dans les allées en Forêt...
Cet ensemble forme un maillage qui débouche sur une série d’étangs ou de réserves d’eau.
En cas d’obstacles, butte, tertre, les rigoles les contournent.
Cette méthode demande un entretien régulier.
Sur une carte, les rigoles sont dessinées en pointillé et les petits cercles désignent des retenues d’eau ou des étangs.
À St Cloud, au XVIe, la Source de la Reine est abritée par une cabane maçonnée, on y accède par un puits, cette source sort en griffons, en plusieurs endroits.
À Courances, le Jardin en pente a une rivière en contre bas, les tranchées drainantes ont un fond de fossé de 1 mètre 60 de large.
À Réveillon, il n’y a pas de sources, un étang est creusé, les remblais forment une digue qui laisse un passage pour la rigole et un puits pour le mois d’août quand il y a plus d’eau…
La répartition de l’eau se divise en deux : lavoir, viviers et rond d’eau du Parterre.
À Vaux-le-Vicomte, il y a un réseau de rigoles de 3 à 4 km.
Il existe divers autres systèmes de puisage des eaux par collecte ou pompage.

Le Stockage des Eaux
Pour un petit bassin, il faut construire un muret en terre servant d’isolant puis un corroi de glaise en forme de L, ensuite un deuxième muret construit au trois quarts de la hauteur du mur isolant et à son extrémité basse horizontale est posée une planche de chêne, ‘le racineau’ qui repose sur 30 cm d’argile, puis est étalée une bonne épaisseur de gros sable et de cailloux ou de galets et pour conclure l’ouvrage un placage de gazon se pose sur les parties aériennes. Exemple : Canal de Fontainebleau
Pour un Grand Bassin : excaver le volume du bassin dans une pente, en prendre les remblais pour construire la digue. Il faut choisir une pente avec une étanchéité naturelle composée d’argile verte dont l’avantage est de limiter les travaux de terrassement. Exemple à Meudon, où chaque côté de 110 m forme un hexagone.
Pour créer un Étang, il faut faire un barrage pour un Ru, le point d’intersection des rigoles conduit l’eau pour remplir un étang. Exemple : L’Étang de Ville d’Avray, chaussée-parois étanches-étang
Dans le cas de rivières aux berges empierrées il n’est pas nécessaire de prévoir l’étanchéité. Exemple : Canal de Chantilly, allée-gazon-maconnerie :
Les Berges : remplissage de pierres plus mortier, chaux et sable, racineau de chêne pour aligner la maçonnerie, sur un sous-sol 8 m de tourbe.

La Tuyauterie
Autrefois les tuyaux étaient en bois foré, en chêne, orne, aulne, pin, sapin et s’emboîtaient selon le principe mâle femelle et étaient renforcés par des cercles en métal ou deux embouts sont assemblés avec des frets métalliques.
Un ouvrier travaille 2 mètres par jour avec du chêne et 6 mètres avec l’aune.
La durée de vie d’un tuyau en bois enterré est de 20 ans et sous l’eau, la conservation est plus longue.
Pour l’étanchéité, on rajoute du mastic à froid, un mélange de graisse de mouton battue et de brique pillée.
Les Tuyaux de terre cuite ou grès, d’un diamètre de 2 pouces jusqu’à 6 pouces, sont vernissés à l’intérieur.
En 1617, à la Villa d’Este, on note l’utilisation de mastic à chaud.
Recette du mastic à feu pour coller les carreaux de faïence : 1/2 de ciment mâchefer et 1/2 de poix de conifère, mélange à faire bouillir, puis refroidir, cela donne la formation de blocs très durs, puis on les réchauffe et on les pose.
Les tuyaux de plomb sont un sous-produit de l’argent. Pour avoir des ‘feuilles rouleaux’ de plomb, on fait fondre un pain et on l’étale sur une table de 1 m sur 4 m, sur un lit de sable. Une rondelle en cuir encercle les joints.
Plomb laminé, une méthode anglaise : le plomb est fondu dans des moules, ce qui permet d’avoir des tuyaux plus longs, mais qui sont plus fragiles aux reprises des coulures.
À partir du XIXe siècle, les tuyaux en plomb font 1 m 50.
L’astuce pour augmenter la pression consiste à poser du mortier grossier sur la moitié supérieure d’un tuyau en grès.
En 1672, un descendant des Francine, François Francine, crée des jets d’eau de grande hauteur, avec des conduits en grès de 25 pieds de hauteur, environ 8 mètres.
Le plus haut jet de 40 pieds est à St Cloud.

Unités de l’Époque Classique
Un pouce fontainier est la quantité d’eau qui s’écoule d’un orifice circulaire d’un poucede diamètre sous une charge de 7 lignes d’eau pendant une minute.
Pour le calcul du défaut de la hauteur du jet, delta, à cause de la perte en eau, de l’attraction terrestre, des frottements eau air ; Mariotte crée une table des équivalences des hauteurs des réservoirs en corrélation avec les hauteurs des Bassins et des Jets d’Eau.
Plus la conduite d’eau est placée près de la surface de l’eau plus la pression est petite. Consommation en pintes : 14 pintes égale 0, 8 litre.
2ème table de Mariotte. La relation s’établit entre le diamètre de l’ajutage exprimé en lignes, la hauteur du réservoir et le diamètre de la conduite d’eau exprimé en pouces pour donner la quantité d’eau consommée.
L’ajutage est une pièce de fonderie par laquelle le jet d’eau sort.
Exemple : un réservoir de 15 pieds et 10 pouces de diamètre correspond à 27 lignes dediamètre à l‘ajutage, si plus petit l‘eau sort en gros bouillons…
Mesures : Une toise vaut 1 m 96, Une toise vaut 6 pieds. Un pied vaut 32,67 cm.
Un pied vaut 12 pouces. Un pouce vaut 2,72 cm.
Un pouce vaut 12 lignes. Une ligne vaut 2, 27mm.

ARCHIVES
Exemple de travaux entrepris le 26 septembre 1687, pour l’étanchéité d’un canal de 86 toises de long sur 10 toises de large à Fremont pour son altesse Le Chevallier de Lorraine.
Excavation et transport de la terre du canal, tapissage de terre glaise d’une épaisseur minimale de 18 pouces sur toute la superficie du canal suivi de l’approbation d’un expert.
L’entrepreur garanti l’ouvrage sur une durée de 10 ans à partir de la mise en eau.
Les travaux seront livrés le jour de la St Martin de l’hiver suivant.
Le prix du travail est fixé à 3 livres par toise carré sur leur épaisseur, payable par quizaine.
Exemple de devis pour la construction des 5 bassins de fontaine du Parterre de Venus de SAS à St Cloud au côté de Sevrès, 1er aôut 1673.
Le grand bassin central sera fouillé de 9 toises hors œuvre et chacun des autres de 8 de diamètres. Fondations de bon moellon de mortier de chaux et sable de 2 pieds d’épaisseur pour le centrale et de 20 pouces…
De plus à l’extremité du massif, seronts faits des murs de douves à leur périphérie avec du bon moellon piqué assis sur mortier de chaux et sable de 18 pouce de parpaing bien conditionné.
L’ensemble sera rempli de glaise pétrie dont l’intérieur de l’ouvrage pourrait donner une distance de 2,5 pieds des murs des douves extérieures.
Il sera par suite posé une assise de pierre de Meudon et les joints seront fichés et coulés à chaux et à ciment et le Rouet garni si nécessaire de moellon et mortier de chaux et sable pour faire le parpaing du second mur de douve intérieur, rempli de corroi de glaise de même qualité dans l’espace compris entre les deux murs des douves, intérieur et extérieur.
Pour la conservation du corroi, la pierre de taille sera posée sur un lit de sable de 3 à 4 pouce d’épaisseur.
Le pavement de grés des bassins sera fait sur toute son étendue avec du pavé de Fontainebleau ou Lucienne fendu en 3 et en 4 et posé sur le lit de sable avec du mortier de chaux et sable en ayant pris le soin de prévoir les trous pour les conduites d’alimentation et d’évacuation des eaux avec des pentes conformes à l’usage.
Tous ces travaux seront vérifiés par des experts.
L’entrepreneur fournit les matériaux et des pots de graisse, le salaire des ouvriers, livre les ouvrages pour le prix de 13 300 livres payable en fonction de l’avancement des travaux.

… pour la construction des cinq bassins de fontaines dans le Grand Parterre au bas du Pavillon de la maison de Son Altesse Royale à St Cloud du côté de Sèvres et fournir à cet effet tous les matériaux et choses nécessaires, payer prix d’ouvriers…
Travailler incessamment, construire sans discontinuation et rendre le tout fait et parfait bien et dûment dans la fin de la présente année…

Dernier mars 1703 Devis et marché de l‘entretien des fossés du Petit Parc de Versailles et Dépendances avec Jacques Janson
Pour l’entretien de tous les fossés et de toutes les pierrées faityes jusqu’à ce jour dans le Petit Parc de Versailles et dans les faisanderies de Moullineaux, des ruisseaux qui conduisent les eaux de la décharge ont été élargis de 12 pieds jusqu’à la chaussée dud. Villepreux et de tous les fossés de la plaine de Chèvreloup.
L’entrepreneur sera tenu de faucher 2 fois l’année au moins tous les roseaux et autres herbes qui pourront venir tant dedans que sur lesd. Pierrées. De dégorger les grilles par où s’écoulent les eaux des dits fossés et pierrées. De faire curer tant lesdites pierrées lorsqu’elles se trouvent engorgées, que les autres endroits où les eaux sauvages pourront ammener des sables en vase, de sorte que les eaux s’écoulent facilement.

1685, 28 mars «Devis des ouvrages qu’il convient faire pour rechercher et conduire environ 15 pouces d’eau de Source au Palais de St Cloud au réservoir proche le pavillon qui était ci-devant au St Verdier (construction de l’aqueduc de Villle-d’Avray par Samson» .
Premièrement
Il convient de faire 300 toises de tranchées, et d’y poser des tuyaux de gros de 5 pouces de diamètre à raison de 5 livres par toise.
Puis il convient de faire 200 toises d’aqueducs de 5 pieds sous clef et de 2 pieds et demi de large dans l’œuvre.
Les murs et vôutes de 18 pouces d’épaisseur maçonnés avec moellon du banc blanc de St Cloud ou de meulière au choix de l’entrepreneur, avec mortier fait de chaux et sable du pays où il entrera le tiers de chaux et deux tiers de sable, lequel aqueduc commencera à 5 pieds et finira à 15 de profondeur ou environ à raison de 35 livres par toise.
Il convient également de faire 180 toises d’aqueduc de pareille construction qui commenceront à 15 pieds de bas et finiront à 80 de profondeur à raison de 45 livres par toise y compris la fouille.
Plus il convient de mettre des tuyaux de fer de 4 pouces et demi de diamètre depuis l’endroit où ladite eau commencera à être forcée jusqu’à l’endroit ou elle sera rendue de niveau proche du réservoir qui est environ 500 toises de longueur à raison de 16 livres par toise.
Plus il convient faire 100 toises de tranchées et y poser des tuyaux de grès de 5 pouces de diamètre maçonnés à chaux et ciment tant au bout de l’aqueduc que depuis l’endroit où l’eau sera rendue de niveau jusqu’au réservoir à raison de huit livres la toise.
Plus sur ladite longueur il faut 4 regards contenant chacun 2 pieds et demi de large sur un pied et demi de haut à raison de 100 livres pour chacun… fournira tous les matériaux qu’il conviendra et généralement de toutes autres chosees nécessaires pour la perfection qui pourraient avoir été omises audit devis comme aussi de ragréer les ouvertures de tranchées avec la terre provenant desdites fouilles, en sorte que S.A.S n’aie qu’à dédommager les particuliers sur lesdites terres desquels ledit conduit d’eau passera du temps que l’on sera à construire lesdits ouvrages…
Ce présent transport fait moyennement le prix et somme de 35 800 livres

Le Jardinier Fleuriste de Liger, Chapitre VII
Instruction sur les Eaux-jaillissantes, avec la manière de les savoir distribuer dans les jardins :
Et un détail des Pièces d’Eau différentes, qu’on en peut faire pour leur décoration.
On commence d’abord à considérer le lieu où l’on est, à examiner s’il peut y avoir des sources, d’ordinaire à mi-côte ou sur le penchant de quelque montagne.
On peut creuser en sureté là où se trouve le point d’égouottement des eaux souterraines formées par les pluies ou les neiges fondues ; en faisant attention à la nature des terres, en observant les obstacles ou ses divisions en plusieurs bras d’eau.
Dans ce cas, il faut choisir l’endroit le plus élevé pour prendre la source à son origine et de pouvoir fournie des jets élévés.
On creuse plusieurs puisards en prenant garde de ne pas percer la couche de glaise, les puisards communiquent entre eux par des rigoles ou pierrés bâtis de pierres sèches afin de recueillir les eaux du ciel. Après la découverte de l‘eau, on la conduit vers un terrain plat où l’on construit un réservoir qui laisserait une pente suffisante pour les hauteurs de jets, raccordé aux conduites des bassins.
Il est bon de donner une bonne profondeur aux bassins afin qu’ils contiennent de l’eau en suffisance et aide à la pression. Le corroi aura une épaisseur de 18 à 20 pouces au fond et aux bords.
Il faudra construire des bassins à l’air libre pour prendre l’eau d’une rivière, d’un étang, d’un puits, d’un ruisseau ou d’une citerne.
Dans le cas où il est impossible de prendre de l’eau de cette manière on aura alors recours aux machines qui élèvent les eaux.

Comment conduire et distribuer les Eaux dans les Jardins
Les machines pour élever l’eau sont les pompes à bras et à cheval, les moulins, à eau et à vent.
Les pompes à bras fournissent peu d’eau tandis que les moulins en fournissent de façon satisfaisante.
La conduite des eaux se fait usuelement par des tuyaux, soit de grès, de fer, de plomb ou de bois aux joints étanches pour le grès, le fer est plus côuteux et peuvent avoir un diamètre de 2 à 18 pouces et d’une longueur de 3 pieds et demi, muni à chaque extremité d’un joint de fer avec des vis et écrous entre lequels est posé une rondelle de cuir et du mastic à froid ; dans les emplacements difficiles et aux coudes on emploie des rondelles et des croissants de plomb.
Les tuyaux de bois sont affutés à une extremité et à l’autre extremité est appliqués des cercles de fer afin de les emboiter les unes dans les autres puis les jointures sont couvertes avec de la poix.
Ces tuyaux en bois sont utilisés dans les endroits marécageux.
Les tuyaux en plomb sont les plus couteux et s’emploient en tous terrains, les soudures doivent être bien fournies.
En règle générale, les conduites doivent être d’un diamètre quatre fois supérieur à l’adjutage.
Si la conduite d’eau a de 300 à 400 toises de longueur, il est bon d’utiliser des tuyaux de trois grosseurs afin de faire ramifier l’eau à son approche du jet d’eau.
Dans le cas de plusieurs jets, il suffit de deux ou trois conduites issues du réservoir, puis d’en faire des fourches en plomb de plus faible diamètre.
Dans le bassin le regard est associé à un robinet de cuivre de même diamètre que la conduite qui parvient au bassin et traverse le corroi en direction du jet, on soude une rondelle ou collet de plomb un peu large, cette plaque arrête l’eau, est reliée au tuyau qui passe à découvert sur le plat fond d’un bassin.
Lorsque ce tuyau est parvenu au jet, on lui soude un tuyau montant appelé Souche et à l’extrémité supérieure on place un écroue de cuivre pour y tenir l’ajutage par une vis.
À 2 pieds au dessus de la fourche, il faut couper le tuyau et le boucher avec un tampon de bois maintenu par une rondelle de fer, c’est là qu’on dégorge une conduite en lui ôtant le tampon.
Quand les conduites sont trop longues ou que la colonne d’eau supporte trop de poids, il faut mettre en place des ventouses pour laisser une place pour l’air et en cas de forte pente on doit souder un robinet pour arrêter l’eau
D’une manière générale, il faut éviter les coudes, les angles droits ou équerres, car ils réduisent la force de l’eau et d’enfoncer les tuyaux d’une conduite de 2 ou 3 pieds (gelée et vols).

Des pièces d’eau différentes dont on peut orner les jardins avec quelques instructions sur les Bassins.
On distingue les eaux en eaux jaillssantes et en eaux plates .
On les place en milieu ou en tête de parterre et en face des bâtiments.
La profondeur d’un bassin varie de 15 pouces à 2 pieds ; les réservoirs de 3 à 4 pieds.
Construction d’un bassin : on trace les contours sur son emplacement au sol, puis on agrandit la trace de 4 pieds en périphérie pour l’épaisseur des murs et corroi et de creuser 2 pieds plus bas de la profondeur d’eau souhaitée.
Parfois il est utile de bâtir autour des berges, un petit mur d’un pied d’épaisseur pour des raisons d’étanchéité et pour empêcher les racines des arbres d’y pénétrer.
Le plat-fond a 18 pouces de hauteur, 7 à 8 pieds de large
Le mur de douve ou mur flottant : du chevron de 3 pouces d’épaisseur ou des planches de bâteau épaisses de 2 pouces sur 6 de large, on les enfonce à fleur de glaise de trois pouce en trois pouces de telle sorte que les planches excèdent d’1 pouce le parement du mur en-dedans le Bassin.
Puis on pose dessus des planches de bâteau, deux jointes ensemble pour couvrir la largeur du mur : on cloue ces planches sur ces racineaux puis on bâtit dessus le mur de 18 pouces d’épaisseur fait en moilons piqués, de cailloux ou de pierre de montagne.
La terre glaise : la violette est la meilleure, puis la grise, (sans jaune, car sableux), terre à potier.
Lorsque le bassin est achevé, on pose dessus à sec du pavé du petit échantillon puis on le garnit par dessus de sable de rivière de 2 pôuces d’épaisseur et ensuite on plaque du gazon sur le mur de douve ; le corroi de glaise, la berge.
Bassins de ciment : même procédé mais on agrandit moins le périmètre 1 pied 9 pouces est suffisant pour le périmètre et le plat-fond.
Construction : élévation du mur du pourtour d’un pied d’épaisseur assid sur le fond du bassin avec du moilon et du mortier de chaux et sabe puis on adosse ce mur d’une chemise de ciment d’une épaisseur de 9 pouces, y compris l’enduit et le parement, la chemise en cailloutage mis lit par lit, les cailloux ne doivent pas se toucher pour la perfection de l’ouvrage…
On construit les bassins de ciment que par temps chaud et quand ils sont achevés on frotte l’enduit avec de l’huile ou du sang de bœuf pendant 4 ou 5 jours pour l’empêcher de gercer ; puis on le met en eau.
Les Bassins en plomb : on bâtit des murs en moellons avec du mortier de plâtre pur et c’est sur ces murs qu’on assoit les tables de plomb jointes l’une à l’autre avec de la soudure.
En cas de terre rapportée ou de terres mouvantes, il faut soutenir les terres avec des murs ou des eperons autrement les terres s’afaissent et le fond n’est pas solide, il faut les griller avec de la charpente sur pilotis.
Dans le fond du bassin, il faut prévoir une pente pour faire s’écouler l’eau lors des vidanges pour nettoyage au moyen d’une soupape soudée à une décharge de plomb.







JARDINS DE CHINE
Cours de Chebing Chiu





Introduction

La composition des Jardins n’est pas régie par des lois et des règles, seulement quelques principes. «Le monde dans une graine de moutarde»...

Le Jardin Yuan est clos de murs et présente un ‘microcosme’, une représentation des Grands Paysages de la Nature en format réduit où l’élément Eau est toujours présent.

Les grands models de Jardins ou de Paysages sont reproduits en miniature et portent le nom du Site ou du Jardin initial.

La division d’un jardin en de multiples espaces crée l’illusion d’un Grand Jardin.

La Terre porte ‘l’élément bois’ et les bâtiments ou pavillons sont reliés par des galeries, ce concept est l’un des éléments fondateurs de le scénographie des Jardins.


En Chinois Achitecture se dit terre, briques, tuiles et …
L’Art Funéraire reproduit en miniature tous les éléments qui composaient la vie du défunt comme son Habitat et son Jardin.
Les cultures en pots, les Bonzaïs sont représentés sur une peinture tombale au début du VIIIe.

L’Intellect
Au niveau spirituel, la Chine connaît trois grands mouvements de Pensée, le Taoïsme et le Confucianisme au 5e avant J.C puis le Bouddhisme au Ier siècle de l’Ère Chrétienne.
La pensée Taoïste, définie par Lao Zi et Zhang Zi, préconise un idéal de vie dont le principe est de mener une vie simple en s’adaptant aux rythmes de la Nature.
Confucius en 500 avant J.C recommande la préservation de son intégrité par la pratique de la Retraite, d’une vie en marge de la société dans un paysage agréable en exerçant les ‘arts nobles’.
Être un Mandarin Lettré c’est se plier aux règles du Confucius, et c’est aussi savoir s’adonner à l’ivresse pour s’ouvrir à la pensée perceptible… la délivrance apportée par l’alcool permet d’être au-delà des apparences, de parvenir à l’extase, à un état de créativité…
Une peinture représente les 7 Ermites en retraite dans une forêt de Bambous, symbole de rectitude morale, pour boire et parler d’Esthétisme du Paysage…
Né en 365 le Grand Poète Tao Yuanming, excelle dans cet art de vivre, il est considéré comme étant le père fondateur du style champêtre, ses textes sont traduits en Français et il est beaucoup lu par nos contemporains.
À son sujet, l’histoire raconte qu’il occupait un poste de fonctionnaire et reçut de très mauvaise grâce la nouvelle de la venue de son supérieur hiérarchique, alors il déposa son sceau et dit «pour 5 boisseaux de riz, je ne vais pas courber l’échine» et s’en retournai dans son village pour composer son Oeuvre Poétique.
Pour évoquer l’alcool dans le concept paysager, les contours des formes de vases sont découpés dans les cloisons de séparations des Jardins.
L’étranglement au niveau du col d’un vase, d’une calebasse ou d’une gourde, sépare symboliquement l’espace intérieur de l’espace extérieur.
Au niveau philosophique, le Sage aime l’eau car l’intelligence est vive comme l’eau.
Les éléments architecturaux sont placés sous le signe de Confucius, ils sont classés par hiérarchie, une axialité, une symétrie, soit un vis-à-vis par rapport à un axe de composition.
La désignation des choses précède à son traitement.

La Légende des Îles
Le Jardin porte en lui-même la notion de Paradis, symboliquement représenté par Trois Îles, qui sont aussi des lieux de retraite des Ermites qui développent la pensée de «l’Hérémétisme».
À l’Est de la Chine se trouve un océan de 5 îles habitées par les Immortels qui se rendent visite mutuellement. Ces îles flottent au gré des vents et des courants, et les Immortels s’en plaignent à l’Empereur de Jade, alors il leur fournit des tortues pour maintenir les îles, mais un géant en pêche deux, alors ces deux îles partent à la dérive… chaque île porte un nom et symbolise un ailleurs.
Les nuages sont les îles du ciel, leurs contours sont semblables aux îles terrestres…

La Symbiose des Arts
Depuis 1 500 ans avant J.C, la Culture de l’Écrit mentionne les fonctions et charges créées pour les Jardins de l’Empereur.
Le Jardin Chinois est le Jardin du ‘Lettré’. Le Caractère Chinois est formé de radicaux, le mot Yuan comporte 4 radicaux, clos, bouche, terre, transmutation.
La Transmutation est une notion centrale de l’Art Paysager car il transmet l’idée du temps qui passe par les différentes étapes des évolutions du végétal au cours des saisons, des ombres portées, des différents moments de la journée, ou encore des périodes de circulations, de passage d’un élément à un autre…
La Poésie et la Peinture ont une part importante dans l’esthétisme paysager.
Les peintres voyageaient à travers le pays et c’est seulement à leur retour qu’ils peignaient les paysages. L’un des motifs essentiels de l’Art Pictural est l’association de la représentation d’une montagne avec l’élément Eau, un binôme formulé par Confucius.
Le Jardin Chinois est destiné à l’intellect, l’oeil circule à l’intérieur du Jardin, et celui qui contemple s’inclut dans l’objet regardé. Toute scène est subjective, c’est le regard porté qui parachève l’œuvre. La peinture laisse beaucoup d’espace ‘en blanc’, c’est la même notion porteuse d’imaginaire qui est ainsi valorisée.
Le parallèle entre les compositions du Paysage Jardiné avec les supports de l’Écriture ou la Peinture est visible dans la transposition des deux supports employés par les artistes, sur des rouleaux où l’Art Paysager crée un ‘espace continu’ ou sur des feuillets où l’Art des Jardins crée des cadres successifs.

La Politique
La Chine Mythique est divisée en neuf Provinces.
L’empereur est considéré comme étant le fils du ciel, il préside les cérémonies.
L’empereur est également un dragon, une image positive puisqu’il crache de l’eau, un bienfait pour le monde agricole.
Mais à l’inverse, un tyran peut provoquer la fuite de son élite comme cela a été le cas lorsque la classe des lettrés de l’entourage d’un empereur a quitté la cour pour se retirer loin des complots dans des Espaces de Nature…
Ce mouvement a contribué à porter très haut une pensée culturelle dirigée vers l’Art des Jardins.

La Dynastie des Tang de 618 à 907
Cette époque florissante se matérialise dans la capitale, la ville de Si-hang d’une démographie importante qui atteignait 2 Millions d’habitants, une ville dont la conception architecturale devient un modèle urbain. La découpe en quartiers ‘Fang’ d’une géométrie orthogonale est le tracé qui s’impose en Chine. Le concept est dans l’ordonnance des cours clos de murs des trois éléments, montagne artificielle, étang et bâtiments.
L’empereur lui-même possède des maisons à l’intérieur de la ville, comme une maison à deux étages pour bénéficier de la vue sur l’animation des quartiers…
La Ville reçoit les tributs de toute les Provinces ainsi que de tous Pays en relation diplomatique, avec la Chine et l’on reconnaît sur une peinture des Pierres aux formes exceptionnelles et des plantes miniaturisées.

La Dynastie des Song de 960 à 1279.
Suzhou est une ville réputée pour ses Jardins, comme celui des ‘Vagues d’Azurs’.
Au début du XIIème siècle, l’Empereur Huizong, un esthète et concepteur de la combinaison des trois perfections, ‘Sanjui’, une association peinture-poésie-calligraphie.
L’empereur est un passionné des Jardins, il construit une voie impériale bordée de Canaux et crée de nombreux Jardins, dont un de montagnes artificielles.
Sa passion le conduit à mettre en place, pour son seul bénéfice, un bureau de fonctionnaires dont la mission est de faire ramener des éléments remarquables de toutes les contrées de son empire. Les fonctionnaires visitent les Provinces à la recherche d’éléments naturels remarquables, et en signe de possession impériale, ils posent un papier jaune sur la pièce choisie. Ensuite une collecte est organisée à destination des Jardins Impériaux, et c’est la population qui est chargée de les acheminer ; mais les excès des trop nombreuses levées de corvées imposées au Peuple provoquent un soulèvement qui fait s’effondrer l’Empire…

La Dynastie des Ming de 1368 à 1644
Les empereurs sont également de grands amateurs de Jardins, leur capital est Pékin, dont le Jardin de la ‘Clarté parfaite’ d’une superficie de 185 hectares, dans le Jardin est récréé le relief de la Chine, un dénivelé de 20 mètres d’une orientation Nord-Ouest/ Sud-Est.

Structure des Jardins
Un Traité de Jardin de Ji Cheng est publié en 1634.
Chi Cheng, Maître Jardinier, préconise l’utilisation des éléments trouvés sur place.
Un Jardin Urbain est le lieu où le maître se retire pour trouver une sérénité autour d’un plan d’eau.
Dans la Tradition Chinoise, il est important d’empêcher le diable de renter dans les Jardins, alors dès le seuil d’entrée, un obstacle est créé, et comme le diable chinois a le genou cassé, il ne peut franchir l’obstacle..
Le Bâti présente aussi des pentes à gravir ou des dénivelés marqués par des escaliers.
Les Jardins Chinois ne se laissent pas voir dans leur ensemble et le vis-à-vis ne débouche pas sur des points morts.
À chaque pas, une scène nouvelle s’offre au regard, et pour cela l’Art des Jardins Chinois demande l’aménagement de couloirs visuels…
Les Jardins Chinois occultent délibérément l’effet de perspective. Aux grands axes à découvert ils opposent des obstacles opaques. De même les cheminements évitent la ligne droite et proposent des tracés en zigzagues.
Pour les Petits Jardins, on allonge la durée de la visite en créant un racé labyrinthique.
Le Jardin offre trois cheminements, le périmètre, la galerie et le franchissement.
Les Pièces d’Eau sont entourées de Terrasses rectilignes, mais leurs contours sont circulaires.
Comme on ne doit pas voir l’élément Eau en contact avec ses limites maçonnées mais donner l’illusion que l’eau ‘passe en dessous’ pour aller ailleurs, des Pierres surplombent l’Eau.
«On ne doit pas voir l’épuisement de l’eau».
Un pont peut être de très petite dimension, 2 mètres, et est souvent encadré d’une Pergola, puis celui ci se masque par un élément écran, ce qui provoque le désir de poursuivre le cheminement du regard et induit donc la promenade, une découverte successive des lieux où les cinq sens dialoguent avec le promeneur.

Les Éléments Architecturaux
Les Jardins Chinois sont des Jardins Lapidaires où les Pierres ont le statut d’Ouvre d’Art.
Les plus remarquables sont posées sur un piédestal dans un point central du Jardin.
Les Pierres sont anciennes, en calcaire ou en granit, ‘huangshi’, elles portent la marque du temps.
Une Pierre évoque la géologie, des références chinoises ou des valeurs abstraites.
Pour les Chinois, une Pierre est un être vivant porteur d’une énergie vitale investie d’une spiritualité.
La légende racontée dans le «Roi des Singes», où un singe accompagne un moine jusqu’en Inde pour chercher les canons bouddhiques… la Pierre éclate pour donner naissance à un singe.
Le souffle Chi est l’énergie première concentrée dans les montagnes qui irradient toute la Chine.
Une pierre calcaire est travaillée grossièrement dans une forme puis elle est plongée dans des eaux vives avec un courant fort qui la sculpte. Après un laps de temps, la pierre est sortie de l’eau puis remise dans l’eau jusqu'à ce qu’elle soit conforme aux normes esthétiques en rond de bosse, elle doit se laisser voir de tous les côtés, et c’est seulement à ce stade qu’elle est installée dans le Jardin.
À l’état naturel, elle est coupée dans la tranche et ses stries montrant des dessins.
Elle est montrée telle quelle ou reçoit des inscriptions poétiques, une sentence ou une signature, c’est une ‘Pierre de Rêve’.
La passion des Pierres conduit un magistrat à une vénération au-delà du goût esthétique, celui-ci se mettait en prière en s’adressant à une Pierre comme à une personne ‘frère aîné’…
Le Jade est la reine des Pierres, le Jade est porté par l’homme intègre, doux et gentil avec son entourage car comme le Jade, on voit à travers la matière les qualités et les défauts.
La géométrie est porteuse de symboles, le rond est le symbole de la famille réunie, ou peut être aussi l’expression d’une option politique, un soleil associé à une lune représente la Dynastie Ming.
Les murs des Jardins et les Galeries des Pavillons sont percés pour des raisons d’esthétisme visuels pour permettre l’extension des espaces intérieurs vers l’extérieur, et offrir un double cadre pour la vue.
Les édifices de réceptions occupent une place centrale dans l’agencement des architectures. Les intérieurs sont distribués selon le rythme des saisons, comme l’été au Nord avec un plan d’eau de Lotus parfumé.
Une Galerie entoure l’Habitat, des panneaux ajourés sont amovibles et présentent des vues dans toutes les directions.
Les Galeries servent aussi de débarcadère et d’abri contre de la chaleur, elles sont souvent construites en zigzague et en altimétrie.
Les Portes de Lune permettent de montrer des séquences végétales au-delà de la cloison murale, au visiteur d’en imaginer la composition d’ensemble.
Les Portes de l’Habitat sont cadrées par un assemblage en briques et au-dessus d’elles un linteau portant des inscriptions. Les inscriptions évoquent la philosophie des scènes paysagères ou donnent des informations sur son propriétaire, ou bien encore sont des chroniques des visiteurs précédents créant ainsi un dialogue actif entre le passé et le présent…
Les Kiosques proposent une halte dans la promenade, et sont des endroits stratégiques placés en hauteur sur une colline ou sur des rochers artificiels.
Leurs formes adoptent des géométries diverses, le mur du fond est percé d’une claire-voie, qui reproduit la même structure géométrique du Kiosque, et donne à voir un paysage-tableau.
Le Bateau de Marbre, généralement construit sur l’eau, va vers l’île de l’Immortalité, «d’un coup de rame, j’arrive dans les plus hautes sphères du ciel».
Le Bateau de Marbre est bâti sur trois niveaux, un niveau de rochers qui abrite des grottes, un rez-de-chaussée et un étage-belvédère.
Les Jardins jouent aussi avec les contrastes des matériaux, des creux et des pleins, des formes et des couleurs comme le rouge, le vert, le blanc, le jaune et le gris.

La Flore et la Flore
Une peinture présente un bouquet qui réunit une branche de Pin, un Bambou en feuilles et une Branche de Fleurs de Pécher. «Une journée sans bambou est une journée perdue ».
Une légende raconte l’histoire d’un pécheur professionnel saisit par la vue d’une multitude de pétales de fleurs de pécher flottant au fil d’un ruisseau… Intrigué il remonte le cours d’eau et arrive devant une grotte, symbole récurrent de la matrice, du passage…
Il pénètre dans le boyau pour découvrir une plaine habitée par des personnes vivant en complète autarcie. Il reste quelque temps parmi eux puis s’en retourne chez lui après leur avoir promis de ne révéler à quiconque les lieux de leur retraite. Le pécheur dévoile son aventure aussitôt mais ne retrouve plus le chemin…
Depuis la Dynastie Tang les routes sont bordés de Saules et dans la Tradition Chinoise,les visiteurs reçoivent une bouture de saule en gage d’amitié.
Le Magnolia est symbole de richesse et sa floraison est odorante, l’Osmanthus, le Lilas, le Pommier Sauvage, la Rose et le Gardénia sont appréciés pour leur parfum,
Un tableau montre le poète Tao Yuanming assit devant les fleurs de Chrysanthèmes protégés par des palissades, débouchant une bouteille de vin, et dégustant les pétales…
Le Lotus est symbole de pureté, né dans la vase, il sait lutter pour parvenir à la lumière ; et dans la statuaire, le Bouddha est assis sur une fleur de Lotus.
Les Orchidées sont symbole de féminité, les Pivoines de l’aristocratie et de la beauté féminine.
Les Reines-Marguerites et le Jasmin d’hiver ont leur place dans les Jardins Chinois. dans lesquels, les Paons et les Faisans sont symboles de noblesse et de richesse.
Au Perroquet, les Chinois leur apprennent des vers de poésie.
La Mouette ou les Aigrettes sont symbole de retraite.

Les Echappés
Au 11 ème siècle avant JC, le roi Wen de la dynastie Zhou fait construire le Jardin Ling.
De sa terrasse, il pouvait admirer les scènes composées du Jardin entretenu par des esclaves puis à la fin de la dynastie Zhou, les paysagistes fabriquent des collines…
Sous les dynasties Qin et han 220 avant JC, les Pavillons s’accompagnent de collines artificielles agrémentées de pièces d’eau en tenant compte des lignes esthétiques des paysages naturels.
Le premiers Maîtres des Rochers sévissent sous les dynasties Tang et Song de 618 à 1 279 après JC, l’apogée de cet Art se vit pendant l’époque Ming de 1368 à 1644.
La ville de Suzhou se compose de 200 à 300 Jardins de Rochers.
Les taches noires sur les Chaumes de Bambous évoquent les Calligraphies Chinoises et plus particulièrement la Calligraphie Japonaise dans le tracé plus compact du pinceau.

Plantes Chinoises
Le Laque, Rhus verniciflua. Propriétés : sveltesse des corps résistance à la vieillesse, soigne la toux, guérie l’hernie abdominale féminine, favorise l’activité de l’intestin grêle.
Le Camphrier, Cinnamomum cinfora. Propriétés : soigne les maux de tête les hémorroïdes
La Célosie Celosia argentea. Propriétés : guérit la gale, soigne les parasites intestinaux, combat les effets des brûlures du soleil, chasse le prurit.
Le Concombre, Cucumis sativus. Propriétés : les feuilles soignent les gonflements subits de l’estomac des enfants, le fruit bouilli est diurétique, cru en application sur une morsure de serpent.
Le Riz, Oryza sativa. Propriétés : élimine les causes gastriques de la nausée, tonifie les cinq viscères et les six organes internes
Le Soja Glycine soja. Propriétés : reconstituant
Le Lyciet de Chine, Lycium chinense. Propriétés : soigne le diabète, les causes pathologiques des viscères et les douleurs diffuses, renforce les tendons et les os, amincit le corps et combat la vieillesse, soigne les rhumatismes, élimine les gaz de l’estomac, calme la respiration haletante, renforce le foie et les reins, favorise la virilité.
Le Mûrier, Morus alba. Propriétés : le champignon blanc de l’écorce guérit les saignements du nez.
Le Saule, Salix. Propriétés : le duvet des graines mélangé à la farine de patate douce ou de haricot soigne les furoncles.
Le Chrysanthème, Chrysanthemum indicum. Propriétés : soigne les troubles causés par le vent, les vertiges, les gonflements, la conjonctivite, les douleurs rhumatismales, tonifie le sang, aide à la mobilité, maintien la minceur, lutte contre la vieillesse et allonge la vie.
Le Bambou, Bambusa. Propriétés : soigne les convulsions infantiles, l’épilepsie, calme les palpitations, améliore la vue, cicatrise les plaies, arrête les hémorragies, nourrit les cinq viscères
La Grande Aunée, Inula helenium. Propriétés : calme les palpitations causées par la frayeur, tonifie l’estomac et la rate, contrôle l’élimination des gaz internes
Le Grenadier Punica granatum. Propriétés : apaise la gorge desséchée l’écorce verte soigne la diarrhée, la dysenterie et arrête les hémorragies, la racine soigne l’ascaris.
L’Aloès, Aloe arborescens. Propriétés : soigne l’agitation nerveuse, aiguise la vue, guérit l’épilepsie infantile causée par une frayeur, élimine les trois parasites intestinaux, soigne les hémorroïdes, les maladies cutanées, les fistules.
Le Lis, Lilium. Propriétés : les écailles du bulbe soignent le syndrome dépressif.
L’Armoise, Artemisia vulgaris. Propriétés : élimine les vers, soigne la dysenterie provoquée par un refroidissement au ventre.
Le Litchi, Litchi chinensis. Propriétés : arrête le hoquet, soigne les douleurs de reins.
Le Liquidambar, Liquidambar formosana. Propriétés : la résine soigne l’urticaire, le prurit et le mal de dents, l’écorce soigne les oedèmes.
L’œil du Dragon, Euphoria longan. Propriétés : combat les maladies du cœur, foie, rate, poumons et reins, agit comme calmant, stimule l’appétit, soutien l’esprit, stimule l’intelligence garde le corps mince et combat la vieillesse, favorise l’activité mentale.
Le Ginseng, Panax pseudoginseng. Propriétés : redonne de la force aux organes, calme l’esprit, élimine l’anxiété, annule les effets d’un choc, donne de l’éclat au regard, développe l’intelligence, maintien le corps mince, et prolonge la vie, soigne le refroidissement de l’estomac et l’intestin, les douleurs de la poitrine et du ventre, il arrête les vomissements et la diarrhée causée par le choléra, régule l’énergie vitale et soigne le diabète.
Le Melon d’Hiver, Benincasa hispida. Propriétés : atténue les rides du visage, recette de beauté, 5 liangs de pépins de melons blancs épluchées et 4 liang de fleurs séchées de prunus persicus et 2 liang d’écorce de pupulus alba. Moudre tous les ingrédients en une poudre fine, puis diluer une cuillère de cette poudre dans du thé, boire trois fois par jour après les repas.
Le Pin, Pinus massoniana. Propriétés : soigne les ulcères difficiles à guérir, les blessures, les croûtes du cuir chevelu, apaise les cinq viscères, fait tomber la fièvre, maintien le corps mince, juvénile et prolonge la vie et soigne la surdité.
La Lentille d’eau, Spirodela. Propriétés : élixir de longévité, prendre les feuilles à face interne rouge, les faire sécher et réduire en poudre en faire des pilules avec du miel, en prendre une avec du vin chinois.
La Pivoine, Paeonia. Propriétés : soigne la fièvre, les frissons, les coups de froid,
les convulsions chroniques et épileptiques des enfants, chasse les caillots de sang de l’estomac et de l’intestin, calme les cinq viscères, guérit les furoncles. Le Mandarinier, Citrus reticulata. Propriétés : raffermit la peau et les muscles de l’accouchée.
L’écorce d’un fruit moulu et réduite en poudre, une pincée dans un petit verre de vin chinois.
La Vigne, Vitis vinifera, Propriétés : fortifie les tendons et les os, guérit les douleurs articulaires causées par l’humidité, tonifie la force vitale, augmente la force physique, améliore la mémoire et la capacité de réagir, rend plus robuste, maintien le corps mince, juvénile et prolonge la vie.
La Glycine, Wisteria sinensis. Propriétés : en décoction concentrée et sirupeuse, soigne l’œdème, les graines cuites dans l’eau à feu doux mélanger au vin l’empêche de se gâter.
Le Lotus, Nelumbo nucifera. Propriétés : la racine, la tige, le fruit redonnent de la vigueur et nourrissent l’esprit, développe la puissance du souffle vital, garde la minceur du corps et éloigne la vieillesse.
Le Mil, Panicum miliaceum. Propriétés : le mil jaune gluant revigore l’énergie vitale, régule la fonction de l’estomac et guérit la diarrhée.
Le Pêcher, Prunus persica. Propriétés : favorise la circulation du sang et calme la toux.
Le Catalpa, Catalpa ovata. Propriétés : l’écorce soigne les maladies des yeux et libèreles parasites intestinaux, les feuilles pillées et appliquées sur des plaies soignent les lésions causées par les acarus de la gale. Si on nourrit les cochons avec les feuilles, ils triplent de volume
Le Prunier, Prunus domestica. Propriétés : elles soignent la dysenterie sous forme de pilules composées de petits morceaux de Gingembre séché et du thé de Fujian.






NAISSANCE DU JARDIN À L’ANGLAISE ET DÉVELOPPEMENT DU JARDIN EN EUROPE


Cours de Michel Baridon



Introduction

En Angleterre, un nouveau mouvement paysager prend sa source dans le traité de Francis Bacon de 1625 et c’est Capability Brown qui en fera un Style National à partir du milieu du XVIII ème siècle.
Dès 1688 sous le règne de William III certains Jardins copient la composition Hollandaise, mais le résultat reste formel malgré les bulbes…
L’Europe Continentale adopte les structures de l’Âge Baroque Français, l’Esthétiquede la ‘quadrature’ qui donne une stabilité aux compositions fondées sur les mathématiques, le calcul des proportions, les illusions d’optique où l’importance du troisième plan qui donne une verticalité au regard…
Le coup de force’ de Le Nôtre est dans la fuite du regard dans les lignes d’horizon en estompant les barrières entre le cultivé et le sauvage par un enchaînement des différents plans et dénivelés…
L’Art Français se résume dans la maîtrise d’un plan et dans l’habileté des transitions, on peut citer Racine «je tiens mon plan, je tiens ma tragédie».
La transformation générale des Jardins Réguliers en Jardins Pittoresques ‘anglo-chinois’ se fera depuis le Petit Trianon de Marie-Antoinette, toute jeune reine de France.
Au début du XVIII ème siècle, les poètes et critiques comme Joseph Addison dans «Vision» publiés dans le ‘Tatler’ en janvier 1710 ou Alexander Pope qui introduit l’idée de couleurs dans le Jardin, une esthétique picturale dans la composition de l’Art Paysager «all gardening is landscape painting».
La nouvelle pensée anglaise laisse entendre qu’un Jardin pourrait s’affranchir de l’uniformité du formalisme pour être plus conforme à son Site d’Origine pour en révéler, peut être, sa Beauté…

La Politique Anglaise
En Angleterre, le système politique est un équilibre en triparties, le Roi, la Chambre des Lords et des Communs, et le Parlement ; un Model Antique d’aristocratie et de démocratie.
À Versailles se trouvait concentrée toute l’élite française alors qu’en Angleterre la noblesse est éparpillée sur tout le territoire.
La création de ‘cours culturelles’ contribue à une réelle décentralisation car ‘l’élite anglaise’ vit au quotidien dans des Paysages Régionaux Campagnards.
Chaque Paysage porte la marque de sa Contrée, de son identité régionale inscrite dans les Jardins… Et l’architecture reflète de manière ostentatoire le style propre à une région.

Les Paysagistes Anglais
À Stowe, Bridgman introduit le ‘Haha’, un talus maçonné sur le Model Militaire ‘côté Park’ et une pente terreuse avec un fossé de faible profondeur ‘côté Nature’ dont l’effet immédiat est l’abolition des clôtures et l’ouverture vers le champ du paysage permet des tracés en sinuosités dans une symbiose esthétique avec la Nature.
Le paysagiste Wiliam Kent voyage 6 ans en Italie avec son commanditaire Lord Burlington.
Son concept ‘Elysean Fields’ illustre la théorie d’Addison par la création à Stowe d’une longue allée, ‘the Great Cross Lime Walk’ qui aboutit au Temple de la Vertue appelé
Ancient Vertue’, derrière lequel se trouve le Temple de l’Honneur ‘the British Worthies’, et à proximité le ‘Temple de la Vanité’ en ruine nommé ‘Modern Vertue’…
Kent redessine les parties formelles laissées par Bridgman en un paysage circulaire et irrégulier.
Une révolution du regard où la Nature est réévaluée en tant que génératrice de formes libres mais Kent s’inspire davantage des esthétiques du peintre Poussin dont les peintures proposent une vision idéale de la Nature Sauvage.
Capability Brown prendra la suite de Kent à Stowe aux environs de 1740 jusqu’à la mort de Cobham, son propriétaire, en 1749.
Il crée une machine à déraciner et transporter des grands arbres décrite par Henry Steuart dans «Planter’s Guide» et s’initie en autodidacte à l’Architecture.
Ses réalisations sont très coûteuses car elles occupent des espaces de 200 à 400 hectares et sont réservées aux grandes fortunes et parmi sa clientèle il avait aussi bien des membres des Tories que des Whigs.
‘Capability’ Brown, son surnom est donné en clin d’œil à son habitude de déclarer lorsqu’il est en présence d’un nouveau projet de paysage, un double sens, «the place indeed has fine capabilities», (il y a un potentiel… pour Capability…)
Son rôle dans l‘histoire du paysage est comparable à celui de Le Nôtre.
Brown donne un Model de Grand Espace avec ondulations, un tour de promenade sur le périmètre, des effets d’ombres et de lumières, une diffraction des ombres dues aux masses d’arbres plantés sur de petites collines et placées en face du château, des tracés de ruisseaux et de nombreux plans d’eau. Son schéma pourrait se résumer par ‘belt, clump et dot’.
L’absence de vue depuis le château est une volonté délibérée pour aménager des surprises, c’est en fait le château qui doit être vu depuis le lointain et n’être qu’un élément de la composition d’ensemble.
L’allée principale est sinueuse, le cheminement porte le désir d’une rencontre avec une Vision Paysagère…

Théories et Concepts Paysagers
Les créations paysagères deviennent des supports pour l’excitation des ‘sens nobles’, une élévation de la pensée politique ou philosophique, et c’est sur cette base que le travail d’un Paysagiste était évalué.
En 1748 paraît un ouvrage intitulé «Dialogue upon les Gardens of a Right Honourable the Lord Viscount Cobham at Stowe in Buckinghamshire» et également en ligne de mire les idées de Jonathan Richardson, en 1725 «a history is preferable to a landscape, seacape, animals, fruit, flowers or any still-life…», celui-ci donne sa préférence à la mise en avant de l’Histoire de l’Homme à tout autre concept paysager, ces idées se traduisent sur le terrain par des constructions des fausses ruines italiennes, des temples philosophiques et diverses fabriques qui jalonnent le paysage. Toutes ces petites fabriques sont disséminées dans de vastes espaces. L’ensemble paysager est chargé de sous entendus politiques et souvent non dénué d’humour. Les émotions sont traduites par la construction de grottes pour la mélancolie, des ruines pour la nostalgie, et des surprises par des cottages.
Le Jardin de Plaisir se trouve plus en retrait et est invisible depuis la demeure.
Parmi les histoires anecdotiques, mais qui ont leur valeur, Lord Malborough se fait construire une maison gothique en plein Londres, en frustration de n’avoir pas pu se faire bâtir un domaine dans ce style à la campagne en raison du refus de son épouse.
Une construction sur le Model Gothique a une signification politique Anglo-Saxonne, «un pilier de morale culturelle» ou l’«Enlightenment» en hommage aux Ancêtres.
Le Style Gothique se réfère à un âge d’or perdu, au mythe du grand roi Alfred, 871-899, qui a su refouler les invasions des Vikings Danois.
L’architecture Gothique imite la forêt. Dans les forêts, les légendes circulent…
Les allées forestières sont symboles de liberté, des lieux de refuge en cas de poursuites armées. Autour des églises, il fallait une atmosphère ombragée et sombre comme dansles Bois. La métaphore et le concept s’unifient.
La Théorie de l’Abstraction de John Locke pour lequel l’homme pense par les Sens ; sa vie mentale mesure les impacts et crée un jeu de sensations qui détermine un état de bonheur ou de douleur et c’est à partir des souvenirs d’impact que naît l’abstraction…
De même la mémoire fonctionne à partir de sensations, cette théorie est un nouvel apport philosophique dans l’Art de concevoir des Jardins.
Le Nouveau Paysage Anglais se hisse au rang de fierté nationale, une liberté nouvelle qui vient soutenir une «révolution anglaise qui s’accomplit sur tous les plans et dont le ‘Land Art‘ est le dernier avatar».

L’Évolution du Baroque au Pittoresque
Le Ste de Grayhwarth présente des ondulations douces, il ne se construit pas de Terrasses à l’Italienne et la Nature se libère de l’emprise de l’Homme.
On note également la présence d’un cimetière de chiens, brusquement c’est la mort qui entre dans les Jardins.
Cette idée reflète le respect du cycle de la vie, une notion bannie des Jardins Baroques.
L’influence des personnalités telles que Vanbrugh, d’origine Hollandaise par son grand-père, et militaire de carrière, qui lors d’un séjour en Inde en 1685 s’intéresse à l’architecture du Taj Mahal, et à son retour au pays, il dessine le cimetière de Surhat.
Posséder un Mausolée est aussi un témoin de légitimité, de l’ancienneté de sa Lignée.
Un Jardin peu connu, celui de Braham près de York, où une avenue conduit au château, mais la perspective crée fait se tourner rapidement le regard à gauche depuis le château, ce qui est inhabituel car la coutume du paysage régulier propose des vues depuis les fenêtres ou en étage pour percevoir l’axe du paysage ou la finesse des Broderies.
Il est abandonné tout ‘remuement de terrains’ pour les nivellements mais reste d’actualité pour fabriquer des collines.
La dispersion des tableaux du paysage suit son dénivelé naturel.
Le Jardin de Rocailles, à partir de 1760 sous Louis XV, marque le rejet des palissades, de la symétrie et le refus des perspectives qui tirent l‘œil pour donner la préférence aux espaces aérés, lumineux, aux formes rondes, au besoin de ‘féminitude’, aux salles fraîches pour le thé, au confort de vie, à une intimité, aux jardins de clarté, aux ‘nouveautés chinoises’.

Les Échappés
Les Jardins de Stanislas, roi ami des philosophes des ‘Lumières’, donne à ses invités logés dans des pavillons, un espace pour jardiner à leur convenance.
L‘ensemble des Jardins ne recherche pas la symétrie.
Les métiers populaires sont représentés dans le village des automates.
L’introduction du Jardin Pittoresque en France se fait sur le nouveau modèle de Versailles…





LE JARDIN PITTORESQUE EN FRANCE

Cours de Elisabeth Cereghini



Introduction

La correspondance de Voltaire nous révèle, par une lettre du 7 août 1772, une description de l‘aménagement paysager de sa propriété de Ferney «j’ai de tout dans mon jardin, parterres, petites pièces d’eau, vallons, prés, vignes, potagers avec des murs de partage couverts d’arbres fruitiers, du peigné et du sauvage. »

Si Voltaire écrivait ‘dans mon jardin, je veux du peigné et du sauvage’, ou «il faut cultiver son jardin», c’est surtout les idées de Jean-Jacques Rousseau et le mythe du «Bon Sauvage», qui s’imposent dans les esprits français ainsi que la passion pour la Botanique et le goût d’aller herboriser dans la Nature…

Les tableaux créés par les nouveaux paysages ne sont pas tous dédiés à la quiétude, certains évoquent la tourmente et l’insécurité du mystère par le choix des ‘éclairages sombres’…

Il s’établit comme un ‘catalogue’ des différentes vues liées à des thématiques.

«Tout Jardin est le Paysage et tout Paysage est un Jardin».
Le Paysage devient une interprétation artificielle de la Nature, une création qui réunit dans un espace restreint un ensemble d’éléments types car «la Nature n’est pas belle dans toutes ses manifestations».
Le Pittoresque est une composition digne d’être peinte.
La représentation picturale représente la nature en toile de fond, en fond de scène pour évoquer une description pastorale irréaliste, un motif récurrent.
En 1763, ‘la Guerre de 7 ans’ prend fin, cette date marque le deuil du ‘Jardin Régulier’et la préférence pour le ‘Jardin à l’Anglaise’, où se réalise «la jonction estompée entre la nature idéalisée et le paysage environnant», représenté par le domaine agricole.
Les barrières sont détruites, les fossés délimitent invisiblement les propriétés et le végétal encadre la vue comme un tableau.
Les chemins dont les tracés n’imposent plus le cheminement mais laissent le promeneur errer en toute liberté…
Grâce au dynamisme de la conception spatiale, le paysage construit sait réserver des surprises, des tableaux imprévus, une impression que le paysage change continuellement…
L’évolution des Jardins accompagne l’évolution de la Société vers une industrialisation et une nouvelle l’économie agricole qui se dirige vers l‘élevage…
L’influence de l’esthétique des Jardins Chinois est préparée en France dès la fin du XVIème grâce à la correspondance des Jésuites, mais ne se fait sentir qu’aux environs de 1774, date à laquelle la terminologie ‘Jardins anglo-chinois’ entre dans la Scénographie des Paysages. Cette mode est renforcée par les publications de 1757 à 1773 de William Chambers, architecte écossais né en Suède et les ‘Planches’ de Le Rouge qui participent également à la diffusion de ces esthétiques déjà mixtes…

Jardins Français à l’Anglaise
Les Jardins Réguliers se transforment comme Ermenonville après 1760 sous l’impulsion de son propriétaire Girardin, entièrement imprégné des Théories de Rousseau.
L’entrée dans le Jardin se fait part le passage d’une grotte ornée d’inscriptions aux émanations des fées et des nymphes.
Un espace nommé ‘le désert’ est un lieu de recueillement pour favoriser une méditation philosophique…
Une île plantée de Peupliers d’Italie porte le tombeau de Jean Jacques Rousseau, une reproduction d’un tombeau antique.
Le Jardin devient un espace d’écritures et est parcouru de cascades, de lacs, de cours d’eau propices aux effets de lumière et aux ambiances sonores qui animent l’esprit.
De nombreuses fabriques ponctuent l’espace du Parc et l’Iconographie Chinoise imprègne la Culture Européenne au point que l’imitation d’inspiration chinoise devient possible pour tout le monde. Les gens cultivés manifestent leur goût dans la nomination des Scènes Paysagères, des dispositions irrégulières du Végétal, des Rochers, des Ponts et par la présence de l’Eau…
En 1745 , l’architecte Richard Mique et le peintre Hubert Robert dessinent sur l’emplacement des Serres de Trianon, un Jardin ‘Anglo-Chinois’ avec son village de ‘cottages français’, son moulin, ses cours d’eau et son étang qui s’englobe dans le Jardin Régulier. Il n’y manque pas le rocher percé et sa vue encerclant le temple d’amour, ni le pavillon de musique, ni la petite grotte, ni le pont, ni les sentiers sinueux, ni la promenade labyrinthique, ni le belvédère.
Tout fusionne pour concrétiser les nouveaux jeux du paysage. «Une association impossible des lieux et des chronologies».
La végétation suit le même schéma, les plantes alpines côtoient les plantes de collection…
La miniaturisation du paysage rend la promenade de l’Homme hors échelle.
Mais il faut comprendre que le Jardin Pittoresque en France «révèle du ludique plus que du traitement du paysage», les créateurs des Jardins Pittoresques « partagent l’état d’esprit d’une cour royale qui veut s’amuser au jardin».
En 1777 Bagatelle, une ‘folie’ qui naquit d’un pari en 1824 du Conte d’Artois, frère cadet de Louis XVI et futur Charles X, avec Marie-Antoinette.
Bagatelle sera construite en 90 jours par l’Architecte Bélanger sur une surface de 24 hectares dont le schéma du Parc est confié au Paysagiste Écossais Thomas Blaikie qui a dû abandonner son idée première de création d’un Parc dépouillé à l’Anglaise pour en faire un Jardin Pittoresque dans lequel chaque Fabrique donne le thème du paysage qui l’entoure.
Derrière le Pavillon s’étend un paysage sauvage ponctué d’obstacles où «le chemin des pieds n’est pas un chemin de la vue», mais un chemin de franchissement réel, en référence aux premières expéditions en Montagne.
Une nouvelle idée s’inscrit dans la Composition Paysagère, la découverte des autres régions de France comme les Alpes.
L’escalade du parcours est volontairement difficile et la mode doit suivre, elle baisse la hauteur des talons des femmes, les vêtements sont moins volumineux et les hommes s’accompagnent d’une canne.
Les ‘Pas Japonais’ s’introduisent dans les Jardins et les sentiers sont étroits et sinueux comme les petites rivières.
L’élément Eau peut se toucher et apporte sa fraîcheur.
Un Belvédère caché dans des rochers abrite une pompe à feu qui utilise l’eau de la Seine. L’ensemble n’oublie pas d’aménager des surprises, comme un kiosque chinois à encadrement pour la vue, ‘la Grotte des Quatre Vents’, une copie des appellations Poétiques Chinoises.
À Monceau, le tracé des parcours, semé de Folies, est comme un ‘jeu de l’oie’ dans un parterre des pelouses. Le Jardin de Chambers est une commande du duc de Chartres.
À Méréville, en 1780, 70 hectares du Site se transforment par Bélanger en un Jardin Anglo-Chinois où se cultive le Mûrier sur le mode intensif.
L’introduction de la couleur traitée dans sa masse apparaît à Bagatelle et à Balbi où un Pavillon est fermé par une vitre de couleur différente.
Le Traité de Whatley donne trois pages de description des différents tons de vert au printemps.
Une nouveauté apparaît dans les plantations, on remarque l’introduction des arbustes à fleurs comme le Lilas qui soulignent la Thématique Chinoise du passage des saisons, et les fruitiers comme le Cerisier et le Pêcher sortent du Verger…




LE VOYAGE DES PLANTES

La Botanique entre Arts et Sciences, Économie et Politique.

Cours de Alain Durnerin



Le Fil du Temps

Dans les Jardins Égyptiens au Nouvel Empire, 1 400 ans avant JC dans la région de Louxor, Thèbes, il ne pleut pas, deux types de palmiers sont remarqués, le Doum classique et le Dattier. Puis sera introduit le Chamærops Humilis dans d’autres régions.

La Vigne et les plantes aquatiques comme le Lotus sacré d’Égypte sont des constantes dans les Jardins comme l’Aubergine, le Jasmin, le Bleuet, les Petits Pois, les Griottes, le Poireau…

Les Jardins Botaniques du Pharaon sont composés de plantes ramenées d’Afrique ou d’Asie.
Dans les Jardins Romains en 79 avant JC, à l’époque de l’éruption du Vésuve, la végétation comprend des Dattiers en provenance d’Asie Mineure, des Arbousiers, des Lauriers Roses, importés du Moyen-Orient ou de l’Afrique Subsaharienne, plantes qui demandent un climat sec mais au sol frais, également la Rose Versicolore, le Liseron ou Ipomée, et le Lierre panaché à Herculanum.
Les Pêches en 79 après JC, le Prunus Persica importé de Chine via le commerce de la soie, Néfertiti avait une robe en soie…
Le Mûrier dès l’époque Byzantine est importé en fraude de l’Extrême-Orient, et au Xème en Europe une importante production se met en place par Olivier de Serres sous Henri IV. (Les mûres noires sont comestibles.)
L’Arbre de Judée, ‘larmes de Judas’, est brodé sur des tapisseries figurant l’Apocalypse.
Il est présent dans les Jardins Botaniques Méditerranéens, actuellement le plus vieil arbre de 500 ans se trouve à Montpellier, un drageon de l’arbre initial.
Au XV ème siècle, le Paradis Européen est un Jardin entouré de remparts crénelés plantés d’Iris, de Lychnis, de Cerisiers qui jusqu’au XVIIe étaient utilisés en tonnelles, de Pivoines, de fleurs indigènes ‘Cortège du Blé’, Violas tricolor, des Pensées sauvages, Coquelicots, Bleuets, de diverses plantes rapportées des croisades au XIe.
Dans le tableau de ‘Notre Dame aux Fraises’, Louvre, le blanc et le rouge se côtoient, des rosiers palissés et des fraisiers des bois qui forment le gazon. Les gazons s’obtenaient par la technique du placage, des découpes dans les prairies, par bouturages ou semis avec en base du Paspalum rhizomateux. Les fraises hybrides datent du début du XVIIIème siècle ainsi que les roses semi doubles aux 20 pétales.
Les Romains propagent la rose blanche jusqu’en Angleterre, et à l’époque des croisades s’introduit la rose des Apothicaires, une plante médicinale, dite de Provins,.
En Angleterre, les roses,‘York’, blanc et ‘Lancaster’, rouge, sont devenues des emblèmes politiques en référence à la ‘guerre des deux roses’, une guerre qui s’est conclu par un mariage royal et donna naissance à la rose bicolore ‘York et Lancaster’.
La Tapisserie de la Dame à la Licorne’, retrouvée par George Sand au Château de Boussac, révèle des Lychnis, des Violas tricolor, des Véroniques, des Bourraches, des Giroflées, un Chêne, un Pin, un Houx et un Oranger d’Asie.
Les échanges de plantes provenaient aussi des Marins qui plantaient dans les Îles de quoi trouver une subsistance à leur prochain passage ainsi que des déplacements involontaires et inévitables des graines par les hommes et les bêtes favorisent une végétation nouvelle…

L’Introduction Progressive des Plantes
Les premiers orangers viennent du Portugal et sont cultivés en pots puis sont introduits en Espagne et à Versailles. Les Citronniers étaient connus à Nice et les Grenadiers depuis l’époque de Carthage.
L‘Oeillet des Fleuristes au XIVe se cultive en pot et est palissé avec 3 baguettes et un cerceau, une technique bimillénaire datant de l‘Époque Romaine et des Micros Jardins.
À l’époque de Jeanne d’Arc vers 1431, les tableaux floraux de Van Eyck sont peut-être une source historique d’informations botaniques…
De son voyage en 1542 au Canada Jacques Cartier amène le Thuya.
Grâce à la concordance des climats, les végétaux ramenés par voie maritime ont pu s’acclimater en Europe comme le Topinambour nommé d’après une Tribu Brésilienne,le Poivrier, une liane sur tuteur, l’Artichaut une plante méditerranéenne, la Tubéreuse,le Bignone, le Maïs, le Robinier d’Amérique du Nord, l’Acacia, le Glaïeul de l‘Afrique, le ‘Mimosa d’Australie’…
Richelieu plante à Rueil et à Richelieu le Marronnier à fleurs blanches, originaire du Caucase. On peut signaler la toxicité de la variété rouge et l‘obtention de Aesculus x carnea ‘Briotii’ vers 1858 aux Pépinières de Trianon.
Le Pin Lord Weymouth à 5 aiguilles forme un fût très droit et est utilisé dans la construction navale pour les mâts, cette utilisation fut à l’origine de sa plantation par le Lord Weymouth.
Le Dracena draco de Van Houtte, un Horticulteur Belge du XIXe, est un végétal qui peut vivre 1000 ans, sa sève rouge, ‘sang du dragon’, est un colorant utilisé en Lutherie.
Également les relations entre le St Empire Germanique et les Turcs furent propices à l’introduction des nouvelles plantes, des plantes rares furent à la mode dans les cabinets de curiosité ; pour ne citer que la Tulipe d’origine Anatolienne, les ‘plus beaux spécimens panachés’ étaient l’objet d’une rage spéculative, mais en réalité les stries de couleur sont une déformation due à une attaque virale de la plante… Les tulipes étaient mises dans des pots en faïences, les plus anciennes datent du XVIe.
Des personnalités comme Gaston d’Orléans qui échange des connaissances avec d’autres savants anglais ou des Grands Chercheurs et Jardiniers Anglais comme les Tradescant père et fils introduisent et acclimatent des arbres comme le Cyprès Chauve, le Liriodendron Tulipifera, le Serracenia purpurea... D’autres encore comme de Peiresc, conseiller auprès du Parlement d’Aix-en-Provence finance des voyages, une initiative en phase avec une Société passionnée de plantes.
Le nom des plantes évolue au cours des siècles, ce qui peut présenter des pièges pour leur identification comme Violier qui désigne une Giroflée des murailles ou Marguerite pour Pâquerette pomponette, Truffe de terre ou Cartoufe pour Pommes de terre, Pomme d’amour pour Tomate, Flambe pour Iris, Jacinthes du Pérou pour Scille, Lis dans la vallée pour Muguet, Feuille pour Pétale… et certains noms qui ne nous sont pas familiers comme Passe Velours, un …….. peut être ou …

Le Jardin des Simples
Les Monastères cultivent les Simples depuis le Moyen Âge. À Padoue se crée le premier Jardin Botanique réservé à la Culture des Simples et à partir de 1545 s’ajoute des Plantes introduites, certaines par Venise qui possède 'Candi’, la Crête, qui amplifient la nomenclature botanique de quelque 400 nouvelles plantes.
Le Jardin de Montpellier et une charge nouvelle se créent, en 1598 avec l’appui de Henri IV, en faveur de son fondateur Thomas Platter.
Puis sous Louis XIII naît le Jardin des Plantes de Paris et en 1726 par ordonnance royale de Louis XV se réalise le Jardin Botanique de Nantes.

Les Représentations Florales
En 1641 Julie et sa célèbre guirlande où chaque fleur se réfère à des sentiments, comme l’Amarante, une plante qui ne se flétrit pas.
Le Roi Louis XIV se met en scène pour danser en costume de Tournesol.
Les nouvelles plantes font naître des nouvelles symboliques. La Fritillaire Impériale dont la hampe florale forme une couronne symbolise pour les Jésuites, la vie éternelle
La culture des nouvelles fleurs se fait dans des pots comme les fruitiers et les figuiers dès le XVIe.
André Mollet est curieux des fleurs et La Quintinie fait l‘inventaire de leur rusticité et de leur cycle des floraisons mois par mois.
La nouvelle technique des vitres à plat de Murano permet les cultures en serres dès le début du XVIIe. Des cloches, des abris bas et la mode des Orangeries font évoluer la Botanique.
Des Jardins d’Intérieurs vitrés s’invitent dans les maisons.
La controverse du chauffage des Serres fait s’opposer l’école Hollandaise à la Française, représentée par La Quintinie qui n’encourage pas le chauffage pour cause de trop grand dessèchement des Plantes…
Grâce à la trouvaille des étiquettes pendant les fouilles du Louvre, on connaît certaines variétés cultivées à Paris, comme la Pêche Rossinante.
Les Encyclopédistes, notamment les Planches de Diderot et d’Alembert, étendent le savoir dans le domaine du végétal.

Le Caféier
Vers 1720, le gouverneur Gabriel de Clieu introduit le Caféier ‘Arabica’ en Martinique, une plante originaire de l’Éthiopie, du Soudan ou du Kenya, puis la plante ira aux États-Unis, et au Brésil. Comme l’Héléva qui s’est mieux ‘acclimaté’ en Indonésie que dans son site d’origine de la Forêt Amazonienne ; le Caféier se répand facilement en cultures intensives en Amérique du Sud.
Le Caféier Canephora, de moindre qualité est d’origine Ouest Africaine.
De Clieu offre le Caféier à Louis XIV. Les plants de Caféier sont cultivés à Rochefort...
Un service en porcelaine ‘le Cabaret’ est créé, on le sert au ‘Procope’, le café devient alors à la mode parmi les gens de lettres et les amateurs de plantes le cultivent en appartement.
La floraison est extrêmement courte et la fleur ne s’ouvre que pour la venue d’une pluie également rare. En revanche les fruits sont longs à mûrir, de 8 à 10 mois sont nécessaires à sa maturité et elle n’est pas simultanée, ce qui oblige une cueillette sélective en plusieurs passages.

Nouveautés du Siècle
En 1613, la publication du «Hortus Eystettensis» de Basilius Besler recense un millier de plantes classées selon les Quatre Saisons ; un inventaire qui va s’agrandir des nouveaux apports botaniques grâce aux expéditions maritimes dans un climat de tensions politiques et guerrières. Les îles à sucres, les Antilles sont disputées par tout le monde...
En Angleterre, à Chelsea, quatre Cèdres du Liban font leur apparition et au Jardin des Plantes, Bernard de Jussieu plante également un Cèdre du Liban. Le problème de ces espèces est dans la prise de poids qui fait exploser les branches. Les Cèdres Bleus arrivent au XIXe siècle.
On distingue les Cèdres du Liban, de l’Atlas et de l’Himalaya.
Le ‘White Cedar’ est selon les régions, un Thuya Occidentalis ou un Mélia azédarach.
Parution en 1755 à la demande de Louis XV du «Traité des Arbres et Arbustes» de Duhamel du Monceau.
Les nouvelles expéditions de Bougainville, La Pérouse, de William Blunt et de Cook ramènent des plantes nouvelles et mettent à mal les théories du ‘bon sauvage’ de Rousseau.
Une serre étanche qui a la particularité de garder les plantes sans apports d’eau additionnels est présentée par Faraday à la Royal Society de Londres en 1851.
La ‘Wardiancase’ permettra à Robert Fortune d’importer en fraude depuis la Chine jusqu’en en Inde des milliers de plants de ‘cameliathéier’.

Les Échappés
La nomenclature des plantes s’allonge avec l’Aloès, l’Arbre à pain –Bougainvillée – Gleditschia tracanthos- Ginkgo – Bruyère du Cap – Genévrier – Houx – Baumier – Sapin – Figuiers de Barbarie – Chêne d’Amérique – Juniperus – Peuplier – Rose fragans – Berbéris – Mahonia – Wistéria – Vigne Vierge – Hortensia – Douglas – Groseillier – Magnolia soulangiana –Araucaria - Ailante – Camélia - Pavot bleu de l’Himalaya - Aucuba – Séquoia – Pin de Montray - Bananier – Coléus…
Liste des fleurs non citées : Rose de Damas - Rose Centifeuilles - Oreille d’Ours – Lys Martagon- Lis de la Madone – Lys Jaunes – Jacinthes – Capucine (cresson d’Inde) –
Datura des Turcs (toxique) – Fleur de la Passion (Antilles) - Canna géante - Aubergine «eggtree» - Campanule – Œillet d’Inde - Pivoines - Anémones - Fritillaire Meleagris – Ancolie - Soucis – Pensées - Crocus vera (safran) - Héliotrope – Genêts – Hépatiques - Géraniums – Cacao…
Le botaniste André Michaux crée des Pépinières à New York et en Caroline du Sud pour fournir les pépinières royales selon un accord entre Louis XVI et le Président Jefferson.
En Chine, le rôle des Jésuites, dans le calcul du calendrier ou dans le processus de coloration de la porcelaine s’amplifie de l’action positive du Jésuite Incarville, cette combinaison a rendu possible l’introduction en France des graines chinoises non identifiées, de Planches de dessins en couleur et l’importation de plantes comme le Sophora ou le Koelreuteria en 1747…
Et en sens inverse, les Jésuites introduisent l’Ananas américain en Chine au XVI ème siècle.





ART ET TECHNIQUES DES JARDINS DE ROCHERS AU XIXème SIÉCLE


Cours de Michel Racine



Introduction

Dans l’Histoire des Jardins, les thèmes reviennent sur le devant de la scène de manière cyclique.

Il existe des formes d’art qui sont curieuses, parfois dérangeantes dans un questionnement accompagné d’angoisses quant aux relations de l’Homme avec la Nature.

Selon les Civilisations, les deux formes primitives d’Habitat sont les Grottes et les Cabanes.
Nommer l’Art des Rocailleurs est difficile, et cette difficulté rejoint également la complexité de définir tout ouvrage d’art par «une appellation universelle et non fragmentaire»…
Pour les Grecques, les Romains, les Chinois, la Grotte représente un univers mystique.
Au XVI ème siècle Bernard Palissy se passionne pour l‘ornementation des grottes, il met au point ses ‘rustiques figulines’ à partir de moules, des imitations en émail de la Faune et de la Flore des lieux humides. Catherine de Médicis lui commande en 1566, une Grotte pour le Palais des Tuileries.
À la Renaissance Italienne, les artistes, savants et écrivains découvrent à l’occasion de fouilles archéologiques le riche héritage des Anciens et se passionnent pour l’Art Grotesque, grotesque signifie «éléments trouvés sous terre».
La mise à jour des vestiges de la Villa ‘Domus Aurea’ marque un regain d’intérêt européen pour la peinture des figures chimériques flottant dans l’espace.
Montaigne visite la Péninsule Italienne et se fascine pour les réalisations modernes des Medicis à la Villa Castel où un Labyrinthe conduit à une Grotte construite sous un Bassin édifié sur Terrasse.
Un Rocher surmonté d’un Géant représente la montagne Apenino, un model récurent dans bien des Jardins de cette époque.
Ledoux, Paxton, Loudun, Krafft, Alphand utilisent le potentiel esthétique des Grottes, suivi de Gaudi au XXème siècle.

L’Art Grotesque
Cet Art souvent difficile à apprécier au premier abord, fait appel à la statuaire, soit en isolé comme la sculpture de Neptune dans un effet saisissant sur fond obscur, il semble flotter dans l’espace malgré sa masse compacte et dense.
Ailleurs, des références bibliques à l’Arche de Noé où des animaux en groupe sont sculptés dans des marbres différents.
Les décors sont souvent formés de coquillages, certains venant d’Amérique ou des îles lointaines présentant ainsi un intérêt géographique avec l’idée d’un voyage pédagogique, dans l’idée d’un partage des dernières découvertes de l’Homme, ou une ouverture sur d’autres mondes…
Aux pieds des groupes sculptés se place une baignoire, la grotte révèle son utilité liée aux bienfaits de l’eau.
Les Romains attribuaient la présence bénéfique des Nymphes dont la Grotte est l’Habitat de prédilection et dans tous les pays à climat chaud, la Grotte offre un ombrage et une fraîcheur réconfortants.
La grotte sous-marine est visuellement suggérée dans le Jardin de Boboli où une Grotte avec oculus, recevait un aquarium.
Pour parer à l’impasse de la représentation des figures mythiques qui exigent la mise en scène d’un climat surnaturel, le recours à l’Art du Rocailleur semble être une solution car, qui mieux que lui sait illustrer l’impossible irréalité investie d’un pouvoir suggestif puissant.
Des exemples de statuaire de la Renaissance comme la scène du Cheval Pégase qui d’un coup de sabot fait jaillir l’eau des profondeurs de la Terre ou bien la Fontaine du Char d’Apollon à Versailles, le groupe sculpté semble surgir des entrailles terrestres, pour cet effet, des rochers sont placés à l’arrière-plan.
Le Bosquet de Robert Hubert, une création tardive, dont les trois groupes de sculptures du ‘Bain d’Apollon’ initialement placés dans la Grotte de Thétis, sont ordonnés en triptyque et sur des hauteurs hiérarchisées dans les cavernes d’une fausse ou vraie montagne.
La technique du ‘non finito’, inversement à ‘l’infinito’, met en présence des piliers grossièrement travaillés qui s’harmonisent avec la rusticité du fond de la caverne et fait se fondre la création de la main de l’homme avec l‘élément minéral pour faire paraître moins incongru l’artifice.
Léonard de Vinci décrit ses sensations, lorsqu’il chemine vers une Grotte, il éprouve deux sentiments contradictoires à l’approche de l’antre, une angoisse et une vive curiosité à la pensée de trouver une vision extraordinaire. Un mélange d’effroi et de fascination, tel est également l’approche de l’Homme confronté à la Nature.
Les Scènes de Grottes sont des représentations fortes qui s’éloignent d’une représentation artistique du ‘joli’…
Le procédé de ‘l’infinito’, de l’ébauche, de l’esquisse illustrée par le ‘travail grossier des concrétions calcaires’ d’où émergent des morceaux de corps humain.
Le contraste des matières et des esthétiques contribue au sentiment de l’étrange mêlé d’un malaise existentialiste… Peut-être causé par la mise en présence d’une superposition de sculptures inachevées ou effacées des corps d’une beauté prisonnière d’un fond minéral vivant qui ne cesse de croître et d’étendre son emprise sur la plastique du corps humain.
Paradoxalement ce qui est inachevé semble infini, contemporain, «work in progress»…
Platon avec sa démonstration des ombres projetées sur les parois d’une caverne évoque pour celui qui veut comprendre l’hypothèse ‘que vérité et illusion se confondent dans une vérité autre’…
La Grotte est le lieu ou l’œil nécessite un temps d’adaptation avant de pouvoir discerner les espaces qui l’entourent, cette vision progressive est peut-être une métaphore philosophique ; qu’on pourrait tenter d’illustrer avec une image, avant sa restauration en feuilles d’or, du Géant Encelade prisonnier d’un éboulis de rochers, la vision de la statue provoque un effet poignant car la figure humaine et le minéral sont de même nature. Le regard ne découvre la signification de la scène que progressivement, cette dynamique de la découverte progressive de l’objet regardé crée ce sentiment d’effroi ou de malaise qui n’existe plus depuis sa Restauration car l’œil comprend la scène immédiatement et opère le phénomène de distanciation avec l’objet regardé. Sans doute était-ce cela la motivation première de l’œuvre sculptée qui aurait voulu prendre ses distances avec l’Art Grotesque pour se Baroquiser…
Cette double image pose la question de la Restauration des Oeuvres, une question partagée en deux parties égales, difficile à trancher d’une manière théorique.
Faut-il conserver systématiquement l’esthétique originelle, au-delà de sa valeur Pédagogique, ou bien laisser les traces du temps faire Oeuvre d’Art ?..
Il y a une contradiction dans le fait de proposer du neuf avec du vieux sans une transposition artistique. Un paradoxe paradoxal…
On pourrait penser qu’une œuvre se prolonge dans les soins ou l’abandon qui succèdent à son élaboration, que l’œuvre contient en elle-même son futur…
Personnellement mon sentiment est que si l’Oeuvre d’Art ressemble à une belle femme trop liftée c’est que la Restauration a été inutile.
Formations Calcaires
Les phénomènes naturels qui se déroulent dans les Grottes créent des sculptures vivantes par l’action de la pénétration de l’eau de pluie dont la composition chimique varie selon les températures de l’air et de l’eau, de leur acidité, de la nature des sols traversés, de la pente, de l’orientation, de l’évaporation due aux courants d’air, du débit ou de la vitesse de l’écoulement des eaux, de la porosité de la roche encaissante…
Selon un ensemble de facteurs, l’eau se charge d’une quantité variable de CO2.
Un PH neutre de l’eau 7, peut dissoudre 13 mg de carbonate de calcium par litre d’eau,et l’air contient naturellement 0,03% de CO2 atmosphérique.
Le principe physico-chimique de l’érosion calcaire est sensible à la moindre variation et peut aboutir à une réaction, soit de produire le phénomène inverse et créer un dépôt de carbonate de calcium plus ou moins pur et cristallisé avec un dégagement de CO2.
C’est cette phase d’évaporation et de précipitation qui assurent 'la concrétion', le comblement des cavités en d’étranges formes sculptées.
Le passage de l’eau dans une grotte la transforme de l’état liquide à l’état solide et comme pour la formation des stalactites, il suffit d’une arrivée d’eau au débit faible par une fissure au plafond qui s’évapore et entraîne un dépôt de calcite qui s’allonge pour former une fistuleuse, puis l’eau circule par un canal à intérieur de la fistuleuse et tombe au sol par un orifice pour former une stalagmite, mais si le canal intérieur s’obstrue, la forme va évoluer pour créer un renflement appelé stalactite par dépôt externe de calcite.
Une colonne ou un pilier est la réunion de stalactites et de stalagmites
La Nature crée également des empilements feuilletés en fond de vasque, des trottoirs, des laits de Lune…
Mais si le débit de l’eau est trop fort alors le courant annule les effets du concrétionnement et c’est l’eau qui use le rocher au lieu de déposer de la calcite.

Techniques
Les concrétions calcaires peuvent être prises dans d’autres Grottes et sont traitées comme un matériau vivant et assemblé par du ciment de chaux.
Rocaillage est un assemblage de pierres meulières cimentées sur une armature ferraillée.
Rusticage sont des armatures métalliques autour desquelles le ciment reproduit les formes.
Rustique est le nom d’un marteau qui sert à faire des trous dans la pierre. Chaque trou représente une petite grotte.
Pour donner l’impression qu’une pierre taillée est naturelle, le Tailleur de Pierre la martèlent pour lui donner ‘l’effet brut’.
Rocaille signifie une ordonnance de minéral de forme tourmentée mélangée à des coquillages.
La Stéréotomie désigne l’Art de la Pierre, aux deux tendances le naturel et le bizarre.






JARDINS PUBLICS AU XIXème SIÉCLE

Cours d’Elisabetta Cereghini



Introduction

En France, la Place Royale actuelle place des Vosges, les Tuileries, le Cours de la Reine, les Mails plantés sont d’autant de lieux ouverts au Public dès leur création.


Le décret du 5 mars 1794 : « la Convention Nationale, après avoir entendu le rapport du Comité du Salut Public décrète que les maisons et jardins de St Cloud, Bellevue, Mousseaux, le Raincy, Versailles, Bagatelle, Sceaux, Isle-Adam, Vanves ne seront pas vendus, et seront conservés et entretenus aux frais de la république, pour servir aux jouissances du Peuple et former des établissements utiles à l’agriculture et aux arts».


En Angleterre, un Parc Public est un espace fonctionnel organisé pour l’usage des habitants d’une ville. Le Parc est un «Commons Fields».
La toute nouvelle classe ouvrière commence à subir, en plus de son lieu de travail, les effets de la pollution des villes portuaires ou industrielles, et dans les Parcs, «ses racines rurales trouvent spontanément un lieu neutre pour se ressourcer», l’ouvrier peut côtoyer des gens d’autres conditions sociales, il peut partager des moments de loisir, assister à des concerts et peut être faire des rencontres intéressantes, telle est l’utopie des Parcs Publics.
Le Parc Public apparaît comme un symbole de modernité.
En Angleterre, dès 1810 de nombreux débats mettent à l’ordre du jour les questions de ‘démographie exponentielle’, de requalification des quartiers malsains, de programmes immobiliers accompagnant le financement public pour la création de nouveaux Parcs.
À Liverpool, les plans de l’architecte Paxton prévoient des traversées de bout en bout, des prairies s’inscrivent dans un système d’allées, à chaque espace correspond une fonction différente, des jeux sportifs en équipe ou des activités familiales, les pelouses sont ouvertes au Public.
En 1834 c’est Paxton qui propose la nouvelle idée au service de l’Urbanisme ; pour attirer des fonds de financement, il propose une mise en vente de terrains divisibles en lots et vendus sous forme de souscriptions publiques permettant ainsi l’édification de lotissements…
Paxton construit le long du Parc un lotissement linéaire à un seul étage avec des Jardins Individuels, c’est son concept de jardin dans un jardin.
Au niveau de la sécurité tout était prévu, pont, tunnel, pour qu’un piéton et un véhicule ne puissent jamais se croiser.
Afin de pouvoir financer les Grands Travaux d’Haussmann, le système de vente par lots sera mis en place sous Napoléon III très au fait des réalisations anglaises car il a séjourné à Londres pendant son exil. Il diffuse les nouvelles idées d’aménagements paysagers urbains à destination des classes sociales les plus pauvres car il devenait urgent de lutter contre les épidémies de Choléra et de Typhoïde et l’insalubrité générale des conditions de vie urbaine dû à l’industrialisation, le chauffage au charbon et la méconnaissance bactériologique L’Hygiène Publique offre des espaces de verdure de proximité afin que le citoyen puisse aller s’aérer en famille dans les Parcs Publics créés à son intention.
En 1848, se crée l’Administration des Parcs Publics. Les Jardins Botaniques s’ouvrent à la fréquentation des familles et sont déclarés d’Utilité Publique.
Les Parcs dispensent des cours gratuits d’Horticulture, de Cultures Potagères et de Botanique.
Embellir la ville devient un sujet central dans la conduite de la Politique d’Urbanisme, les abords des villes sont végétalisés, les anciennes enceintes devenant inutiles se transforment en Promenades Arborées, des espaces de loisirs se concentrent au cœur des Villes comme à Padoue sur l’emplacement d’un Antique Amphithéâtre Romain.

La Rénovation de Paris
Après avoir dégagé Paris de ses îlots d’insalubrité, et avoir tracé des grands axes orthogonaux plantés d’arbres en alignement, le Préfet Haussmann confie à Alphand et Barillet Deschamps l’aménagement parisien en espaces de verdures sous la Direction du Service des Promenades et Plantations de Paris.
De 1848 à 1870, 24 squares sont aménagés et cernés de grilles aux emplacements stratégiques de Paris et dans les nouveaux quartiers ouvriers.
La Ville s’embellit grâce aux transformations du Bois de Boulogne d’une superficie de 800 hectares sans clôtures et du Bois de Vincennes, de nouveaux Parcs comme Montsouris et les Buttes-Chaumont ainsi que les réaménagements des Parcs Monceau et Luxembourg, des Jardins de Bagatelle et du Jardin d’Acclimatation qui double sa Ménagerie en 1870.
Le Service organise les Serres du Jardin des Plantes et crée les Serres d’Auteuil pour la production Florale des Parcs. Les Serres sont également des lieux de promenade quelles que soient les conditions climatiques.

Conception des Parcs Publics
Le ‘dépaysement campagnard’ s’accompagne d’une volonté de pertes des limites, une technique se met en place par des moyens astucieux comme de disposer la végétation pour masquer la ville, les pelouses sont interdites à l‘usager, mais d’autres exigences françaises sont comblées comme les désirs de promenades et l’acquisition de connaissances Botaniques. Les bancs se multiplient et à Monceau se trace deux traversées de parcours d’allées de dimensions différentes aux ‘virages’ garnis de massifs d’arbustes de taille moyenne. L’important pour Alphand est «un arrangement artificiel de la nature qui permet à l’air de passer, ce que la nature sauvage ne fait pas naturellement».
L’aménagement de Barillet Deschamps «propose des gazons plantés d’espèces végétales les plus rares, les arbres sont choisis selon leur forme et leurs couleurs afin d’accentuer les perspectives, les arbres et arbustes à fleurs sont groupés et placés près des habitations avec le soin de faire dominer l’espèce commune de la région».
«L’intervention humaine est apparente, le contour des massifs est fixé par des lignes qui se rapprochent des formes elliptiques. Les pièces d’eau et les rivières sont des éléments de décor indispensables à un Jardin. Leur tracé et leur emplacement doivent être justifiés par des mouvements de terrains et paraître aussi naturel que possible. Le principe général est de conserver l’aspect de la nature sans en faire une copie exacte, mais seulement d’évoquer l’ordonnance type en milieu naturel.
Le Jardin est considéré comme un ouvrage d’art où la sculpture et l’architecture ont une place importante. Le réseau des allées est concentrique, les voies qui sont situées sur les points éloignés doivent ramener le promeneur vers les parties centrales ou vers l’habitation». Le principe général est de conserver l’aspect de la nature sans en faire une copie exacte, mais seulement d’évoquer l’ordonnance type en milieu naturel.
L’objectif des Parcs Publics est de donner de l’air et de la lumière, les squares du centre ville proposent une promenade facile sur terrain nivelé praticable par tous les temps selon l’adage que la vie au grand air apporte une bonne santé.

Les Buttes Chaumont
Situé dans le secteur Nord Est, le site d’une ancienne carrière de Gypse abandonné était le rendez vous des malfrats et des prostituées. Le site servait de dépotoir des fosses septiques de Paris et d’équarrissage depuis de nombreux siècles. En 1860, Paris achète les parcelles et ouvre le chantier en 1864, tous les apports de terre viennent par voie ferrée.
La deuxième Exposition Universelle de Paris est prévue pour l’année 1876.
Le Parc se compose en une partie centrale avec le Lac et les Rochers qui imitent les Falaises d’Etretat, une nouvelle destination de villégiature rendu possible aux classes modestes grâce à l’utilisation populaire du Chemin de Fer.
D’autres nouveautés inaugurent la conception du Parc comme la création de trottoirs à la place d’allées sablées ou du gigantisme de la maîtrise d’oeuvre, de la fabrication en ciment armé de paysages montagneux presque en grandeur réelle dont le tiers des parties supérieures des rochers est artificiel. L’effet est saisissant pour le visiteur qui découvre le Site pour la première fois.
Aujourd’hui la végétation recouvre l’ensemble du travail des Rocailleurs et il devient difficile d’apprécier le travail graphique et plastique de l’œuvre.
Il est aussi à remarquer la technique architecturale du Pont Suspendu, c’est le premier exemple qui a fait la une des journaux de son époque, une passerelle à 30 mètres de dénivelé. Le Lac a été construit dans un bassin de béton suspendu dans le vide et est soutenu par des piliers, une mise en application de la technologie de pointe au service du paysage.
Le Parc s’urbanise avec ses larges trottoirs à l’échelle de la Ville, un Parc où l’Art du Rocailleur est largement mis à contribution dans les créations des rambardes et des marches en imitation ‘bois’
Aux Buttes-Chaumont, l’Art Paysager utilise pour la première fois du ciment, une invention anglaise de Joseph Aspdin en 1817, pour recouvrir des rochers naturels et agrandir les hauteurs. Pour remodeler les reliefs afin qu’ils ressemblent aux falaises d’Etretat, la méthode utilisée est une projection du ciment au moyen d’une pompe sur des grillages ou des armatures en fer pour créer des volumes ou des stalactites dans la Grotte des Cascades.
Des démonstrations publiques de ciment armé sont organisées pour rendre compte de la nouveauté. Ciment vient du latin coementum qui signifie mortier.
À l’origine la présence du végétal n’était pas prévue, actuellement l’élément minéral est totalement envahi par cette présence dominante.
Cependant cette végétation est utile car elle préserve des effritements et des éboulis.
La Grande Cascade est d’un concentré de plusieurs sites naturels comme une cascade du Jura. Sur ses parois sont sculptées des petites têtes.
Le lac artificiel présente des divisions afin de permettre la vidange tout en préservant les poissons qui passent d’un bassin à un autre.
L’eau qui dessert le site des Buttes Chaumont fonctionne en circuit fermé au moyen de pompes, elle circule dans des tunnels souterrains.
L’eau vient du canal de l’Ourcq et s’en retourne après avoir été filtré sur place.



JARDINS PRIVÉS AU XIXème SIÉCLE

Cours de Elisabetta Cereghini



Introduction

Bien que l’œuvre de Capability Brown arrive en France avec 50 ans de décalage, son travail est un Model pour les nouveaux paysagistes français qui ont la charge d’aménager de grands domaines entourés de terres agricoles d’une vaste étendue. Mais en France au XIXe, on continue à créer des ‘jardins anglo-chinois’ et en Angleterre différents courants apparaissent à la suite de Brown comme les propositions de Humphrey Repton qui rythme le paysage et redessinent les Jardins d’un décor arboré aux abords de la maison. Il introduit des allées en gravier, supprime les grottes et les ruines artificielles et place à l’écart les Jardins Floraux… Un exemple inchangé de son travail peut se voir à Betchworth House dans le Surrey. Repton écrit des articles dans le ‘Linnean Society’ et cinq livres sur le thème de «gardening philosophy and practice including sketches and Hints on Landscape gardening» en 1794.

À signaler aussi les options des frères Adams, qui par des éléments architecturaux, créent des phases intermédiaires au moyen de transitions douces entre les principaux bâtiments et la Pleine Nature.

Le XVIIIème Français marque le point de départ d’une évolution radicale dans la forme.

On assiste au passage du concept de ‘Régulier’ à ‘l’Irrégulier’, dont le tracé se veut ‘naturel’ en incluant les caractéristiques géomorphiques du terrain, le réseau hydraulique et un végétal d’allure spontanée dans un espace ‘libre’.

Les événements politiques, la Révolution Française, ont provoqué l’émigration de l‘Ancienne Noblesse en Angleterre, et qui à son retour en France participe au mouvement de renouveau des Jardins. À la première moitié du XIX ème, tous les Parcs et Jardins non encor transformés le seront. À cette époque, une réévaluation du Potager et des Cultures leur permet de trouver une place dans le Concept Paysager.
Puis la Nouvelle Noblesse issue des Deux Empires Napoléoniens agrandit les domaines et fait appel aux Nouveaux Paysagistes à la mode comme Berthault qui compose selon les critères du Paysage, il introduit un nouveau rapport d’échelle en allongeant les distances depuis le Château aux Fabriques ou à l’arrière-plan campagnard comme à St Lieu Taverny ou à la Malmaison, un Parc de 900 hectares dans lequel se crée la Promenade de Cucufa.
Les tracés de la promenade proposent un parcours depuis lequel le promeneur aurait une vision générale de l’espace, considéré dans sa totalité sans le recours aux surprises paysagères mais selon une répartition des espaces couverts et d’autres en découverts avec l’abandon d’un cheminement tout en sinuosité au profit de courbes plus moelleuses et plus simples.
Également à l’honneur une mise en relation des prairies avec les forêts.
Ce nouveau restructure les Parcs, comme celui d’Arcelot en Côte d’Or, qui a nécessité une vingtaine d’années pour sa création. Un Parc de 45 hectares recrée par Morel à partir de 1805 dans lequel il aménage un parc animalier, une vaste pelouse agrémentée d’un mélange d’arbres d’Essences Rares d’Ordres et de Familles distincts, une orangerie, un potager, et une fabrique chinoise… la structure tournante du Parc donne une perspective multiple. Il crée la première roseraie à la Malmaison et écrit une «Théorie des Jardins ou les Jardins de la Nature’ . Morel : «il est bien difficile de faire recevoir une opinion nouvelle, quelque raisonnable qu’elle soit, quand elle contrarie les idées reçues. » ou encore «de cette ressemblance de tous nos jardins, de cette uniformité dans toutes les parties naît l’ennui qu’on éprouve dans les parcs… de la fixité d’une composition trop identique à elle même s’oppose les grâces du désordre sans cesse changeant d’un site naturel»
L’originalité des Frères Bühler est dans leur choix chromatique des associations d’arbres comme les Ginkgos, les Liquidambars, les Micocouliers…où la couleur pourpre s’associe aux persistants.
En 1854 ils créent le Parc de la Tête d’or à Lyon et les Jardins de Thabor à Rennes en 1867.
Puis la deuxième partie du XIXème siècle, ayant synthétisé l’ensemble des nouvelles connaissances, s’oriente vers la création de Parcs et de Jardins sur des critères bien connus.
On note un arrêt dans la conception paysagère de 1890 à 1902.

Le Jardin Paysager Agricole.
Le Conte Paul Choulot définit les principes du Parc Agricole en incluant des notions d’esthétisme à l’aménagement des abords des espaces agricoles. Ces mutations sont visibles en Bretagne, aux Pays de Loire-Atlantique, Le Loiret… L’économie agricole et d’élevage connaît un nouvel essor à partir de 1840, grâce à la sélection des races bovines ainsi qu’une exploitation intensive due aux progrès de l’industrialisation, à une nouvelle mentalité dans ‘l‘art de vivre sur ses terres’. Cette nouvelle mentalité se traduit par l’expérimentation des propriétaires eux mêmes dans l’enceinte de leurs domaines, au choix de la conservation des allées existantes, à une autre utilisation des Parterres, à l’ouverture du Jardin Potager sur l’environnement, aux alignements aux abords du Bâti, à la recherche de l’ombre, aux accès conduisant au coeur du domaine, aux tracés d’allées principales et secondaires, aux structures bocagères, aux chemins en creux, aux vastes étendues de prairies, aux chemins visuels donnant sur des perspectives...
Tout le travail topographique est en fonction d’une recherche d’une ‘économie de moyens’.
Également la volonté de fixer les règles de la composition paysagère par la diffusion de traités comme celui de Gabriel Thouin qui propose un classement par catégories ou celui de Audot «Traité de la Composition et de l’Ornement des Jardins».

Les Cheminements
Au XVIIe, l’allée de ceinture, le pourtour du Parc se faisait en carrosse, dans l’idée de définir clairement les bornes d’une propriété, d’en établir la richesse foncière.
Au XIXe apparaît la notion d’Hygiène par la promenade pédestre qui instaure la Thématique du Chemin qui inscrit des vues à l’intérieur de son parcours par la création de larges boucles qui croisent d’autres boucles pour rallonger une promenade accompagnée d’une lisière, d’arbustes, de ‘corbeilles’, de massifs qui masquent les virages, d’arbres en isolés, aux verticalités différentes, aux ‘strates’, de jeux contrastés d’ombre et de lumière,
Les Pins d’Écosse se plantent en zone forestière et des nouveaux arbres s’introduisent dans les Parcs comme des Pins Sauvages de 17 à 27 mètres de hauteur, des Cèdres du Liban, de Bouleaux, de Tulipiers de Virginie, de Frênes, de Peupliers, de Magnolias, de Catalpas, de Marronniers, de Ginkgos, de Cerisiers de Virginie d’une hauteur de 23 mètres, de Sorbiers des Oiseaux, de Paulownias imperialis, de Cognassiers du Japon, de Sophora, de Lilas, de Rhododendrons, de Genêts, de Viornes, d’Arbres de Judée, de Poiriers, de Pommiers de 3 à 5 mètres de haut, de Magnoliers parasols de 7 mètres de hauteur, de Seringats…
Le choix des essences : Abies Douglas, Pinsapo, Cèdre Atlantico, C déodora, Cupressus macrocarpa, Pinus nigra, P sylvestris, Séquoia géant, Taxodium distichum, Aesculus hypocastacum, Betula alba, Fagus sylvatica, F purpurea, Liquidambar styraciflua, Liriodendron tulipifera, Magnolia grandiflora, Pavia rubra, Quercus rubra et coccinera, Tilia argentea et pendula, Noisetier d’Amérique… et des désastres écologiques comme les Robiniers ou les Ailantes.

Les Innovations
Jules Ferry «la Première République nous a donné la Terre, la Deuxième le Suffrage Universel, la Troisième le Savoir »
Les Jardins Botaniques se créent à l’intérieur des Grands Parcs et se font traverser par des passerelles industrielles en fer qui enjambent les paysages comme à St Cloud…
La préoccupation principale réside dans la conservation et la reproduction des végétaux venant des différentes Régions du Monde. Les plantes et les grands arbres trouvent des abris dans les Serres, tandis que d’autres sont directement mis en place dans les Parcs sans soins particuliers.
Depuis l’Exposition Universelle de 1851, la connaissance est divulguée immédiatement en Europe et au-delà. Les correspondances des chercheurs en Botanique rendent compte avec précision des états évolutifs des plantes. Une Science renforcée par toute la profession horticole, qui connaît son heure de gloire grâce à une clientèle riche et passionnée de nouveautés, une situation renforcée par les multiples expositions horticoles qui préparent l’avènement des paysagistes pépiniériste.
Les animaux ‘exotiques’ subissent le même sort et le Jardin des Plantes leur offre un cadre de vie, qui se veut être au plus près de leur environnement végétal d’origine.
La mode est aux collections et les plantes en pots sont disposées sans plan et sont déplacées comme ‘un rituel d’usage’.
Les expérimentations aboutissent à des séries d’hybrides et des réseaux d’échanges de plantes font rage chez les amateurs éclairés dont Joséphine de Beauharnais, il se dit même que ses plantes sont soigneusement préservées de tout acte de destruction guerrière tant terrestre que maritime.
Les Serres se construisent et s’installent dans tous les jardins d’importance, le système thermique s’améliore avec le Thermosiphon, qui permet la circulation de l’air chaud.

Concept d’un Paysagiste
Le Paysagiste Morel introduit des données climatiques en étudiant les effets du soleil selon les saisons, les couleurs du ciel, la topographie, la flore spontanée, le minéral… au Paysagiste Jardinier de dessiner la forme, de fixer les masses, de choisir les espaces, la colométrie, en élaborant son schéma paysager sur l’observation de la Nature.
Selon Morel, un Jardin de Ville ne se conçoit pas comme un Jardin à la Campagne, son objectif est de chercher les préceptes d’un art dont les artifices peuvent entourer une demeure champêtre en distribuant les beautés diverses de la Nature sans les altérer ni les déformer et de les assembler avec élégance. Son axiome exalte les grâces naïves et les diversités naturelles à utiliser dans le contexte paysager à la campagne, et de tirer partie de la magnifique simplicité de la Nature dont l’esthétique propose une variété de forme et de proportion malgré les dimensions inégales et les modifications constantes où se mêle la gravité et le sérieux, la gaieté et le rire, le bruit et l’agitation, le silence et la tranquillité, des tableaux multiples.
Le style révèle la force et la rigueur, des couleurs tranchées, une audace et une brutalité dans les transitions paysagères, des bizarreries et des contrastes mais l’impression générale donne un ensemble élégant.
Son Site idéal présente un terrain fertile, des eaux claires et limpides, une prairie émaillée de fleurs, un bois à ombrage et à un air pur.
Un Site conditionné par la prise en compte du niveau social des propriétaires et leur art de vivre à la campagne, une donnée supplémentaire à intégrer lors d’un aménagement paysager.

L’Avènement des Pépiniéristes
Le duc de Luynes signale «il y avait une quantité prodigieuse de fleurs, toutes dans des pots en grès que l’on enterrait dans les plates bandes».
D’origine Suisse, les frères Bühler sont fils de Pépiniériste. La contribution des Pépiniéristes à l’Art des Jardins consistent en l’introduction de plantes horticoles au moyen d’un commerce florissant soutenu par l’efficacité du Chemin de Fer.





JARDINS DU JAPON

Cours de Denis Marie Lahellec.



Introduction

L’Archipel comme La Chine n’a pas subi la Glaciation du Quaternaire, ce qui explique la présence de plantes fossiles comme le Ginkgo, les Cycas, les Fougères et les Mousses…


Le Jardin se compose en deux parties, ‘l’Omothe’’ ou le ‘Tatemaei’, ‘ce qui se trouve devant’, soit un Jardin Urbain’ ouvert aux invités, et ‘l’Ura’, le caché intime et traditionnelle.
L’Agriculture appartient au monde caché et devant les fermes s’étendent les rizières…
Le relief montagneux est couvert de forêts de conifères et de feuillus, mais ne sont pas exploités.
Les Roches Volcaniques procurent depuis le sous-sol une eau chaude pour les bains.
Du fait de sa géographie, de son relief montagneux qui couvre l‘ensemble du Territoire, l’Urbanisation se répartit en densité très forte le long du Littoral sur 300 kilomètres, dont la conséquence est une concentration de Sites pollués et de nuisances sonores en contact étroit avec la Population… L’ancienne capitale fut Kyoto et la nouvelle est Tokyo qui comptabilise actuellement 23 Millions d’habitants.
La Latitude est celle du Sud de la France, de l’Espagne et le début des Côtes Africaines, mais les climats sont contrastés par des intempéries violentes et éprouvantes sur un terrain soumis à des séismes volcaniques permanents d’intensité variable. Par conséquent les matériaux de constructions sont simples et éphémères, dépourvues d’éléments décoratifs, et cette précarité induit une Philosophie de la vie qui inclut une grande relativité, un attrait perpétuel pour la nouveauté, un désir d’évolution constant tout en gardant le ‘Funosato’, l’esprit des Ancêtres.
Historiquement le Japon a puisé dans la Tradition Chinoise, mais «se l’ait approprié selon son propre filtrage esthétique». La Culture Japonaise joue avec l’Artifice et le Naturel.
Du VI ème Siècle jusqu’à nos jours, trois grands types de Jardins s’offrent à l’analyse,
les Jardins à Étang, illustré par le Site du Pavillon d’Or, les Jardins Secs, qui à l’origine sont des créations des Moines Bouddhistes ou des Samouraïs, et les Jardins dédiés à la Cérémonie du Thé, un rituel codifié à partir du XVIIe.
À ses débuts, la Cérémonie du Thé était pratiquée par les religieux pour rester éveillés, puis la classe sociale des bourgeois et des marchands s’en empare.

Le Concept du Paysage
Les Jardins à Étang, les ‘Chieti’ sont des évocations de la mythologie de la création du monde selon le Concept Chinois.
Progressivement les Étangs s’agrandissent et prennent des formes dramatiques en utilisant des Pierres Levées, une évocation de l’esprit guerrier.
Le placement des pierres demande des constructions esthétiques en nombre impair : 3 en référence au ciel ou à homme, 5 ou 7 et sont placées en fonction du ‘Sakuteiki’, un livre qui donne les règles de l’ordonnance des Pierres.
Le Paysage Géographique est la source d’inspiration pour la création de Jardins, les dessins des Contours des Rives sont déchiquetés en rappel au Littoral du Pays.
Une Cascade d’Eau ne se jette pas directement dans son Bassin, mais frappe une Pierre avant de se disperser en gouttelettes.
Des îlots symbolisent les formes de Tortues ou de Grues, elles-mêmes symbolisées par un Pin. La Grue est un symbole lié à la migration des âmes ou est considérée comme un intermédiaire entre les vivants et les morts.
Un autre animal mythique est le Phénix.
Puis les nouveaux Jardins à l‘Étang perdent leur caractère théâtral et les Seigneurs, ‘Daimyos’ proposent des formes douces, des courbes semées de ‘Zoysia’, un gazon coréen d’un vert tendre au printemps et d’un jaune vif à l’automne. La particularité de ce gazon est de ne se tondre jamais, ni de s’arroser. Les Jardins évoluent en incluant la promenade.
L’aspect visuel se modifie et l’on assiste à l’introduction de la Taille Esthétique des Grands Arbres et des Arbustes en formes sphériques placées sur les Berges légèrement en pente.
La taille ‘Karikomi’ s’effectue par pincement manuel bourgeon par bourgeon.
Les Jardins Secs se partagent en deux styles, figuratif ou abstrait et représentent l’essence de la Nature.
Les Jardins Figuratifs se reconnaissent à leur thème récurrent, un Torrent bordé de ses Rives, avec éventuellement une barque simple ou double qui transporte des trésors, un symbole chinois de la connaissance de l’adolescence transférée à l’âge adulte.
Les Jardins Abstraits ou les Jardins ‘Zen’ se défendent de toute suggestion, de toute représentation stylisée d’un élément naturel mais proposent d’être un tremplin à la
Métaphysique, leur composition est volontairement minimale pour permettre une abstraction totale.
Le Jardin Zen est clos de murs d’une faible hauteur et est édifié sur un terrain plat
et ensoleillé. La clôture offre la possibilité d’inclure le monde extérieur, mais seulement celui du premier plan, ‘un paysage emprunté’, le ‘Shakkei’ à l’intérieur du Jardin Zen.
Le gravier qui compose la toile de fond du paysage est ratissé méthodiquement sur toute la surface à l’exception des bords immédiats des Pierres et forme des reliefs en forme de spirales longues.
Un des plus célèbres Jardins Zen est celui de ‘Ryoan Ji’, 'dragon paisible’, de 25 mètres de long sur 7 mètres de large. Ce Jardin propose par sa composition, une lecture individuelle à chaque visiteur.

Les Jardins de la Maison de Thé
Pendant la période Edo du XVIe au XVIIIe siècle, les Jardins de Thé vivent leur apogée.
La fonction de la cérémonie ‘wabi-cha’est d’offrir la cadre à un rituel signifiant l’abstraction du monde réel pour permettre à l’Hôte et à ses Invités de vivre un ‘partage en silence’, un moment de vie où s’échangent des propos sans gravité. La cérémonie peut s’accompagner de la prise de nourritures et est d’une durée variable, de quelques heures à plusieurs jours.
Le Samouraï dépose ses armes, chaque personne est sur le même plan d’égalité avec une autre. Le lieu de la cérémonie est une cabane inconfortable appelé ‘So-an’ où il faut se baisser pour passer la porte d’entrée. Son aménagement comprend une fenêtre ouverte pour entendre les murmures du Jardin, une alcôve, un espace pour se déchausser, un bouquet qui annonce la saison à venir, un rouleau suspendu porteur d’un poème ou d’une sentence et au sol couvert de deux ou trois Tatamis au maximum.
L’ensemble des Jardins dessine un décor montagnard rustique. Le tracé des allées symbolise le cheminement de l’ermite qui rejoint son ermitage dans une ‘ambiance matinale sous la rosée d’un matin calme’.
Le franchissement de seuils sont des haltes de purification, où des auges sont placées à même le sol et demandent à ce qu’on s’abaisse pour puiser un peu d’eau dans une louche en bambou puis de le verser au sol.
Les lanternes en pierres sont des bornes qui indiquent le parcours à suivre. Les Pas Japonais, les ‘Tobiishi’, figurent un sentier dans la montagne et obligent le promeneur à se concentrer car le cheminement est rendu difficile et dangereux par l’inconfort volontaire de la scénographie qui réparti irrégulièrement les différentes hauteurs.
Dans le Jardin, des abris rudimentaires sont réservés pour le repos.
Le Jardin est l’introduction à un autre monde et se veut être en rupture avec le quotidien.





RETOUR À LA FORME 1890-1930

Cours de Elisabetta Cereghini



Introduction

En 1870, les Communards brûlent le Palais des Tuileries, ce qui provoque la naissance d’un débat, que faire dans les Jardins?.. Deux groupes se partagent selon le choix d’une Restauration d’après les dessins de Le Nôtre, ou la création d’un Parc Paysager.

C’est la première fois dans l’Histoire des Jardins qu’apparaît clairement la problématique de la sauvegarde, de la pérennité des Jardins…

La première liste de classement date de 1893 puis la loi de 1913 protège les Monuments qui deviennent Historiques et introduit la Politique de la Restauration des Oeuvres sur les bases iconographiques de Mariette ou de Sylvestre. La Restauration concerne également le Système Hydraulique, les proportions, les dessins des Broderies et le Végétal.
La Rénovation des Sites Historiques pose la délicate question de la transgression et conduit le visiteur contemporain à prendre un peu de recul par rapport à la vision d’un Jardin reconstitué.
Dans le terme rénovation, on peut entendre en résonance le mot nouveau.

Les Principaux Courants
Du retour à la Forme, un mouvement incarné par les travaux des Duchêne père et fils.André Duchêne fut formé et a collaboré avec Alphand qu’il quitte pour fonder sa propre agence et c’est à cette époque qu’apparaît le terme «Jardins à la Française», qui signifie ‘à la manière de ‘. Achille Duchêne prend la tête du mouvement ‘Retour à la Forme’ et réaménage les Parcs de Vaux à l’abandon, ainsi que de très nombreux Domaines Publics et Privés.
En parallèle Forestier, également un collaborateur d’Alphand et Responsable du Service des Parcs et Jardins, se distingue par une prise de position différente. Il quitte le Service pour répondre à des appels de concours, notamment en Amérique du Sud et en Europe. Forestier se fait connaître en reprenant l’œuvre de Bélanger à Bagatelle. Au début du XXe, il remet les Fabriques en état et adapte les Jardins à l’Ouverture au Public, il crée un Concours de Roses et la première Prairie à Bulbes.
Forestier dessine un Jardin au goût du jour, comme c’est la coutume en Aménagement Paysager, en introduisant la lumière ou la notion de Champ Chromatique, une nouvelle approche influencée par le Peintre Monnet ou par d’autres courants de pensées échangés avec ses contacts en Allemagne ou en Angleterre.
Son concept est dans le tracé d’un périmètre géométrique qui forme un cadre rigide dans lequel les buissons et les fleurs se développent librement afin de révéler leur grâce naturelle, la beauté de leurs couleurs, leurs parfums… Il définit une constante, le tracé, et la variable, le végétal. Cette mise en tension entre l’exubérance du végétal d’apparence spontanée avec un tracé minéral stricte comme au Parc Maria Louisa à Séville, où il propose «une traduction de l’ancien Jardin Maure en idiome contemporain». Il résout également la question du plus petit Jardin Régulier en plantant des essences méditerranéennes en pot, et en introduisant des céramiques dont les couleurs remplacent les floraisons trop brèves.
Les nouveaux paysagistes, comme André et Paul Véra ou Gabriel Guevrekian, apportent une vision spatiale liée à l’Art Abstrait ou au Mouvement Cubiste.
C’est également pendant cette période de l’Histoire des Jardins que les architectes apportent leur contribution au Jardin.




6 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,
Bravo pour toutes ces astuces.
Je vais mettre en pratique celle de l'orge pour avoir une pelouse rapide !.

Merci et continuez à nous donner de si bons trucs.

Philippe

berthille a dit…

Un véritable coffre d'Ali Baba ces notes de jardinage.
Merci pour le partage.

Anonyme a dit…

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